‹ L'Art et les artistes (volume 3)Chapitre 90 sur 99 · VARIETES · texte numérisé non relu

VARIETES

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ETANT donné un costume, une toilette... ou ce qu'en peinture on appelle un ajustement, comment distinguer avec certitude les cléments de beauté permanente qu'il faut choisir, soit pour les peindre, soit pour les porter, des éléments de mode périssable qu'il vaudrait mieux rejeter? — Voici le problème tel qu'il s'était posé dans mon esprit à la suite d'une visite chez une charmante femme qui, voyant mes regards fixés sur son portrait par le célèbre X..., s'était répandue en lamentations, parce que ledit portrait, peint seulement il y a cinq ou six ans, la représentait dans un costume démode, désormais ridicule, dont souriait tous ses visiteurs.

Eh bien, quoiqu'il ne puisse y avoir à ]5roprement parler une Loi dans une question où rai)])réciation personnelle est après tout seule importante, et que l'instinct de l'artiste, comme celui de la femme, doivent toujours prédominer, je crois avoir, en creusant le problème, trouve trois principes qui, en cas d'hésitation, seraient certainement très utiles pour vérifier la valeur de l'instinct et com-

Ixitlrc l'intluence inconsciente' (|uc les .iroùts du jour, les goi"its de l'heure, nous font subir à tous, artistes comme gens du monde.

Je vais tout d'abord énoncer ces trois principes sous une forme concise et je tâcherai ensuite d'en démontrer le bien fondé jiar des exemples.

Premier principe : Tout élément qui, dans un costume ou un ajustement, est une cause de déformation de la structure du corps et donne une apparence artificielle et fausse à la conformation normale doit être absolument rejeté.

Second principe : Tout élément qui laisse voir, explique ou affirme la construction de l'être, ou amplifie ce que nous considérons comme des beautés humaines, doit être soigneusement choisi et retenu.

Troisième principe (qui s'adresse spécialement aux artistes et qui conditionne les deux autres) : Lorsque, dansun costume, un élément(ou des éléments et parfois le costume tout entier) a un but d'utilité réelle, qu'il est en quelque sorte nécessaire au rôle ou à la vie du personnage, il a par cela même une

MARS BUKGHESE

7<(i!t-!ir th- Cdi-actci-i- tV // dtn/ ctrc conserve.

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Mon Dieu, dans la ])ériodc contemporaine nous n'aurions c}ue l'eniliarras du choix; rappelons-nous du récent passé les tc.iurnures strapontins de ces Dames, les ])antalons ])ied-d'éléphants de ces Messieurs, etc. Actuellement nous avons une nouvelle anatomie. revue et corrigée à chaque saison par Messieurs les Couturiers et Mesdames les Corsetières, et suivant leur inéluctable décision les «estomacs» sont refoulés en lias. — parfois, liélasl sans la force de protester, — les hanches sont rabotées, les ventres mis en hiite, etc., etc.

Mais, avant tout, il serait peut-être nécessaire Yiouv notre analyse de ]M-endre comme base de comparaison deux beaux types de notre humanité, deux êtres d'une anatomie parfaite, — par exemjile, cette délicieuse Vénus de Médicis, si féminine, et ce superbe Mars Borghese, appelé aussi l'Achille, si mâle — et d'essayer sur eux les costumes des différentes époques. Nous verrions quelles modifications ils causent à leurs formes splendides, et s'il y a, comme je le prétends, une relation exacte entre le caractère de ces modifications et l'admiration esthétique accordée à ces costumes.

Remarquons jtremièrement que. durant la regrettable période où ces deux êtres pouvaient exister, point de costume était déjà un admirable costuine,... et en les regardant il nous est certes aisé dr le comprendre ! Mais, hâtons-nous de le dire, point de costume était une toilette exceptionnelle qui- l'on mettait pour des jeux, des luttes, certaines lètes ci\'iqucs ou religieuses, mais, en somme, dans la \ic ordinaire, ces êtres-là étaient très habDlés. Eh bien, si vous voulez passer rapidement en revue tout le costume de l'antiquité classique, — ce costume qui ])endant des siècles et des siècles a pu retenir l'intérêt et l'admiration de tous, à tel titre qu'aujourd'hui encore il est d'usage en peinture, — \ous ne trouverez pas un seul de ses éléments qui soit une cause de déformation ])Our la noble structure de nos héros. L'Achille peut jeter la chlamj'de sur ses épaules pour une belle chevauch'ée dans les ]ilaines attiques, il peut au retour passer sa tunique et s'envelopper du pallium pour aller au Pirée ou au Céramique,... son exquise compagne peut se \'êtir des plus lu.xueuses draperies, mettre les unes par-dessus les autres jusqu'à six tuniques de transjiarence et de longueur diverses en les fixant à l'aide du cinetus ; elle peut suspendre les inaures à ses oreilles, se ganter des digitales ;... tous deux ainsi parés n'en laisseront pas moins deviner leurs corps splendides, leurs proportions admirables.

Si, d'Athènes, ils passent à Rome, ils n'auront guère qu'à allonger un peu leurs draperies ; le pallium deviendra toge pour l'Achille, la tunique deviendra stola pour la Vénus, mais en somme, plus ou moins long, plus ou moins ample, jilus ou moins décoré, leur costume restera toujours composé des deux parties essentielles : l'indutus, vêtement de dessous fermé, équivalent à peu près à ce qu'en bon français on appelle une chemise, et l'amictus, vêtement de dessus ample et flottant, dont ils s'enveloppaient, en réalité draperies, c'està-dire étoffes souples, auxquelles le corps lui-même donnait sa propre forme.

Le seul exemple peut-être d'un commencement d'ajustement artificiel serait la j)ièce supplémentaire que les femmes à la mode fixaient sous la seconde ceinture de leur stola,... et qui tombait à terre, cachant les talons et traînant sur le sol de quelques centimètres, — comme vous pouvez le voir dans plusieurs statues antiques; — c'était l'instita, première tentative d'apport inutile, perpétrée par un cerveau féminin,... et dont l'aboutissement terrible a été la tournure moderne !

Je n'ai jias la prétention de faire un cours de costume en quelques pages, et, ne cherchant actuellement que des causes de déformations, je passerai rajjidement sur les époques antiques et sur le moyen âge pour en arriver à la Renais-

sance. Dans les époques intermédiaires, en effet je ne jwurrais guère trouver de réelles déforma tions.

Durant la décadence romaine, le costume fut toujours beau, et de même, aux premiers tcmi>du christianisme, les vêtements portés jjar 1( chrétiens des catacombes sont de simples et beaux ajustements. A l'époque suivante, qu. j'appellerai byzantine, c'est la décoration du vr tement qui se dévelojijje et jirend une imjjortanc ^ exagérée, mais le vêtement est encore draperit De même, après l'an looo en Italie, la patrie dw beau et du noble par excellence, je ne puis trou ver dans mon superficiel examen d'éléments fran chement artificiels dans le vêtement. Il s'est faii il est vrai, un grand changement : les draperiese sont transformées en costume, mais costunii ajusté sur le corps et ne j)ouvant qu'en accuse i et en expliquer les formes. Ici encore notr< \'énus, notre Achille paraîtront ce qu'ils sont : K toise puissant de l'homme fera bomber le justau corps, son jarret nerveux apparaîtra sous K maillot collant,... et si dès lors — et surtout un peu plus tard — les étoffes commencent à s'alourdir, changeant les souples tuniques en gaines roides et en jupes pesantes, au moins les belles proportions d'un corps sont-elles respectées.

Nous pouvons traverser la renaissance italienne, nous ne noterons la déformation qu'à titre accidentel.

ilais, je l'ai dit, l'Italie est la patrie du Beau, et si les êtres qui y vivaient en ces temps avaient l'instinct du goût et de la distinction, il n'en était pas de même dans les Flandres, ni dans les contrées germaniques,... et là, aux mêmes époques, nous trouverons ample matière à nos remarques.

Par suite d'influences de race et de conditions climatériques produisant une psychologie spéciale, nous constatons dans ces pays une difficulté évidente à la compréhension des beautés anatoniiqucs. Le corps humain n'est plus admiré en lui-même, il est seulement le mannequin devant servir à la montre de lu.xuriantes étoffes. Ces races aiment le luxe et le faste non tant pour leurs propres beautés que parce qu'ils témoignent de leurs richesses et de leur pouvoir de dépense,... et la conséquence en est une invraisemblable extravagance en fait de costume !

Cène seront guère les artistes qui nous documenteront à ce sujet ; ils se refusent généralement à représenter de telles absurdités ! Ce sont les chroniqueurs qui nous racontent les robes d'une longueur de douze aunes portées j)ar les femmes, les jaquettes de Bohême, aux manches si longues qu'elles traînaient à terre, portées par les hommes. \'o\'ez-vous notre héros grec affublé de cet habit

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