‹ L'Art et les artistes (volume 3)Chapitre 7 sur 99 · PIERRE-GASTON RIGAUD · texte numérisé non relu

PIERRE-GASTON RIGAUD

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TROIS suites (le tableaux et de dossiiis n-liaussés : le Village, les Laudes, les Ët^lises. qu'il exjjosa, le mois dernier, dans les Galeries Georges Petit, révélèrent Pierre-Gaston Kigaud, nature robuste et mystique, talent o])iniâtre. largement épanoui l)ar la beauté de notre France, l'harmonie de ses rathédrales, la l'orée de ses traditions. Dans le grou})e qui nous a donné Charles Dulac et .Maurice Denis, l'ceuvre de Pierre-(iaston Rigaud parle .i\'ec un accent populaire. Il augmente la séduction lie cette i)rière de peintre, dont on ne peut oulilier la franchise véhémente, l'éclat.

Le Vilhijie est modeste: Saiiit-M<)rillon. dans le pays girondin. Il accueillit l'enfance de l'artiste et lui apprit les destinées de son existence. Aux heures de doute et de tristesse, alors (]ue les années il'ai)jirentissage condamnaient Pii'rre-(iaston Rigaud à n'être qu'un ouvrier de la forge |)aternelle, le village de Saint-Morillon lui donna les leçons inoubliables de la matière et de la nature.

Heureux départ d'une existence d'artiste ! Toute force s'augmente ]>ar la conq)ression. Les pa\"s où l'on a souffert sont les pins beaux du monde. La clarté des visions de Pierre-Gaston Rigaud, la solidité de sa technique, le lyrisme émouvant et discret cpi'il donne à ses images, tous les éléments constitutils de l'originalité de ce beau peintre doivent davantage aux voix rustiques qu'aux séjours qu'il lit, de iiSc)4 à I.S((8. dans les Lcoles des Heaiix-Arts de Bordeaux et de Paris. Elève de Léon Honnat et d'Albert Maiguan, le jeune homme sidiit ainsi sans les accepter les conventions scolaires, les mensonges d'ati'lier, les rélicences i|ui gouvernent l'art olliciel d'aujourd'lnii. Oiiginaire d'une pro\ince où l'on nait Prix de Rome. Pierri'-Gaston Rigaud est devenu peiii/re en suivant îles routes moins ratissées (]ue celle des lauréat-^.

Après les années d'Ecole des Heaiix-Arls, le retour au -eillaiie fut salutaire à l'artiste. S.iint- Morillon s'offrait à lui connue le sanatoriiDii de

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sa tuberculose n(a(li''nii(Hic. En iSmS, il \' exécuta une série (I'i'UkIcs un se laisaiciit jour les teml.mces modernes. La si]li(iiiiHe du l'iu Iranc ettaça le souvenir du niauue(|niii \i\Miit ; lesas|iectsilu l'ilhii^c qui s'éveille ou s'eiidurt, si's ruelles, ses bords de ruisseau, cjiuliien d'autres harmonies sul>tiles de la vie aux champs clissipèient les habitudes de la rue Bonajiarte. An regard du maitre dispensateur de conseils autoritaires en dehors desquels il n'est point de salut, la nature substitua rin\-itation aux essais, aux tâtonnements (|ui conduisent l'artiste à se donner la i^reuvi' de son imjniissance ou de S(m originalité.

One de dignitaires de nf)s Stiltnis. que de Hors- Concours, que de jiorteurs de médailles, souvent de sauvetage, eussent gagné à se donner celte preuve, une fois pour toutes !

L'iniluence de Monet, de Sisle\- et des impressionnistes libéra déllnitivement Pierre-Gaston Rigaud. Les Quais de Bordeaux lui offrirent bientôt riné))uisable variété du leurs aspects et de leurs heures. L'n séjour en Bretagne stimula sa vision. La Mer houleiixc. pur le leinps i^ris. à Oiiessant, exposée chez Georges Petit, montrait quelle émotion secoua

le ]Kintre devant un spectacle qu'il nota avec une liè\-re toute romantique.

()l)sédante, impérieuse, la beauté de l'Océan ]iciursui\it longtemps Pierre-Gaston Rigaud. En i()oo, il \int s'installer à Confis, dans les Landes, que nul iH-inlre moderne n'avait encore analysées comme elles le méritaient.

Voisines du pavs gironilin, moins avenantes mais de beaucoup plus poignantes que lui, les LiUides défendent leur mystérieux attrait. Le profane, 1 étranger que rien n'a préparés aux mélancolies de la grande plaine landaise redoutent cette solitude où le pin se dresse, solitaire, brfilc par le soleil, jileurant ses gemmes sous l'outil du résinier.

Avant de s'enfoncer dans ce désert, Pierre- Gaston Rigaud explora la région des marais salants girondins, le voisinage des étangs, le bassin d'Arcachon : la Hume et le Cap Ferret qui participent encore aux douceurs de la Guyenne et annoncent déjà l'austérité gasconne. Les Gniiids Pius, à La Hmne, debout devant une vastitude lacustrale, sont le rideau des incantations landaises qui vont se dérouler dans r(ruvre du iieintre.

A t'ontis, plus rien que la Dune, le Pin et rC)ccan,

I E CniETIKKE

maîtres d'un domaine ingrat et triste. Jadis, sous le nom de sdiivelé.

ces régions étaient l'asile inviolable des criminels et des persécutés. Quelques heures suffiraient au voyageur pour s'y laisser mourir d'ennui Tel peintre y chercli.i vainement les raisons qui fixaient Pierre -Gaston Rigaud en cette Th' baïde, oubliant de teiui compte des ressources de l'imagination desm\"<; tiques pour lesquels 1' trait d'un paysage • en raison inverse de son pittoresque.

Quoi de plus morne que l'alignement de troi* pins sur une dune? A matin, dans les clai ; roses de l'aube, ces Trvi^ pins morts se dressent,

K.VVtiN l>r SOIK (N((rRE-I).\ME DE (H.AKTKES)

devant Pierre-(iast(in Rif;aud, comme des témoins sans (jui l'harmonie de Contis sérail fausse.

.\insi, de\"ant le sjx'ctacle des pires lianalités, riiarks Dulac dégageait instinctivement, pour la rendre dominatrici', l'armature mysti<iue que tout pa\sage porte en lui. Pareillement, dans le temps gris, le Pin tordu pleure ses misères de vieillard mutilé, et la symphonie landaise de Pierre-daston Rigaud convie ce pin, sur un mode assi^iate, à célébrer encore les malins frileux qui animent la solitude, les midis tonifies, les soirs d'agonie créjjusculaire, et les imits de dunes, les nuits étoilées, le sommeil de la

Laiulc bercée ])ar le rythme des fiots. Les somptueuses ruines île l'abba-ye de La Sauve

Xcitre frère le l'iii obéit. Il oublie 'a tiiste des- ((iironde) conservent, dans leurs parties du

linée. Dans ce [)iiysage ([ue Pierre-Caston Rii^aud xii'' siècle, mie sculpture dont les bestiaires se

lait l'un des plus attachants (pie l'art fiançai- ait rattachent aux influences languedociennes. Elle

connu ileiniis Piu'is de Cha\'annes et Cazin. il s'agite con\ailsi\'ement sur les chapiteaux envahis

devient un héros de tragédie: celle de Y AlLnilidc par les moisissures, au-dessus de colonnes dar-

disiiarue. treiise?.. lelong (le cloîtres qui font songer à Saint-

Des 1. amies, décor de scènes bibliiuies, Pierre- Troi)hime d'Arles. Les soleils du matin et du soir

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