A COPENHAGUE, EN
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teuvres de M. Franz Stuck que le mot viendrait au bout de ma plume. M. Stuck serait-il seulement flatte qu'il y \-înt ? Je ne le crois pas. Tous les efforts de ^L Stuck tendent à donner l'impression la plus énergique, la plus violente, la plus brutalement dominatrice qu'il est Allemand. Il est impossible, je crois, d'y mieux réussir. Son art est le prototype de l'art allemand : volontaire, prétentieux, faussement puissant, farci d'intentions philosophiques ou passionnelles, que sais-je encore? Tout le contraire de ce que nous demandons à l'art, nous autres Latins, de nous donner, et il est naturel que cela nous soit absolument antipathique. L'espèce d'aversion que m'inspire personnellement le talent de JL Franz Stuck ne m'empêche pas, cependant, de constater qu'étant donné son idéal il lui arrive souvent, sinon de l'atteindre, du moins d'en approcher de très près, d'aussi près que possible, de constater aussi qu'il ne manque ni d'imagination ni de fantaisie, que ses lourdeurs habituelles enfin et l'insistance où il se complaît finissent ])ar donner à ses sujets une espèce de grandeur ramassée, concentrée, tassée, qui n'est pas sans originalité. La salle où sont accrochées les toiles de "SI. Stuck est tendue d'une étoffe vert-pomme, du ton le plus
acide qui se puisse rêver. Eh bien, cela leur fait vraiment le fond qui leur convient et complète l'impression d'étrangeté suraiguë qui s'en dégage. Les œuvres de M. Peter Séverin Kroyer exposées dans une salle mitoyenne risqueraient bien de jiaraître faibles jusqu'à la pire fadeur en venant de quitter iL Stuck, si on ne les sentait si véridiques, si touchantes de sincérité et de simple émotion devant la vie et la nature. On respire ici une atmosphère de vérité et d'intimité qui réconforte et rassérène. M. Kroyer n'a ni la maîtrise de Besnard ni la virtuosité de Zorn, ni, heureusement jwur lui et pour nous, les prétentions de M. Stuck: il est un peu terre à terre ; c'est un peintre familier qui est resté passionnément attaché aux choses de son pays et qui ne se plaît qu'à peindre les aspects, les scènes de la vie que l'on y mène quotidiennement. On revoit, par suite, avec infiniment de plaisir, sur les nmrailles de l'exjiosition des Giardini, tels et tels de ses tableaux le plus justement fameux, le beau portrait de Bjornstjarnc Bjôrnson, le Quatuor dans mon atelier, les Petits baigneurs, le Soir d'été sur la plage de Skagen et ce groupe de portraits si exacts et si vivants d'artistes français groupés autour de notre grand Pasteur, le Comité
GALILEO CHINI
- DECORATION DE LA COUPOLE LH d'entrée (frasiiKiitl
(/(■ rcxpo^Uiiii] liiiiiçaise des Bcuux-Arts à Capcnhaguc en i(Si\(S. et l'exquise (olliition : ce sont vraiment des morceaux pleins de cjualités charmantes ou sérieuses et qui justifieraient amplement, si elle avait besoin de l'être, la haute estime dont jouit leur auteur.
Je n'avais pas eu l'occasion, depuis notre Ex])0sition universelle de IQOO, de voir réunies un certain nombre de toiles américaines. Il y en a là une centaine qui sont de fort médiocres choses d'une insignifiance flagrante tant au point de vue de la conception qu'au point de vue de l'exécution. Mis à part un tal)Ieau de Mme Cecilia Beaux. Mcrc cl fih. le fameux portrait de Gladstone par ^I. John M. Lure Hamilton, dont l'intérêt documentaire est demeuré entier, et un portrait de Mrs Helcn Brice. simplement honorable, sans jilus, par M. John S. Sargent, je ne vois rien qui vaille la peine d'être signalé, et après un regard aux petits
bronzes de M. Paul Bartlett, pénétrons dans la petite salle oii MM. RichardMiller et Cari Frieseke ont été choisis pour représenter les " artistes américains habitant Paris ». Choix excellent à tous les égards, car il montre, mieux que n'aurait pu le faire aucun autre, de quelle manière des sensibilités aussi différentes que celles de ces deux artistes ont su profiter, je ne dirai pas de l'enseignement de l'art français, mais des leçons de l'atmosphère parisienne, du milieu raffiné, subtil, un peu trop parfois même, de la grande ville. Cette petite salle est une des plus harmonieuses de l'exposition ; il 3^ a là des images, des visions de femmes et d'enfants qui ont un charme incomparable; telles, entre autres, la Robe chinoise et le portrait des enfants Lascroof de M. ililler, l'Ombrelle japonaise et la Femme nue à sa toilette de M. Frieseke.
.\l)ordons à présent les sections italiennes.
Dans la salle romaine, M. Camillo Innocenti triomphe. C'est un artiste du goût le plus délicat et le plus fin, épris des grâces féminines et des élégances modernes: il chérit les harmonies de couleurs rompues que réchauffe soudain et fait chanter une note violente, les effets tendres et pénétrants de lumière dans les intérieurs clairs ; il aime tout ce qui est intime et discret, élégant et voluptueux. On aimerait, seulement, pour goûter à la contemplation de ses œuvres un plaisir complet, on aimerait le voir serrer d'un peu plus près la réalité des formes, mettre plus de précision à fixer certains détails de ses figures : ce serait une qualité de plus ajoutée à toutes celles qu'il possède et qui déjà lui assignent une place des plus en- \'iable dans la jeune école italienne.
^I. Antonio Mancini, lui, qui cependant n'est ])lus un tout jeune homme, n'a rien perdu de la vigueur que nous lui connaissions ; c'est, certainement, un des plus originaux coloristes de notre temps. 11 suffirait, pour s'en convaincre, de regarder le portrait de Charles Hunier qu'il expose ici. morceau de premier ordre, en dépit des empâtements excessifs dont M. Mancini est coutumier. Dans le voisinage de cette forte toile, les Hommes
/'/(, William Cray.
[OHX I.AMn^Y — LE jrARCHÉ A TANGER
el chevaux de ^I. Adolfo de Carolis paraissent bien vagues, bien funienx ; ils le paraîtraient, j'en ai peur, où qu'ils soient. M. de Carolis est, cependant, un dessinateur charmant, et quand on se rappelle les illustrations et les ornementations qu'il a exécutées pour les ouvrages de Gabriel d'Annuiizio, on est surpris de voir combien ses dons de |H-iutre sont faibles et insuffisants.
Dans la salle du Piémont, je ne vois guère à citer que les tableaux alpestres de .M. Cesare Maggi, i\m sont d'une vérité saisissante ; malheureusement, on ne peut s'empêcher de songer, en les regardant, — que M. Maggi ne prenne pas ci'tte remarque jiour un reproche, — à Segantini.
Une salle entière est réservée à une exposition d'ensemble d'Alberto Pasini (1826-1899). Il >• a là une centaine de ces petites études d'Egypte, d'Espagne, de Turquie, des environs de Fontainebleau, qui sont des notations charmantes ; un j)eu trop précises parfois, un peu trop minutieuses ; mais souvent aussi très fines, très vivantes et bien supérieures, en tout cas, à ses tableaux poinilarisés par la gravure.
Une autre salle est également consacrée à un
artiste disj^aru. Giuseppe Pilliz/a. de \'i)lpedo, (|ui se tua de désesjioir. peu île temps a]>rès la mort de sa femme, il \- a ileiix ans. ("était un homme du plus rare talent et (pii aurait, certainement, donné de grandes (i'u\'res, car il était doué d'une vision personnelle el d'une si'usibilité originale. Il sa\'ait. jxjur a\iiir longuement léliéchi, ce qu'il jjouvait, ce ipi'il dex'ait, ce qu'il \'oulail faire.
Les questions de teclinitiue le i)réoccu])aient beaucoup ; il avait subi fortement reiu])reinte de l'admirable el génial artiste (pu' lut Seg.iutini et il était demeuré pieusement fidèle aux Idiinules du divisionnisme, mais en les tem])éranl et en les assouplissant à la chaleur d'une sentimentalité presque maladive. (Euvre étrange que la sienne ! pleine du plus vibrant amour de la nature et de la poésie des choses, pleine de vérité, débordante de tendresse et de bonté ! Il n'y a là que vingt-sept tableaux de lui, mais on peut se faire une idée assez exacte de son talent. Le tryptique de l'Amour dans la vie, la Prairie en fleurs. Dans le jcnil. Kspoirs déçus me paraissent résumer tout ce qu'il >■ eut de profond et de douloureux, de passionné et d'inli-
PLINIO NU.MEI. 1.1X1