‹ L'Art et les artistes (volume 3)Chapitre 6 sur 99 · PORTRAIT · texte numérisé non relu

PORTRAIT

(le direction et îles l(in.L;s malentendus. x\u commencement ilu XVII'' siècle, Nicolas Poussin, maitre profond et sensible, qu'on eût \-oulu seulement moins obsédé du mirage de l'antiiiiuté, avait jeté sur la nature d'admirables regards et marqué le vivant accord entre un beau site et des personnages humains d'une expressive poésie. Son contemjiorain, Claude Gellée, avait eu le don de sentir et le génie de traduire l'intégrité de la forêt pénétrée d'ombre aussi bien que la gloire du soleil sur la mer. Mais, depuis, en vertu d'étranges préjugés et des plus ■ fausses doctrines sur l'antique, le terrible Le Brun s'était enhardi à refuser au paysage son rang dans la haute peinture. En vain le xviii<5 siècle essaya de réagir : ses bonnes intentions avortèrent. Louis David, renchérissant sur Le Brun, n'admit l'indication d'un site qu'à l'état sommaire au fond d'un tableau héroïque, ou, isolément, qu'à l'état de manifestation idéale. Rien que des «Arcadies » et des « Vallées de Tempe » , peuplées de créatures fictives, plantées exclusivement d'arbres « nobles », uniquement décorées de colonnades, de ruines et de tombeaux. C'est le paysage académique en toute sa pompe et en tout son vide.

Les choses sont allées de la sorte jusqu'après

i(S24. A cette époque, les nouveaux maîtres anglais, les Bonington, les Constable, en passe de s'essayer chez nous, ramènent les meilleurs d'entre nos jeunes artistes à l'étude des vieux Hollandais et vers la nature. En pleine réalité, des romantiques tels que l'aul Huet et Jules Dupré s'accointent à d'autres ( hercheurs, venus par d'autres chemins. Corot> par exemple, élevé, ni plus ni moins qu'Align}' et Cabat, au giron classique, a éprouvé le besoin de s'envelopper de toute la vérité des choses ; il a suivi les sentiers couverts descendant aux sources fraîches ; il a goûté, en cheminant, le ravissement des buées de l'aurore et des vapeurs du soir ; mais son art conserve à ses visions ingénument particularisées quelque chose de ce sentiment généralisateur demeuré en lui de son apprentissage primitif. Parallèlement, Th. Rousseau insiste sur l'architecture des terrains et l'individualité des arbres ; J.-F. Millet, plus humainement rustique, interprète les paysans forts et massifs comme de frustes incarnations de la glèbe et, tout ensemble aidant son esprit d'observation et son rêve poétique de l'exercice de sa mémoire, il sait fixer l'atmosphère ^en-ses aspects subtils. Ensuite, c'est Chintreuil, tourmenté de la perspective aérienne ; c'est Daubigny, le peintre des bords de rivière et des grasses vallées ; c'est Courbet, épris de la solidité des matières ; c'est Jongkind, frappé du mouvement de l'atmosphère et, pour ainsi dire, de la respiration du monde.... Et demain, ce seront les impressionnistes, ardents à décomposer la lumière elle-même pour en mieux inonder U-ius toiles.

On c<inç(iit qu'avec cette variété de buts, cette nuiltiplicité de ressources et ce rayonnement de vie, il ne soit plus question de l'académisme. Personne n'accepte plus l'emploi d'une commune formule jiour rendre indifféremment toutes les contrées. En revanche, les médiocres d'idéal et les trop habiles de technique tendent à substituer à l'abus d'abstraction un non moincke abus d'analyse locale. Les exposiiions commencent à fourmiller de reproductions de « petits coins » sans mirage. Tant pis, au surplus, pour qui n'a pas conscience, comme Puvis de Chavannes et comme Cazin, que le paysage est devenu l'un des éléments fondamentaux de la peinture d'histoire ; que l'exjiression de l'ambiance est aussi indispensable à la portée d'une composition que le dispositif du sujet ; que, pasplus aujourd'hui qu'autrefois, un vrai paysagiste ne se contente de faire de son ouvrage le sec procès-verbal de constatations matérielles et contingentes ; que le plus grand peintre, dans toute école, a toujours été et sera toujours celui qui a le mieux dégagé des changeantes apparences le trait

LART K'r

FKAr.MEXT d'un PROJET DE DÉCORATION POVR LA FACULTÉ DE DROIT (exécuté en igoS

fie jjfrinanpnce caché, le lien d'union du local à i'univ-ersel, du fugitif à l'essentiel !

Vers 1880, des réflexions de cet ordre se présentaient d'elles-mêmes aux hommes instruits et délicats, appartenant aux milieux pondérés, où l'on avait le souci de comprendre. Ces hommes dédaignaient d'épouser aucune querelle, mais visitaient les ilusées, fréquentaient les Salons, relisaient les vieux livres et concluaient qu'il ne convient de

rejeter en bloc ni tout le passé, ni tout le présent. Souvent le passé ménage au présent îles conseils utiles. Souvent le présent, avec ses prétentions novatrices, se rajuste au ])assé dont il reprend sur nouveaux frais les tentatives, Le peintre Kené Ménard est issu d'un de ces milieux sages où l'on pensait et raisonnait ainsi.

II. — René Ménard est né à Paris, en iSh2. d'une famille parisienne au moins dejiuis deux

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i:s Ai\ r

,i;t''nciatuin>. Les Miu.ucl rt.iuiil de bonne race tiuutKins de sous-dnecteui- et y donnait nn cnsei-

bonrgeoise, très saine (>t très droite, j'ai beaucouj) ^'ueinent littéraire. Ponit d'esprit i)lus ouvert

connu le ])ère et l'oncle du jeune artiste. Son jjère ni plus Iranchenient é(]uilibré. S'il admirait l'anti-

était un critique d'art d'un sèrieu.x mérite, bon quité et la Renaissance italienne, ses préférences

esthéticien, bon historien, écrivain clair et sur. allaient, en peinture, à l'Kcole hollandaise du

Il remiilissait, à l'École des Arts décoratifs. les .wii"^ siècle. Une de ses maximes favorites était

ptcUK POUK M.\ Ui;s l'.\N.\E.\U.\ DE I.'ÉCCiLK Dl£ DROIT

I ART ET I F> AKTISTI-

qu'il ne faut jamais rien tenter qu'en accortl avec la nature : il en lit la règle de conduite de son lils. L'oncle du ])eintre ne fut autre que Louis Ménard, l'auteur de ce livre fameux le Pulylhéismc hellénique. Après avoir consume des années de sa vie en d'enthousiastes rêves j^aïens, il revint avec le même IvTisme à des pensées chrétiennes. Il y avait en lui du jihilosophe et du j)rophète. Ce qui éclate de sentiment ou, peut-être, d'illusion antique dans le talent de son neveu sort certainement de lui.

L'adolescent a fait ses classes suivant l'usage. On me le "dépeint bon élève, sérieu.x et attentif, sans rien du « fort en thème " et peu tourmente d'imagination. Lorsque sa vocation pour la ])einture s'est nettement jirononcée, il ne s'est pas promis de révolutionner le domaine de l'art : il s'est simjilement proposé de rendre les êtres et les choses le mieux possible, à sa manière. Ses jjarents l'ont placé, pour apprendre les rudiments, dans l'un des ateliers Julian, sous la direction de William Bouguereau. Si ce peintre est du tempérament le plus opposé au sien, pour le moment il n'importe guère : l'écolier n'en est encore qu'aux exercices

tecliniques. Le dcvek>i)|)ement 4^'stliéti(]uc lui sera ménagé tout autrement et par ailleurs. Incidemment, Paul Baudry, dont il a fait la connaissance, lui donne quelques conseils. A son intervention se rattache un assez plaisant souvenir. Bouguereau, qui en a pris ombrage, a dit au jeune artiste: " Qu'avez-vous besoin de considter Baudry? C'est un homme de grantl talent, mais bien dangereux à suivre. Jamais il ne termine les extrémités de ses figures. // mourra sur la paille, eoiiime Rembrandt. Prenez garde à vous ". L'élève a souri de ce langage assurément bizarre. Son goût n'est pas, en fin de compte, de sacrifier au formulaire de l'un ou de l'autre de ses professeurs. En présence du modèle vivant, il s'efforce de copier fidèlement ce qu'il voit. Ce qu'il sera un jour, nul ne saurait le deviner et il ne le pressent pas lui-même. Au demeurant, son travail régulier le jirépare à fournir une carrière de bon [leintre de ligures, ai)te à tout entreprendre au gré des occasions. Pour tout dire, c'est en dehors de l'atelier où se forme sa main que son esprit s'ouvre à des influences. Entre le sangfroid de son ])ère, positif, observateur, essentiel-

lenient libéral, mais ne mettant rien au-dessus de la vérité nue, et l'ardeur de son (mcle. fulgurant, vaticinant, évoquant les temps vécus et les tem|)s à vivre, exaltant en formes, magnifiques la gloire des Grecs, il esl an ivé à saisir et cà concilier des notions i]u'on (loir, lit inconciliahlcs. Son père, en l'initianf , au l.ou\ ve, .iu\ sa\'anfes ordonnances des \ieu\ maifres. lui a ou\rit les yeux sur l,i \frtu du juste rvflime d'une com|)osifion pour eu renforcer le caractère expressif et original. Son oncle a soulevé poui' lui le voile sublime des siècles et lui a fait sentir la grandeur vénérable des terres où les idées se sont é])anouies en hauts faifs et en dit fs-ir(iu\'ii'. ()ui s'i'-fonneraif . a]irès cela, qu'd rêve d'un ,irf très liuiuain, fiés intimement \iai et un peu légendaire. |iris au \il de la nature et mi peu symbolique. - j'enfends noinri d'obseivation. ennolili de iiensécs nées ilu réel et capable de nous l.iiie eutrcvoii l'.iu-delà des aiipareuces?

C'est à l),iibi/(in qwv ses yeux se sont éveillés à la beanf(- des p,iv~sages. Cliaijue année, sa famille séjournait, dui.int les mois de wicinces. en ce charmant \illagf ou p.nut si souvient Corot, où Rousseau et .Millet \-é( ureul rt luinnuKiif. Toutes les pierres des i lieiimis, fcius les sHis du \'oisinage y parlent de ces gr.inds liomiucs. Leurs leçons \' sont dans l'.in. Lt ipielle meiAcille que la forêt de Fonfameble.iu ([u'nn .ippelleiaif aussi Wn^n l;i foréf de Harlii/ciu ! D.ins un espace Imufé. les horizons changenf à l'iiUnu. l.uitcM sauvages, tantc)t tranquilles, toujours poéfiijues, ])artout grands. L'été,- le soleil et l'ombre \- comliinent leurs fêtes enchantées d<ins la verdure. A r.Lutoimie. pas une frondaison, pas un taillis (jui ne s'\- revête d'un somjitueux manteau d'or fauve à rehauts pourjirés. Le jeune Ménard se sent comme absorbe, dans cette immense majesté muette, ])ar cette mvstérieuse opulence. Son âme s'emplit, comme celle de Corot, de l'âme de la terre ; -ses yeux retrouvent, à contempler les chênes, robustes, aux frissonnants et murmurants branchages, les sensations de Th. Rousseau ; il s.'émeut presque de l'émotion de Millet à voir la chute du jour. Que le hasard de l'existence le transporte, sur ces entrefaites, en la sévère, en la mélancolique région de la Lozère, les silhouettes énergiques des escarpements, l'ensenible de lignes solennelles dont s'encadrent les campagnes ajouteront à son respect pour le sol auguste où se concentrent des puissances sacrées. Un peu plus tard, il vouera ses pinceaux à la Bretagne,' la gueuse de granit, couronnée • de chênes, penchée «m- iairaw. •. Cette province le séduira si bien qu'il y reviendra sans cesse. Il aime ces terroirs silencieux et sauvages, qui portent en eux un principe de st\le et , commandent à l'artiste de longues méditations.

Sans aller plus loin, je dois toucher un mot des figures dont René Ménard anime et même, parfois, domine ses motifs rustiques. Tout d'abord, il a em|irunté quelques données à la Bil)lc et à la légende : par exemple, ses Premiers astronomes de iiS8 ;, son Homère de 1884, ses Bergers observant Siriiis et son Adam et Eve de 1891. A partir de cette date, il se désintéresse sensiblement de ces thèmes. ( )n le voit bien exposer, en 1895, un nouvel Homère, chantant devant des bergers, et, deux ans après, un Jugement i/c Paris, petites figures dans un grand ]iaysage ; mais, déjà, sa préférence se montre pour des ]iersonnihcations plus générales, d'ordre l\î ique ou de genre pastoral : témoin son Départ dit traupeuu dans un bois, au lever de la lune, de i8()2, ses Défricheurs et ses Baigneuses au crépuscule, de 1893, son incarnation de l'Automne, cueillant des pommes au-dessus du rivage d'un lac, de 1896, ses Femmes dansant an milieu d'une clairière, de 1898, et ses Harmonies du soir, de 1899, exi)rimces par deux jeunes femmes drapées comme des ]irêtresses, l'une assise, accoudée, considérant l'horizon des flots, l'autre debout, tenant une lyre. La nature a été scrupuleusement consultée ; tout est parti d'elle, mais l'œuvre s'est constituée sous les auspices d'une poésie intellectuelle, intérieure et grave qui entend remonter aux sources et veut ignorer les contingences, l^ne seule fois l'artiste s'est inspiré d'un trait de nos mieurs et il a consacré à nos curiosités scientihques, en 1884, son tableau de Deux médecins vaquant à une analyse chimique. Mécontent de l'issue de sa tentative ou totalement conquis à un autre orientation, jilus jamais (hormis en de rares et profonds portraits que nous signalerons tout à l'heure), il ne s'est asservi à un concept d'existence civilisée, à rinter]irétation d'un effort social non primitif, à la représentation d'une individualité définie. Son goût n'est guère que de rendre des corps nus ou drapés d'un mode classique, modelés sous la caresse du rayon doré de Claude. Rien que des gestes élémentaires,. des mouvements d'une signification quasi symbolique; des t\pes humains aux formes pleines, aux actions instinctives, aux primordiales pensées, vrais mais séparés de nous par l'espace idéal. Il \' ^ certainement là un aboutissement particulier des œuvres d'un Nicolas Poussin, — le Poussin de la Mort d'Adonis et d'Apollon et Daphné, — €t,- plus près de nous, d'un Puvis de Chavannes. Il y a, aussi, l'affirmation d'un talent sensible et -sincère anitoar duquel tout s'est ligué pour réveiller, en les fécondant, les songes de jadis. Et c'est l'âme du paysagiste, nourri à l'école des maîtres de vérité et des poètes de la campagne, du grand Claude au grand ]\Iillet et au subtil et tendre Cazin, qui guide la main du peintre dans la transcription

NU SUR LA FORÊT (Société nrjuvtllc, 1907)

L'ART i;t ies artistes

PORTRAIT (Salon de 1903 1

(les spectacles où l'iin s.ilue le réel à travers le i-éve.

\'eiv iNiiJ. l'artiste, ilepuis liingteini)s hanté (lu (li''sii d'aller deinander aux " terres antiejues " (les éni(iti(ins Cdiifornies à son éducation et à son état d'esprit, a préludé à des (lèlerinages esthétiques. Tour à tour, il a pris jned en Sicile, en Grèce, en Palestine, en Italie. Il en a rapporté des éléments pittores(]ues, utilLsés par lui en des toiles épisodiques (tels ses Moiitni^iics de lu mer Morte. ses Errants endormis autour d'un feu, sur la C(ite d'Épire, sa /)'((('(' d'Ertnoncs. à Corfou. oux'rages auxquels il tant joindre son .1 iitinniic 01 (nrsc et ses Remparts d'Aigiies-Murtes) ; mais, surtout, il a dû à ses caravanes les matériaux de ses imjiortants tableaux des ruines des temples d'Agrigcnte, deSégeste, deCorinthe et d'Égine, exposés de iSqS à 1904. D'autres eussent imaginé des restitutions d'une archéologie plus ou moins arbitraire ou des compositions d'un symbolisme plus ou moins artificiel. Il s'est dit, au contraire, que les monuments de l'antiquité ne se ressemblent jilus ; que les sites mêmes où ils se dressaient mentent à l'histoire. Arrosés, ombragés, peuplés et vivants aux vieux siècles, ils sont, à présent, arides, brûlés, mornes, vides, aussi lamentables que les pierres

(roulantes des sanctuaires abolis. Pourtant, une dduble auréole glorifie, en ces solitudes, le fantome de l'immémorial ; la noblesse des horizons, le ]irestigc de la lumière. Pour charnier la désolation, il ne faut rien de plus que notre abandon aux choses avec l'afflux de nos j)ensées et de nos souvenirs sollicités. De ces souvenirs et de ces pensées, René Ménard a fait une atmosphère interne à ces tableaux, où, matériellement, n'a}ip<iiait (pic ce qu'il a i)u voir. Certes, on est en droU de qualifier de pareilles peintures de " pa\sages historiques ». Elles n'en sont pas moins aux antipodes des froides im-entions des Micliallon et des Aligny et déri- \ées des ]:)lus orthodoxes conceptions naturalistes.

D'ailleurs, notre peintre se passionne de plus en plus, à mesure tpi'il avance dans sa carrière, pour les vastes scènes de la nature. J'en atteste son Estuaire d'un fleuve horizonné de forêts, bordé de pâturages jieuplés d'animaux : son Troupeau au bord d'un étang, sous un ciel aux nuées dorées et roses ; son Orage dans un bois roussi ]iar l'automne ; soii Automne dans la jorèt de Fontainebleau.... Il est particulièrement facile de constater en cette série que la généralisation du caractère est obtenue sans aucune altération des formes naturelles, uniquement par la pondération des masses, l'ampleur de l'interpiét.ition. l'unifiante et large harmonie de ciels liiiii)ides. ou no\'és de vapeurs, ou chargés de nuages denses, diversement lumineux. La sensibilité de l'artiste se raisonne elle-même. Son art non nait, mais savant et loyal, se fortifie du talent qui tire ])arti de tout pour atteindre la ))lénitude de l'eflet voulu et du sens poursuivi. Par là même cet art s'ajuste parfaitement aux convenances de la décoration monumentale. René Ménard en a tait l'heureuse expérience en résumant, naguère, sur deux pans de mur de la Sorbonne, ses visions du Temple ruiné gardant en lui. sous le soleil, je ne sais quoi de supérieur au temj». et de la mer énigmatique où se mirent les destins des hommes. Au Salon de 1909 il donnera la décisive mesure de ses aptitudes de décorateur avec les deux immenses panneaux de pa^'sage et (-le vie pastorale qu'attend la Faculté de Droit. Encore que je ne puisse m'étendre sur des pages en cours d'achèvement, si grandement conçues et vigoureusement équilibrées qu'elles s'affirment. les lecteurs en trouveront mieux qu'un avantgoût parmi les gravures accompagnant la présente notice.

i.'AKT KT LES ARTISTES

in. — Il me l'fsle à iinli<iiu'r somniaiieim'nt le procédé de l'auteur et à parfaire le signalement des branches de sa production. Comme Millet, l'uvis de Chavannes, Cazin et la plupart de ceu.\ pour qui la nature est un livre à conunenter, c'est l)ar des dessins élaborés en détail devant le réel qu'il prépare ses compositions longtemps avant de les peindre. Ces dessins comportent des ensembles et des fragments étudiés à vif — notamment des arbres traités, pour ainsi dire, en portraits. Ce sont ses documents essentiels, ses sûres références. Pour le reste, aj'ant, dès sa jeunesse, assidûment cultivé sa mémoire visuelle, il se guide sur ses indications. Ses esquisses colorées sont exécutées de souvenir, à l'huile ou, plus couramment, au pastel. Au cours de son travail, il simplifie ses dispositifs, rectifie ou complète ses efïets, parfois les transfigure. L'accord de ses tons se règle entre les points clairs dûment déterminés et les masses fortes fermement rythmées. En ses colorations, où les délicatesses abondent, j'ai le regret de le voir troji volontiers s'asservir à des traditions de musées, recourant à ce qu'on appelle, en argot d'atelier, « les jus », d'où vient aux tonalités un aspect factice roussi, jauni, verdi, enfumé, vieilli ])ar avance. Il n'est i)as bon qu'un tableau nouvellement fait, tout plein de l'âme vivante de l'artiste, sacrifie sa fraîcheur. Aux impressions d'aujourd'hui nul voile d'ancienne apparence ne doit se superposer. Mais, à ]Mrler

franc, jilusieurs des envois du ])eintre au Salon de iqoS {la l 'où' sacrée à Rome, le Mont Cervin. etc.) nous l'ont montré en voie de clarifiei" sa palette, rhez un homme de sa complexion. les évolutions ne sont jamais brusquées. Celle-ci, très normale, sera très progressive, mais elle aiua, sans doute, de riches conséquences.

Nous avons successivement rencontré les ]iaysages avec ou sans figures et les ordonnances décoratives de M. Ménard.. Une catégorie sjjéciale de ses ouvrages est demeurée à l'écart de nos jugements. Je ne voudrais, cependapt, pour rien au monde, ne point consigner ici le haut mérite de ses portraits. Ce pa\sagiste grave, au.x origines duquel il nous a")>lu de remonter et dont la personnalité s'est révélée à nous tout entière, a été autant de fois qu'il lui a convenu un portraitiste de la ])énétration la plus aiguë. Dès ses débuts, les expositions eurent de lui quelques effigies d'une acuité d'exjiression frappante : tels, en i8S(), la Femme <■« blanc, et, en 1890, l'Homme aux liiiiellesjioires. Or, en possession d'un don magistral de fouiller et de restituer un caractère, jamais il n'a consenti à user de ce don qu'en faveur de ses inoches et île ses intimes. Sa galerie ne contient pas jilus d'une douzaine de demi-figures, mais du dessin le jihis incisif, du modelé le plus senti, de la ])his franche intensité de vie profonde et pensive et d'un al)solu naturel. L'unique regret qu'on éprouve en face de ces tyjiiques images, si ]irccises et d'un style si résolu, naît de leur envelojtpe trop ambrée, troj) spicieuse.

SdlK <lli.\<;i:l".\ (S.llnli ili' 10114)

Encore la force de révélation humaine des visages arrive-t-elle à nous obséder si bien que nous ne prêtons plus attention à autre chose. Ce sont de significatifs jiortraits que ceux de Mme René ilénard et de Mme Galtier-i^oissière, des peintres Lucien Simon et Charles Col tct, du céramiste Delaheiclie, de l'esthéticien André ('lie\iillon. Ce sont d'énimuants chefs-d'ieuvre c|ue les pnriraifs de la mère du penitre et il- >nn nnilc Ir i>liilosuphe vi^ionnanc Louis Ménard.

dans 1 meut (hi'ij 1 ("eluid ].as SCI

lit, cil délinitne, du mieux tpie je Tai pu, ■triiit espace dont je dispose, mon sentiiui cil" sur un talent justement honoré. c soit permis de conclure en deux mots. ut iiDUN \cnons de nous occujier ne s'impose

^clllcmcnt à la haute estime des connaisseurs ;

iiiiiKindc leur sympathie.

Cliclui Ciri'jiii. L. DE FOURC-AUD.

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