‹ L'Art et les artistes (volume 3)Chapitre 80 sur 99 · KS ART · texte numérisé non relu

KS ART

DESFOSSÉ ET KARTTl — les moutons (frise)

salir une inarclic d'cscilier riTDUwrtu il'uii tapis, ft Ir long lies murs, nnc plintlir. luie corniclie. puis un \-ehnn en reto\u\ annulant jiartaiteuii nt le lli^p(lsitif habituel (l'uiie niaifun habitée. Bien niiL'UX, il a di^ixisé (le\ant la cimaise des meubles sur les meubles il a [ilacé des grès, des ser\'ices à tlié. des fleurs, et ainsi démontré la beauté }iarticulière d'une tenture, qui n'a jias une valeur absolue, abstraite, mais relative. S(Ui rôle est de constituer un fond sur le(|uel le nujbilier et les drajieries tiendront leur place, l'n pa|>ier de tenture ne doit

jamais, p.ir sa couK ur ou par ses ( à l'attention et constituer par lui seul une ilécoration ; c'est pour- (pioi le papier avec scènes comicpies ou pa\-sai4es, et. <lans une certaine manière, la toile de jouw est un non-sens et l'indice d'un dél.iut de goût. C'est ce cpie semblent avoir également compris les exposants (pii, d'une manière générale, ont une tendance à emi)lo\er des papiers unis, aux tonalités infiniment discrètes et liarmonieuses, créant dans une chamlire une zone |)aisible ou viennent se fondre les arabes - (]ues de lumière ou de couleur, comme l'écho mélange au loin les notes successives d'un chant. I.,i décoration imprimée ou pochée est donc reléguée d'une manière générale dans la frise où l'on apporte ime fantaisie amusante.

Quelquefois un motif de végétation encadre ces scènes familières, et se détache légèrement de la frise, comme un lil de glycine se séjiare de la branche qui encercle im vieux mur. Je cite presque au hasard, et en m'excusant de ne pas citer tout le monde: le motif Chd/s. Enfants, ]iar M. Ernest Duru ; - - hs Maiiloii'^, lu Clm-

imjioser

ERNEST Dl'RU - frise .ch.\ts

l'icrc, par MM. ("ousin et Erancis Jourdain ; — les projets de M. Jacques Bille ; — la Seine ait l'ont Alexandre, la Foiilaine Carpeaux, panneaux an pochfiir jiar M. Georges Grégoire : — la frise au pochoir la (aravane, par M. Laugier ; — les papiers-frises les Cygnes, les Coqs, les Arbres, par M. Petitjean ; — les toiles au pochoir par M. Maurice Dufrène ; — les décorations pour chambres d'enfants jiar André Hellé ; les toiles au pochoir par M. Jules Coudyser. Et j'insiste sur le haut goût de ces créations, sur la délicatesse des camaïeux, sur la variété des effets obtenus avec deux ou trois tons seulement, de manière à respecter l'homogénéité du jjapier et tle la frise. Tout au plus pourrais-je reprocher, dans le décor de la plante, une stylisation excessive, un parti pris de réduire une forme souple, naturelle, à une écriture géométrique et presque enfantine ; et je fais allusion aux toiles d'une tonalité jaune si déliacte que ^I. Jules Coudyser a décorées, au pochoir, de pommes de pin. N'est-ce pas là le fait du procédé lui-même ? Mais dans le décor animé, quelle aimable ingéniosité! Et comme je vois avec plaisir ces artistes comprendre ([u'il leur faut non plus feuilleter de vieilles estampes, mais regarder autour d'eux, ouvrir les yeux tout grands à la lumière de la \ie, au jour qui nous éclaire, à la profusion des belles choses que les êtres animés créent, sans le savoir, simplement en se mou- \ant autour de nous.

Faute de place, on n'a pu exposer au Musée Galliéra les cartonnages de théâtre, et 'SI. Bérard en aurait certes fourni de fort intéressants. Par contre, on a ]>u réunir dans les vitrines quel-

ques autres applications du j)ai)ii.T ])i-inl ou iiocluS quelques industries d'art de la niénie famille. E'une contient des éventails de Léanilre. tle Redon, de Xoël Dorville, de Chéret, de José Helon, de l^ohida, de Mme Madeleine Lemaire, d'André Gilles, de Bac, de Mlle Abbema. avec des autographes de Hérédia, Jules Lcmaître. François Copjiée et Paul Bourget. Une autre contient d'excellentes jilaques de reliure prêtées par la librairie Hachette et exécutées par Giacomelli. par Halierl Dys et par Ros-

signeux. Une autre contient des l)oites de i)arlumerie décorées par Duirène, par Aubcrt, jiar Lalique. Une autre, des reliuies toiles et papiers jiar Frantz. Un cadre présente des ])apiers de gariles très délicats de Georges Auriol. On s'arrêtera enlin devant la collection des reliures 1840 de la bibliothèque de M. Henri Beraldi ; et l'on emportera des idées sur le goût moderne, et un souvenir amusé, de cette exposition variée, comjilète... et utile. Lh.xmikk \'.\ii 1 .\t.

JULES COUDYSER - oiîcok.ation d'ln c.\binet de tr.\v.\il

Le Mois Artistique

LA Misère sociale de la femme : Peintures, DESSINS, ESTAMPES {(ialcric Dcvinuhcz. 4J, boulevard Malcs/ierbes). — Organisée au profit de l'Œuvre des libérées de Saint-Lazare, cette exposition a lin double caractère : nettement social et aussi esthéticjue. Et inènie il serait ])lus exact de dire que ces deux caractères ne sont point séparés et que l'émotion d'art que l'on peut éprouver en face de cette collection ne se différencie pas d'avec l'autre.

Cela pni\-ient de ce que les peintres et dessinateurs qui >e sont occupés de ces questions l'ont toujours lait a\cc une arrière-pensée, sinon attendrie, tout au moins documentaire, mais lias uniquement esthétique. Au bas de toutes ces œuvres, il \ a toujours une lé,t;ende, exprimée ou sous-entendue, ("'est de l'art d'illustration.

Comme elles ont toutes été exécutées sans intention moralisatrice, elles gardent, aujourd'hui qu'on les a réunies dans ce but, toute leur portée, et l'on peut très bien, si l'on veut, prendre en les regardant une haute leçon de pitié humaine. On peut également \' suivre l'évolution du sentiment de l'artiste envers son [lauvre modèle, dejmis l'indifférence cruelle jiis(|u'à la compassion, sentiment reflétant d'ailleurs celui de l'époque.

Jusqu'au XVIll'' siècle, ou à peu près, la fille de joie est considérée comme un être de perdition, envers qui il est naturel que la société se montre sans miséricorde. Et ce ne sont que gravures terribles, à tendances religieuses, sermonneuses même, où la vie de la prostituée est décrite dans ses plus mauvais moments, et aboutit toujours à la maladie, à l'abjection, à la mort ignominieuse.

Les images d'Épinal racontant en seize planches les aventures d'un petit mauvais sujet jusqu'à l'échafaud final ne procèdent pas autrement. Au XVIII'' siècle, l'élément pittoresque entre en jeu, qui adoucit un peu l'àjireté de la vision, et surtout, je crois, intervient cette passion du plaisir qui ne voulait pas voir les suites du plaisir, mais seulement ses heures brillantes.

Mais c'est au xin*" siècle que la pitié se mêle à la vision des artistes qu'intéresse la prostituée. Cette jiitié, masquée par la gouaillerie, le rire cynique et léger d'un Gavarni, d'un Traviès, par les mystérieuses allures d'un Constantin Guys, par l'intensité luxurieuse d'un Rops, arri\-e à son

apogée avec Toulouse-Lautrec et Forain, cruels sans doute, mais moins pour les misérables créatures dont ils fouillent les tares que pour l'organisation sociale et les égoïsmes bourgeois qui les ont causées. Mais c'est chez Steinlen que je découvre le plus de \Taie bonté. Celui-là est vraiment ému, fraternellement. Sa connaissance des dessous de la vie parisienne, au lieu de l'endurcir, lui a donné des choses une appréciation saine, nuancée, juste. Il n'est pas humanitaire, mais il est humain.

Quant aux estampes japonaises, d'ailleurs techniquement admirables, qui sont, elles aussi, consacrées (mais bien sans le vouloir) à la Misère sociale de la femme, elles ne prouvent qu'une chose, c'est qu'il y a des races où l'on ne prend rien au tragique et où l'on veut que la vie soit un sourire. Et le fait est d'ailleurs que cette volonté réduit au minimum les déchéances finales. Il est vrai que les Orientaux se font de toutes choses des idées si différentes des nôtres que leur mentalité — et partant leur art — nous est jiropreinent impénétrable.

Exposition Forain : Eaux-fortes, tableaux ET DESSINS {Galeries Bernheim jeune et Cie, 15, rue Riclicpiince). — Deux cent soixante-dix œuvres. Ensemble suffisant pour juger tout Forain. Surtout que ne manquent pas les tableaux, au nombre de vingt-six et qui attestent la science de l'artiste en tant que peintre.

Encore que leur « atmosphère » , assez pareille à celle de Degas, reste d'un peintre, leur dessin, leur sujet surtout appartiennent à l'illustration, illustration plus générale, si l'on veut, que celle des dessins proprement dits, mais illustration cependant, et surtout humoristique.

Après Caran d'Ache, c'est notre plus grand caricaturiste, et, pour beaucoup même, il est plus grand. Il a de moins que son illustre émule je ne sais quelle ampleui, quelle fantaisie optimiste, quelle générosité sans amertume, mais il a poussé aussi loin que possible dans un domaine d'observation restreint. La politique, la vénalité, le vice parisien n'ont pas de secrets pour lui, et il en a cruellement marqué les tares.

On a justement observé que ses légendes et ses dessftis font corps ensemble, et qu'il était difficile de les séparer : c'<est vrai. Mais sa cruauté d'anal\-se n'est jMs que verbale : elle se retrouve tout entière

dans son trait. 11 l'apiniie, l'éciase. le dclonnc avec une déconcertante sûreté, et c'est toujours pour souligner, pour désigner plutôt quelque iinjierfection physique, derrière laquelle se devine quelque laideur morale qui en est la cause. M. Forain est un réaliste à sa manière.

Il traite le nu comme un inaitre : il l'écrit plus qu'il ne le dessine, et le suggère plus (pi'il ne l'indique. Quelques traits, qui ne se donnent même pas la peine de se rejoindre, et le corps est « établi », avec son attitude particulière, vivante, avec ses tares. Dessin abréviatif, algébrique, qui cependant n'a rien d'abstrait, tout au moins dans l'impression qu'il cause, et qui, somme toute, est d'mi classique.

D'ailleurs, pour se bien rendre conqjte à quel point JL Forain est dans la tradition classique, il suffit de jeter un coup d'ceil sur ses eau.x-fortes. Elles sont d'un métier admirable, intenses et légères à la fois, pathétiques d'intentions et souverainement « artistes » d'exécution : de fort belles choses, qui suffiraient à sa gloire et qui, en tout cas, l'établissent avec le plus de sûreté.

ExposiTio.N Nicoi,.\s T.\RKHOFF {''•alcric Dr lui, 2 0. rue Royale). — Les dessins de cet artiste, qui ne manque ni de force ni de caractère, ni d'avenir, surtout, sont solides et bien construits. Mais, sauf en quelques œuvres particulièrement heureuses : maternités attendries, fines notations de paysages, animaux très justement observés et très vivants, sa couleur est ])énibie et brutale. 11 croit devoir accentue! son énergie native, indiscutable certes, et fort précieuse, par une violence de touche bien superflue. Car cette violence de touche, ces valeurs contrastées sans j)assages, ces tons entiers sans raison sont la caractéristique des peintres qui, ne sachant ])as dessiner, s'imaginent être originaux eu étonnant la \'ision du spectateur par des couleurs inattendues. Fort heureusement, il semlile bien {(ue, pour JL Tarkhoff, de tels défauts ne soient jias des qualités et cju'il s'en débarrassera pour le plus grand bien de sa sincérité, de son talent et de sa réputation, car c'est un consciencieux et un tra- \ailleur.

MEMENTO DES EXPOSITIONS

Coopcyative des Artistes, 3, lue Lajfitte. — E.xposition permanente (l'œuvres de maîtres modernes.

Galerie Otaries Brunner, 11. rue Royale. — Exposition rétrospective de portraits de maîtres français,

anglais et liollandais, au prolit de la Société L' Aitivn maritime.

Galerie de l'Art Contemporain, 3, rue Troiieliet. — Peintures et croquis de Marie Baudet.

Le Mouvement Artistique à l'Étranger

ALLEMAGNE DU SUD

■^roiCI ouverte, au Glusf^dlmt de -Muiiieli, liuie il.- us énormes expositions internationales (|ui, tous les quatre ans, nous offrent encore le meilleur, le plus un])artial moveu île eniitrulcr les tendances des diverses écoles, réduites ,i liui ileniier degré de concentration. L'art mondial v est à son étia^e (|uadriennal. Qui les suit attentivement peut mieux qu'ailleurs (car les garanties d'impartialité sont absolues, chaque pays ayant son jury propre, en dehors île touti- unuuxtion des jurys allemands) se rendre compte, eu ,i;r(is, du jeu des courants et des influences prédomuiiiutrs, it de l'échiquier des diverses positions, prises ji.ii Ir^ iui(| nu six individualités directrices : Rerich en Ku^^ie, L.ii^soii et Fjaestad en Suède. Hodler en Suis-c, (iu^t,i\e Klinit en .\utriche. Fritz Erler en AllemaKUe : je in'.ilistieiulr.n île dire qui en France, puisque les noms véuén^ .k- l\(..|iu et Monet ne sont pas au catalogue. Je n'ai du i e^te milleiuent l'outrecuidance de tenter ici une chroui(|ue luteruationale. mon rôle étant simjilement de me Imnier à quelcjues' constatations allemandes aujourd'hui et le mois prochain à quelques autrichiennes.

La grande médaille d'or vient d'être décernée certainement à l'artiste d'.'Mlemagne qui la méritait le mieux, jiar sa carrière non seulement, mais aussi par la singulière préexcellenee de sdu exposition actuelle. Et puis JL Fritz Erler n'est pas que le jiortraitiste sensationnel et effroyablement discuté de nos plus notables contemporains, sous des aspects décoratifs, d'une xiolence de couleur aussi passionnée que rare, et dans des recherches d'harmonies jusqu'ici décriées ou même réprouvées ; il n'est pas non plus exclusivement le décorateur de Wiesbaden, spécialement mis à l'index par d'impériales désapprobations, ni le chef de cette turbulente ScliclU'. qui est la pépinière îles plus fougueux manieurs de belles pâtes en Allemagne ; il est aussi le réformateur de la mise en scène des théâtres d'artistes à Munich et à Berlin, celui auc^uel on dut l'an passé ce Faust rigoureux, catégonc|ue et schématique, que le Hamlet de cette année vient non pas de surpasser, mais d'égaler en basant sur les mêmes principes de déconcertante simplicité une série de trouvailles nouvelles et adorables, petites colombes blanches et mauves d'aujourd'hui, nées de l'œuf de Colomb d'hier. On peut du reste parcourir les quatre-vingts salles de cette exposition, on ne trouvera nulle part individualité, affichée d'une façon plus éclatante, que dans les cinq portraits en décor, qui sont la grande, la légitime attraction de la SchoUe cette année.

Comme on sait, les artistes allemands ont le droit de former selon leurs affinités, non pas régionales, mais, si je puis ainsi dire, électives-artistiques, de puissantes organisations, à chacune desquelles une salle est dévolue : il en résulte de l'ordre dans la iliversité et. pour le spectateur, une grande facilité de classifier et d'atteindre à travers la milliasse d'exposants à quelques notions d'ordre général. Dans une salle on a tel goût, dans l'autre tel préjugé ; dans celle-ci le faire est tout ; la voisine a de plus ambitieuses visées, à moins tpie de moindres : être de la SchoUe, de la Sécession (incroyablement nulle cette année), du groupe

l.uill'iiiti ou ilu gioujie Biiiihe, équivaut à un programme chez les chefs de file, à une confession chez les acolytes. On se déclare inféodé à M. Erler et à M. Putz plutôt qu'à M. t'rban ou M. de Bartels, à JMM, von Keller et Habermann jîlutôt iju'à M, Kaulbach, Et puisque le nom de M. de Habermann vient de se rencontrer sous notre plume, disons cpie ses soixante ans sont célébrés en ce moment par une très fjelle exposition d'ensemble à cette Galerie moderne, à laijuelle M. François-Joseph Brakl consacre des soins si avisés, avec un flair si averti.

l'ne remarciue curieuse, dans le domaine du paysage aussi bien internaticmal qu'allemand du reste, c'est l'envahissement des tableau.x de neige. Les sports d'hiver, les cosmopolis de l'Engadine imitées partout, les funiculaires dépucelant toutes les Jungfrau. les villas confortablement chauffées à 2OO0 mètres d'altitude alpestre, ou sur les bords du fjord, permettent au.x peintres de surprendre les mystères, petits et grands, des frimas dans la montagne. .•\utrefois pour l'Alpe, ne fut-ce qu'en été. il fallait s'équiper à l'égal des explorateurs arctiques et faire une belle dépense d'énergies physiques. Et le goiit de peindre la neige a été augmentant, au fur et à mesure que les facilités ont été données aux artistes de contempler autre chose que les sales dégels de boue et de suie de nos grandes villes. Il y a vingt ans, dans les cartons ou aux murs des premiers paysagistes de France et de partout, vous ne trouviez qu'exceptionnellement une étude de neige. Aujourd'hui, un tiers des meilleurs paysages d'une exposition internationale de l'importance de celle-ci se trouve être des neiges, et sans que l'appoint de la Russie et de la Suède contribue beaucoup à élever le chiffre de cette moyenne. En revanche, justification de notre appréciation des causes, les Suisses y seraient pour beaucoup plus que toute autre nation. Il y aurait du reste un bien joli chapitre à ajouter à une liistoire de la peinture alpestre : histoire de la découverte de la beauté hivernale. Car cette découverte s'est faite par l'Alpe : il a fallu un siècle pour arriver à ce truisme qu'il serait peut-être aussi intéressant de peindre, l'hiver, dans la plaine, ce qu'on allait chercher, à tant de frais et avec tant de fatigues, l'été, par delà l'altitude de :;o<Kj mètres. Et jusqu'au théâtre, les scènes d'Hamlet sur la terrasse d'Elseneur sont devenues, chez M. F'ritz Erler, le plus beau tableau de neige de l'an 1909.

Le tableau d'histoire a complètement disparu, le tableau oriental de même, en dehors de la salle turque. Xous nous intéressons à nos gens et à nos paysages. L'allégorie et le svmbole se sont modifiés complètement dans un sens scientifique, décoratif stylisé et parfois même caricatural. Le gros humour vieil allemand a pris des formes ultramodernes avec lesquelles on l'eût cru par définition incompatible. Enfin certaines inquiétudes anglaises ou françaises du temps d'Oscar Wilde ou de Mallarmé ont trouvé enfin une expression allemande d'un spécial raffinement. Un tableau comme l'Éveil de M. Hans Hanner. où le mysticisme de la chair et la santé panthéiste sont aussi également dosées qu'une recherche de rythme à la Hodler et de per-

l.AKT 1:T les AkTlSTi:^

fection primitive à la Paul Kobcrt (li- NLUcliâtolois). me semble une œuvre aussi tyi>i<liu' «Je l'Alleniafiue moderne, la plus raffinée, que telle scène de M. Hauptmann. tel drame de JI. Wedekind. telle puérilité adorable et inattendue, subitement, au milieu des pires conflagrations orchestrales de la musique de Mailler.

Ces salles allemandes seraient à un examen définitif et détaillé du plus haut intérêt : on y est tout à la fois plus arriéré et aussi plus avancé qu'aux pires extrêmes de l'art français, en dehors de toutes les discussions sur le bon ou le mauvais goût, ou simplement sur les goûts ou les cou-

leurs, qui ne nous paraîtraient de mise que dans la bouche de gens ayant au moins vécu aussi longtcm|)S à l'étranger que chez eux. Si vraiment comprendre c'est tout pardonner, ne faudrait-il pas en déduire que, tant (]ue rien n'est pardonné, rien n'a été compris? X'n an dans les paysages d'.Xllemagne en appreml i>liis sur le coloris, le goût et les arts allemands ipie la iirétcndue obligation de vérifier par leur moyen des théorèmes d'esthéticjues soi-disant indiscutables. .\ jilus forte raison pratiquer le même laps de temps les esprits allemands eux-mêmes. William Rittkr.

ANGLETERRE

Tl y a peu de doute que ceux qui ont de l'exiH rieuce pour juger ne trouvrnt qu'- rexpo^itiini .1 (■New English Art Clul) . qui vient d'ouvrir à la galerie du Royal Britisli Artists. à. Siiffolk Street, soit la plus iiité ressante et la plus importante qui ait eu lieu dans ces gale ries depuis que Whistler .1 cessé d'être président du /(oyal British Artisls. L'espace plus étendu mis à la disposition du Club a ses dangers aussi bien que ses avantages ; mais on doit constater que le Club a maintenu ses hautes qualités, et que les œuvres vraiment intéressantes et de premier ordre sont en majorité ici en comparaison de toutes les autres expositions à présent ouvertes. C'est la seule à Londres où se trouve sérieusement représenté le nouveau mouvement ipii suc cède à celui qu'on a])j)elle Impressionnisme ou Luminisme : cette tendance à rendre avec le plus de simplicité la nature, en opposition à celle qui exprime d'une manière plus compliquée ses aspects subtils et momentanés. Quelquesuns, peut-être, désireraient voir un plus grand nombre d'artistes de ce mouvement représentés à Suftolk Street, mais, s'ils sont moins nombreux, ils sont forts, individuellement. Est-il nécessaire que je <lise que ces interprètes sont : M. .Augustus E. John et le professeur C. J. Holmes ? Jamais M. John n'avait donné la preuve de sa forme et de l'étendue de son style. Son portrait de William Xic/ialsnn est une œuvre noble qui, un jour, pourrait faire époque comme le C^rlvlc de Whistler. C'est en même temps un magnifique exemple comme actualité, décoration et psychologie <Ians l'ardeur de l'expression personnelle. La grande toile de M. John, h- Clumin de la mer. sans doute sera moins facile à comprenilre. quoique ce soit son plus grand succès dans ce genre jusqu'à présent. Mais ce genre est si nouveau pour tant de nous que, quoique acceptant le groupement des femmes et

AUGISTL'S JOHN ik chemin de ea mek

lu petit garçon, la simplicité audacieuse de la couleur, i > pin -.iDniiiii!' - i II. .i~i.-i. nous ne comprenons pas. .analysons nos objections. .M. John, en choisissant pour modèles .!■ simples robes d'une seule ■l'iileur. ne fait (pie ce que I itien et beaucoup d'autres giarids maîtres décoratifs ont fait dans le passé. C'est la nouveauté qui nous choque, non les couleurs ni la combinaison.

Nos yeu.x ne sont i>lus

.nxoutumés à cette sim-

pluité austère, mais si nous

nous donnons le temps de re-

irder cette peinture, comme

Il doit le faire pour toutes

corations. d'une bonne dis-

• nce. nous découvrirons ipi'il

\ a vraiment rien de cru

11 <le discordant dans les

couleurs, mais que c'est beau.

au contraire. <le la beauté qui

]irovient de la simplicité, de

l'ordre et de la force.

l'uis, quand j'entends dire ■ .les gens : . Oh! mais John l si pervers ! 11 cultive le laul ! 1 je veux leur rappeler ce ipie dit Kodin : Il n'y a |)as de laideur .Voici une profonde vérité : la laiileur n'e.xiste pas. Il y a seulement des degrés relatifs de beauté, et quelcpi'un de plus grand que Rodin nous a dit que dans ce monde merveilleu.v il n'y a rien de commun ni d'impur. Regardant sérieusement les physionomies rei)résentées ])ar M. John, peut-on dire que ces physionomies soient mauvaises ou méchantes? N'ont-elles pas beaucoup de caractère? Je ne vois rien de mal dans ces grands yeux regardant et rétléchissant avec surprise l'univers, ces larges narines sensitives. ces lèvres et ces mentons fermes. Les grandes âmes d'aujounTliui. comme celles d'autrefois, ont plus d'attrait par le caractère que par le teint. Kst-il donc si surprenant, si difficile à comprendre que. pour quelques-uns. une gitane — cette enfant de la nature — peut paraître beaucoup plus belle qu'une débutante de Mnvfan. et qu'une physionomie honnête et pleine de caractère peut inspirer un artiste plus profondément qu'une beauté . rose et blanche . ? M. Beerbohm

il (lit sous forme ckplaisanterie une vérité, lorsque, dans sa caricature, il dépeint uncriti- (]ue étonné devant un srou])e de modèles de M.Johnctdisant: «C'est fort bizarre que. dans trente ans, je puisse et ri' amoureux de tes d,i mes '. tl parait hizarrr maintenant à plusievnqu'on puisse avoir été amoureux des dames de Iînl)en«. Il y a cin- (plante ans qu'il parais, sait lii zarre d 'être amou reux des dames de Ko setti. -\Iais quand un j,'rand artiste dépeint pour la iiremiére fii;^ une fieauté noljle d'un type humain jusque-là incompris, cela semljlera toujours qu'arrive le règne de ITtopie, o » snobs n ni dans l'art, ni dans la v

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