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cor]is vivants qui unissent la force et la ^■oupIesse : les grands félins comme les fauves de nos forêts, comme les chevaux de j)ur sang ou les lévriers,... et lorsque dans un costume vous trouvez une iorme qui amplifie un de ces caractères de beauté l)hysiologique, — beauté éternelle, — vous pouvez la conser\-er.
Enfin il peut se présenter un cas spécial, celui qui a nécessité mon paragraphe trois : dans xme (euvre d'art, vous pouvez désirer faire intervenir, ou vous pouvez être obligé de subir en bloc, la représentation de certains costumes contenant des éléments de déformation qui, d'ajirès mon ])remier princijie, devraient être rejetés. Par exemjile, dans une composition décorative, vous désirez i)lacerun« homme de mer » synthétisant la race des [lêcheurs et des marins.... Allez-vous donc lui enlever son étrange coiffure — le stiroûa. — lui diminuer, lui afhner ses énormes bottes, sa casaque huilée sous prétexte que ce sont des causes de déformation? Si en j)his, dans cette même (euvre. vous j)Iacez une paysaime du pays, intervenant là ])otir rejirésenter sa race et son type social, et ayant dans son costuiue réel de terribles artifices, comme ce gonflement des hanches
et du ventre causé par un placé sous la ju]ie.
fraude, bizarrement de quelque idole liarh.u
rouleau d'étofte
rtaines autres pièces de
■,,(|ni lui donnent l'aspect
allez-\'ous donc réduire
et arranger le tout, atlîner, épuier... en raison du premier princii)e ? A coup sûr non, car ]iar cela même que ces attril>uts sont nécessaires au rôle ou à la vie du personnage, ils possèdent une valeur de caractère et vous devez les conserver intacts.
Du reste — et ceci s'adresse spécialement aux artistes découragés ]iar les apparentes laideurs de notre époque — il y a dans tout costume, quel qu'il soit, une manitestation de l'individualité qui le porte et de là peut provenir une source de pittoresque extrêmement jirécieux pour notre art pictural. Connaissez-vous, par exemple, un costume plus laid et plus gauche que celui du petit soldat français en tenue de revue nu de sortie? Regardez-en une douzaine en train d'errer dans les salles d'un musée ou dans les allées d'un jardin public : les liras liallants, les pieds lourds, ils se balancent gauchement, empêtrés de leur longue cajjotc, gênés de leurs gants qui les clialdnillciit, l'air aliuri ; on i rouah plutôt voir un ])au\rc bétail é.t^'aré qu'une escouade de valeureux guerriers prêts à mourir ]>our la patrie !
Ehbieii.ces inémi-s petits soldats ahuris, envoyezles en exj)édilioii on loiit simplement en maïKciivres et examine/.-les di\ jours a])rès le dc'-paii.
\-ous ne les reconnaitre/ ])lus ! Ce sont maintenant des hommes aux prises avec lesdillicultes et les angoisses i;t conscients qu'ils ne doivinf comjiter que sur euxmêmes ]>our leur soulagement et leur sécurité'.
D'un coup la souffrance les a marqués et leur ,i fait acquérir cette allim farouche qui ne jieriuet plus le rire, et fait menu comprencke la possibi^ lité de l'héroïsme.
A]:)rès huit jours de marches, d'insomnie, de maigre chère, chacun a dû trouver un moyen personnel de résistance à la terrible usure, et chaque homme fait exjjrimer à son costume son mode inifniduel de souffrir et de réagir. Plus d'unilormes ; c'est maintenant un pittoresque ajustement. Les uns ont simplement rentré leur pantalon ilans leurs guêtres et relevé les pans de leur capote; d'autres, moins réservés, dégrafent leur plastron, desserrent leur cravate; quelques-uns, plus sensibles, plus énervés par la lutte, vont jusqu'à se dénuder conqilètement la gorge ; enfin les rageurs, les violents indépendants se soulagent de partout : les manches sont retroussées, les poitrines débraillées, les képis à la main ou suspendus,... et peu à peu ainsi dans ce costume primitivement laid et sans intérêt esthétique, la Vie crée une valeur nouvelle jiour notre art pictural....
Partis de la gracieuse chlamyde, de la noble stola, nous avons eu la honte d'aboutir à la jupe et au corset,. ..et nos deux nobles amis — la Vénus et r.\chille — élevés dans une atmosphère de pure beauté préféreront sans doute renoncer à la lumière que se soumettre aux exigences de notre existence moderne.... IMais en les reconduisant au piédestal d'où nous les avions fait descendre, dans ces salles de la sculpture antique qui sont les grandioses cimetières de la Forme,... nous ne nous désespérerons pas, car si le pouvoir de reproduire une idéale perfection corporelle est là, gisant à tout jamais peut-être, il nous reste cet élément d'intérêt, essentiellement et éternellement lié aux phénomènes de la \'ie — le Pittoresque — qui pourra fournir matière à des beautés infinies aux artistes de tous les temps.
Pierre-Émile
cornillier.
A. DE L.\ (^lANDAKA
PORTR.-\IT DE M"" d'.\NNUNZIO (1907)
PONT FORTIFIE DE VALENTKE (gothiquci
L'ART DECORATIF