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cette rue de Rivoli sous les arcades de la piazza, ne
les méprisez pas plus que le mobilier, mal fini, mais de tant de faste, qui, depuis des siècles, pare les demeures de la cite marine : ils ont la couleur, la fantaisie qui ne craint pas le mauvais goût ni le grossissement de la scène. Toutes choses, à Venise, sont conçues et exécutées à fin de plaire en une occasion déterminée; art d'impromptu et de circonstance, dextrement brossé par des citoyens qui se hâtent en vue d'un anniversaire, d'une victoire, ou d'une fête patronale à célébrer, sous l'égide de la République, leur maîtresse commune. Les plus illustres n'attachèrent pas plus d'importance à une toile, grande comme le Jugement dernier par Tintoret, qu'à une grille de chapelle ou à une lampe votive, accessoires pour la comédie-opéra, bigarrée et magnifique, qui se joue tout le long de l'année, en plein air, ou dans le clair-obscur des salons et des églises. On peint des tableaux héroïques comme on peint des enseignes de maga-
sin et de simples portes. Entre esthéticiens, une lutte se livre pour ou contre Venise, pour ou contre Florence. Oui exalte l'une, rabaissera l'autre. Je sais que la Toscane de la Renaissance est l'âme et le cerveau de l'Italie, on pourrait dire de l'Europe; les Américains, qui ont le sens des valeurs, ces habiles faiseurs de collections modèles, composées comme un portefeuille de père de famille, c'est au.x florentins qu'ils réservent cimaises et milieux de panneaux. La littérature nous inculque des règles de préséance dont je suis encore dupe, au moment où un pédant vient de m 'endoctriner; mais Faîtière Florence convainc ma raison plus qu'elle ne me touche si. traversant le pont d'Ammanati. par un beau jour, mon esprit se donne la peine de dégager la vierge de son armature d'acier : cette duchesse me fait petir. je craindrais les conséquences d'une liaison trop intime avec elle. Florence ne nous apprend rien dont nous puissions tirer profit, elle répond à
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des besoins qui ne si. ni plus les nôtres. Venise, .m contraire, entremetteuse (si vous tenez à ce que je l'insulte), pourvoit à tous les plaisirs de ['aujourd'hui, comme elle en procura tant à l'hier. .Mine et source inépuisables de délices ! <v»uc Un reprocher ? Sun manque d'émotions, l'insouciance avec quoi elle se donne au premier passant? Oui, c'est bien cela, et tel est même son devoir, puisqu'elle ouvre ses tavernes aux matelots du monde entier et leur dispense l'ivresse. Mais ne la dites pas vulgaire. Elle est «peuple ■ et saine, c'est pour cela qu'elle résiste aux attaques des malingres dégoûtés et des professeurs de réthorique. Elle est près de la nature, même dans ses contorsions.
Etudiez les dessins (moins nombreux que les peintures) que Venise nous légua. Le crayon en est habile; rien de plus ! Titien tut un dessinateur rond et mol: Véronèse, un illustrateur; un illustrateur, non moins, le géant Tintoret, et Tiepolo aussi, ce barbouilleur galant de Irises et de coupoles, vers quoi les chastes paroissiens n'osent lever la tête, de peur de perspectives indiscrètes
et d'anatomies troublantes. Le sens incomparable
qu'ils ont de la vie, ces vivants heureux, intoxiqués de \ie physique, leur animalité toujours les rendra chers à qui ne saurait se flatter d'êtn un corps glorieux, un pur esprit dans l'Ether. Ils ne nous parlent pas de l'au-delà...
I ne exposition, en plein Paris, de quelques œuvres choisies parmi les plus significatifs des peintres vénitiens, sera la bienvenue. Chez nous, il v a tendance de plus en plus marquée à confondre les arts plastiques avec l'algèbre et la géométrie. Nous sommes devenus cérébraux jusqu'à vouloir suggérer, sur une toile, la quatrième dimension. Nous empruntons tous leurs termes aux métaphysiciens. N'eue/, vous rafraîchir à cette fontaine de Jouvence, jeunes vieillards occupes de problèmes transcendentaux ; interrogez votre conscience, et peut-être plus qu'un d'entre v ou s s'a v oiiera ensuite : l'aurais mieux t. lit de m 'occuper de sciences: à d'autres que moi. la Peinture!
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