LE CHANTIER
niniont chaste dans l'âme et le génie de Giuseppe Pelliz/a.
( lUglielnio Ciardi orrnpe une salle entière, ("est un (le-- niaitrrs du iiavsagc italien: il a aujourd'liui soi.\aiite-st-pt ans. X'énitien d'tnigine, ("iardi est, comme le dit fort pistemeut l'écrivain Attilio Ceiitelli. " le poète des lagunes et des champs, l'exaltateur de Venise dans les gloires de son ciel, de sa lumière, de ses couleurs, (11- sa puissance et de sa richesse anciennes », Nul, je I rois, n'a mieu.x chanté que lui la poésie de la campagne vénitienne, de cette nature jiarticulière dout le charme est si délicieux. Certaines toiles de (7 iardi, notamment le grand ])aysage Messidor, qui appartient au Musée de Rome, peuvent être considérées comimde maîtresses ceuvres de la peinture italienne contemporaine.
L'école vénitienne apparaît d'ailleurs, ici.
sous un jour très fa\'orahle ; que n'ai-je la jilace de dire, comme je le voudrais, tout ce qu'il y a à dire des paysages de M. Bartliolomeo Bezzi, empreints, RICHARD MILLER
surtout celui que nous reproduisons. Poésie hivernale, d'une si pénétrante mélancolie et d'un si juste sentiment de la nature; de cette danse de fillettes ilans une prairie au bord de la mer, si traiche de gestes et de couleurs, que M. Beppe Ciardi intitule le Réveil du Printemps ; de la Poésie du soir de M. Battista Costantini, excellent pa\-sage créi)usculaire au ciel doré sur des collines violettes où passent des paysannes portant d'énormes bottes de foin, J 'ai beaucoup aimé aussi les Voiliers de AL Zanetti-ZiUa, qui excelle à ces compositions de fantaisie décorative ; la Journée de bourrasque du grand paj'sagiste Pietro Fragiacomo, qui peint exactement et finement la grandeur et la beauté du ciel vénitien ; les délicates et vibrantes études de femmes, Portrait de Mme K.
it la Dessinatrice, de -M. Mncenzo de Stefani; et je n'aurais garde d'oublier un délicat coucher de soleil à la Corot de M. Trajano Chitarin :
le large, puissant et infiniment séduisant portrait de la belle lA KiiiiE CHiXdisE comtesse Annina Moro-
sini ]).ir M. l.ino Selvatico. vl les scènes de la vie vénitienne de M. Feiriuio Seattola et de M. Alessandro Milesi, en faisant une place à part aux deux toiles exquises de Mlle Emma Ciardi, surtout au Jardin de l'Amour, où la charmante artiste a su évoquer avec tant de délicatesse mélancolique, comme dans un songe lointain qui laisse au réveil le cceur harcelé île regrets, la vision des fastes du i)assé, aux beaux jours du Carnaval vénitien.
C'est encore \'enise qui triomphe tlans les leuvres et le talent de M. Ettore Tito, qui est bien, peutêtre, le plus Vénitien de tous les peintres vénitiens d'aujourd'hui. Il \' a chez Etti)re Tito im curieux mélange de réalisme et de fantaisie, de véristue et d'invention imagiiiative. Il a le rare sens de dégager la grâce comme aristocratique de ces jiersonnagcs du petit jx'uple de \'enise qui s'agite dans ses iableaux : la vie populaire vénitienne n'a pas de peintre plus exact ni qui sache mieux e.xalter.
en même temps, toute sa beauté in time. C'est dans ci> visions directes que Tito me paraît le plus à son aise ;
voilà son domaine; on l'y sent mieux <lu'Z lui que lorsqu'il ambitionne de rehausser st's observations véridiques en \- introduisant une intention symbolique. Pour ma i)art, je préfère ck' beaucoup ses Pages d'amour, son Passage du train et le Câble à la Bacchanale, nralgré la hardiesse de l'ensemble, et à l'Amour et les Parques, lualgré la \-raie beauté des figures nues du premier ])lan. Mais, ici et là, Tito s'affirme égalenuiit \irveux et savoureux, abondant et fort et conuiie dessinateur et comme peintre ; Tito est une des personnalités les jilus marquantes de l'école italienne.
Que la kiçon dont ^I. Marins de Maria conçoit la peinture est différente de celle (jui est clière à un Ettore Tito ! M. de Maria est romantique ; serait-ce
ALBERT P.ESX.ARl) — 1'Oktr.\it de m""' besnard
parce qu'il est Bolonais ? Peu imjiorte ; il t-st lidèle à un idéal cjui, pour être en moindre faveur de nos jours, n'en mérite pas moins l'estime, surtout quand on le sent pratiqué avec autant de sincérité et de conscience — et j'ajouterai de talent et d'originalité. — Mais M. de Maria est un romantique réaliste ; je veux dire qu'ayant choisi et observé dans la réalité un effet particulièrement intense et im- ]n"essionnant, il ne consentira jaiuais à en traduire l'aspect artificiel ou superficiel, il ne s'abaissera jamais à en rendre l'imjiression momentanée ou fantaisiste. Il veut avant tout que l'effet soit traduit par des nioxens précis et exacts ; il ne se contenterait ]ii)ur rien au monde de l'a peu près dont ou \'oit tant tle peintres uKHlerncs se satisfaire. Il arrive. ]iar suite, ipi'avec sa passion de \érité, tels de ses tableaux finissent pal' être faits d'une UKitièie pesante i oiuine niac;()iiiiéi'.
trop liiiiide : mais il atteint aussi, sou- \ eut , à une 1 irhesse d 'exécii t 11)11 peu (■(iiniuuiie et qui ia\il tous ceux ipii aiiiiein la belle pâte:
témoins, certains de ces effets de luiie.
ou de ces jeux contrariés ik' lumière où il excelle, i>ar exemple ta Lune stir les lahles d'une auher'^e aux Prati di Castello (Rome) ou l'admirable Clair de lune à Rome ou Un clair de lune à lirénie sur un banc solitaire. Je ne connais rien de plus poignant, de ])lus douloureusement évocateur ipie ces p<'tites toiles si simples. ce]ieiidailt, et de composition et de métier.
Parmi les (euvres exposées par d'autres artistes de riùnilie, je ne vois guère à signaler (|ue le Paolo et Francesca de M. Gaetano Pic'\-iali, de qui je n'ai jamais rien vu d'aussi faible, et un ])etit Tryptique de Noël de M. Carlo Donati, dont les qualités d'imagination rachètent heuri'useiuent la mollesse et la monotonie de l'exéciitiou.
Trois paysagistes, M. (iirolamo Cairati, M. l'ran-
GIUSEPPE PELLIZZA