PORTRAIT 11 HOMME
L'accueil qu'il reçut à Paris ne le céda en rien à celui de \'ienne ; ce lut à qui ferait faire son portrait jiar IJotard, malgré le jirix très élevé de ses iniiindres croquis.
Le roi, la reine, le dauphin, le maréchal de Saxe posèrent devant lui. 11 peignit aussi \'oltaire, CrébilIon,Fontenelle,j)eut-étre même Jean- Jacques, bien qu'aucune gravure ne soit restée du pastel qu'il dut faire de l'auteur d'Éjnilc dans le courant de l'année 1770.
Au sujet de ce portrait qu'il désirait beaucoup faire, il eut avec le philosophe un curieux échange de lettres, et nous demandons au lecteur de nous autoriser à reproduire ici quelques passages de celle qu'il écrivit de Genève à Rousseau, le 2 septembre 1765. Ces lignes, mieux qu'une longue anah'se, feront ressortir toute la bizarre originalité de cette étrange nature.
« Monsieur, le plus grand de mes jilaisirs est de chercher à penser piurement, naturellement et sans aucun préjugé. Nous n'avons au-dessus des bêtes que la seule faculté de nous communiquer nos pensées par le langage.... Sur tout le reste je cherche à penser comme les animaux qui n'ont ni mauvaise habitude, ni iiréjugés.
I " J'ai des idées très singulières ; voici les principales :
■I Nous devrions, pour vivre longtemps, être rien, et marcher à quatre pattes ; peut-être sommes-nous de la classe des animaux qui ne doivent point boire, qui ne doivent pas dormir, mais se reposer..,. Un médecin est un aveugle qui peint. La médecine est une des sciences les plus incertaines. Toute nourriture cuite est moins saine, et plus elle cuit et moins elle nourrit.
'• Je ne crois à aucun « on dit » sans examen. Je crois que la loi naturelle est la loi du plus fort et du plus adroit. Tout homme qui veut vivre en société doit agir selon cette loi de ne fake à autrui que ce que nous voudrions qu'on nous fît.
" J'ai de plus à vous communiquer des idées sur la peinture, singulières. Les principes les plus essentiels sont des axiomes. J'ai à vous faire voir des tableaux d'un nouveau genre de peinture et où la peinture est poussée à son plus haut période et les idées relatives à ce sujet à vous communiquer....
I " Je jiensais aller voir avec ^L Wilque.... ^'ous me renvoyez cet honneur au mois d'octobre. J'eusse été bien charmé que ce fût dans ce mois. Mais patience, j'apporterai ce qu'il me faut et vous prierai de me donner quel-
P0KTK.\1T DE FEMME idissm)
M°"' LONGNARD, DITE u \.\ DAMK AUX DENTELLES
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naître que celui qui l'écrivit semble, pour emplo\'er une expression familière, avoir reçu un joli coup de marteau sur la tête.
Jusqu'à la tin de sa carrière, Liotard se singularisa par des excentricités extraordinaires.
Aux approches de la soixantaine, l'idée lui vint de prendre femme, et il fut épouser une jeune Française en Hollande.
.Malgré la disproportion d'âge des deux époux, la chronique ne nous apprend pas que l'excellent Liotard fut malheureux. Il eut même, phénomène d'ailleurs peu surprenant, plusieurs enfants de sa jeune femme, près de laquelle il termina paisiblement ses jours dans un âge très avancé après un nouveau voyage à Paris et à Menne, regrettant toujours sa robe, sa barbe fluviale et son turban, dont il avait, non sans chagrin, fait le sacrifice à Mme Liotard.
lA SIGNOR.\ M.\K(>XliI.\ ul.ssiin)
ques moments jiour avon- votre ressemblance....
Il J'ai apjiris que vous \'ous étiez un peu amusé de la peinture ou du dessin. Je serais charmé de pouvoir vous aider à mieux faire.
Il J'ai l'honneur d'être, avec toute l'estime et la considération possible. Monsieur, \-otre très humble et très obéissant serviteur.
J. E. LlOT.\RD.
« Geuèvc, ; septembre 1765 ».
Il y a dans cette 1 mations très sensées
■ttie, j'en conviens, des affiret cependant il faut recon-
L ceu\-re de Liotard est considérable. On peut dire que de 1720 à 1788, pendant une période de soixante-huit années, il ne cessa de travailler. Malgré toute la conscience qu'il mettait dans l'exécution de ses plus légers dessins aux trois cravons, presque tous ornés de légendes explicatives, sa puissance de production était prodigieuse. Tour à tour pastelliste, émailleur, miniaturiste, graveur, il ne s'appliqua qu'en de rares occasions à la peinture à l'huile. Et c'est pourtant en ce genre qu'il a laissé, entre autres essais, une de ses œuvres les meilleures, un très intéressant portrait de lui-même à la fin de sa vie. Portrait inconnu de la plupart des amateurs et qui est devenu la propriété d'un descendait de l'artiste.
Ses (euvres principales sont : la Belle Chocolatière du ^lusée de Dresde, reuvre exquise dans sa grâce un yieu maniérée, que le comte Algarotti acheta en 1745. J^our le roi de Pologne, au prix de 120 scquins, c'est-à-dire 2 (140 livres :