LA FEMME A I. OMBRELLE
pavoisée de multicolores oriflammes. .Mais quel se transformait en un prodigieux danseur. Grand,
bal qui emportait tout! maigre à s'enrouler autour d'un bec de gaz, n'ayant
Et un orchestre ravageur et tapageur ! et surtout pas d'âge : trente-cinq ou tout aussi bien cinquante-
les trois grandes vedettes, le triomphal gala des cinq ans, rasé, étriqué et monté certainement sur
jambes : Valentin le désossé, la Goulue et la ressort, il avait des jambes et des bras qui défiaient
Mélinite ! la caricature elle-même. 11 tenait de la sarigue et
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du singe; et quelle trompe! Mais ce dégingandé valsait vraiment avec une cadence et un rythme incroyables. Ses grands pieds tournaient, remontés, toujours dant le même angle. Ses pieds étaient d'inouïs automates. Aussi, comme on l'admirait 1 Il était l'Empereur de la valse et du quadrille; il érigeait, sous la lumière des globes, la couronne d' \ustcrlitz 1
Il avait deux rivales : la Goulue et la Mélinite.
La première était une fille étrange, à la lace d'empeigne, au profil d'oiseau de proie, à la bouche torve, aux yeux durs. Elle dansait sèchement. avec des gestes nets. On racontait toutes sortes d'histoires sur son compte. Aussi, quelle cohue autour de ses ébats, quand, retenant à pleins poings son linge, elle pirouettait, une jambe à la hauteur de son nez !
La Mélinite. on l'appelait aussi Jane Avril, c'était tout un contraste. Car, elle se présentait, celle-ci. gracile et souple. Délicate et amenuisée même. Son visage, pincé et doux, faisait songera une souris. Elle était si invraisemblablement maigre et déliée qu'elle pouvait se ployer jusqu'à balayer de ses épaules le parquet.
Tous les soirs, ces trois vedettes achalandaient le bal. Au quadrille, on les entourait — un danseur taisant le quatrième, — et on les reniflait.
Quelle foule exceptionnelle comme fumier humain ! Une brume flottait et noyait les visages. On ne voyait bientôt plus que le blanc des linges. l>es habitués haletants, a leurs places, ne bougeaient Jamais : c'étaient des rentiers du quartier, des gens de courses et de Bourse, des forbans de cites. Les danseuses se multipliaient. Elles s'éver-
tuaient à s'asseoir en arc. à décrocher les globes ou
à jeter sur leur croupe offerte le paquet de leurs dessous. I i la cage s'emplissait toujours; {■:• elle fumait Quand on arrivai! là-dedans de sangfroid, on restait figé, les joues moites, «l'était dévorant et c'était unique. Pour exprimer cela. picturalement, on devinait la nécessité d'un ap| < u l spécial ; un dessin fourrageur et des couleurs de lusse. Lautrec vint avec tout cela.
I i il ni ces tableaux de bal dans tout leur excessif intérêt, (.est qu'il en attendait la révélation, assis et méditant, devant une table qui lui était réservée, et au milieu des danseuses et des danseurs. Car il ne les oublia point, non plus, ces jeunes < >scars qui avaient pour tâche de battre des ailes de pigeon pendant les repos de la Goulue et de la .Mélinite. Et VOUS les apercevez, en nombre, ces greluchons, dans toutes les oeuvres de ce moment-là. avec leurs laces si caractéristiques miiiv la cape-melon ou sous le bas haut-de-forme, aux ailes en rebord de pot-de-chambre.
Né à Albi. le 24 novembre 1864, Henri de Toulouse-Lautrec, fils du comte Alphonse de Toulouse-Lautrec Montfa et de la comtesse, née Adèle Tapie de C.elevran. mourut, le 9 septembre [QOI, au château de Mali. mie. sis dans le département de la < îironde.
Elève de I atelier Cormon, il avait commencé par peindre des tableaux dans la manière de John- Lewis Brown. On peut rappeler ce détail, en songeant à ces aboutissants fameux : les Lithographies et le Quadrille au Moulin-Rouge.
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Une Révolution Artistique en Turquie
Quoique la série des timbres turcs, nouvellement émise — parfaite en son ensemble et dans ses moindres détails —, puisse servir de base à une étude des plus intéressantes sur la philatélie, au point de vue artistique ; que les jolis paysages du Bosphore, les sites attrayants de la Corne d'or, les principaux monuments de l'ancienne capitale byzantine, les chefs-d'œuvre architecturaux de la capitale turque, très artistiquement reproduits sur les nouvelles vignettes
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Château d'Europe soient tous délicate-
ment encadrés de bordures du style oriental le plus pur, copiées sur de vieilles faïences du Trésor Impérial et sur d'anciennes ornementations des mosquées de Stamboul, nous ne voulons considérer, ici, ni la variétéde leurs motifs, ni l'impeccabilité de leur impression. Ce qu'il nous plaît d'y voir, c'est l'affirmation d'un progrès à tel point prodigieux qu'il rompt avec toutes les traditions passées et réduit à néant les pré jugés nationaux qui, durant des siècles,
avaient arrêté l'essor des arts plastiques en Turquie.
Il faut a voir, au jour le jour, suivi, comme l'auteur de ces lignes, l'histoire de la Peinture et des peintres turcs pour se rendre compte de l'abime franchi d'un coup, grâce à ces nouveaux timbres. Cette émission marque une date mémorable non seulement dans l'histoire ottomane, mais dans les annales artistiques de la Turquie.
— C'est là plus qu'une réforme, unti véritable révolution qui témoigne de la volonté ferme des novateurs d'entrer résolument et définitivement dans les voies civilisatrices et qui ouvre, enfin, toutes grandes à la peinture, les portes jusqu'aujourd'hui presque closes du portrait.
Pour des raisons qu'il serait troplongd'expliquer à cette place et sur lesquelles nous nous étendrons dans une prochaine étude consacrée à S. A. I. le Prince Abdul Medjid Effendi, artiste-peintre de haute valeur, la représentation de la figure humaine a, de tous temps, été en Turquie l'objet d'une
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suspicion, grande au point qu'elle avait fini par taire partie des préjugés nationaux. Même durant ces dernières années et alors que les étions répétés d'artistes turcs de renom — tels le regretté llamdv Bey, un habitué de notre Salon des Artistes Français, et Halil Pacha, le peintre attitré actuel du prince héritier du trône tentaient, par desœuvres maîtresses, d'en affranchir leur pays, elledemeurait ancrée dans l'esprit des nationaux. La reproduction de la figure humaine tut subie, tolérée, par quelques
furent émises en Turquie, mais qu'il a le courage de nous montrer sur ces vignettes les plus belles mosquées de la capitale et leurs superbes fontaines d'ablutions. Le voilà qu'il pousse l'indépendance de ses idées jusqu'à taire représenter sur un de ces timbres la figure du Sultan Melmicd V Le tait est inouï. Aussi est-ce là le plus beau geste artistique que ministre ait tait en Turquie depuis la «repromulgation» de la Constitution. Car en taisant reproduire officiellement sur une de ces vignettes
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esprits des classes dirigeantes, mais jamais acceptée par la bourgeoisie et par le peuple.
Il appartenait au jeune gouvernement turc, il appartenait, surtout, au ministre actuel des postes. Télégraphes etTéléphones deTurquie,S. E. 1 Iskan Effendi, de taire table rase de traditi ms surannées et d'abolir d'emblée des préjuges séculaires.
Après le beau timbre qu'il lit émettre, l'année dernière, en commémoration de la reprise d'Andrinople, le voilà qu'il fait aujourd'hui non seulement succéder une série de dix-sept timbres, la plus artistique qui se puisse imaginer, aux séries insignifiantes, peu variées et dépourvues de tout caractère d'art, qui. depuis [863 jusqu'à nos jours,
lu Sultan Ahmed
le visage du Sultan-Khalife, la personne la plus élevée de l'Empire, le Ministrea.du coup, reconnu. officiellement, à l'art le droit de reproduire la ligure humaine, (l'en est lait du préjuge et de la tradition. La peinture turque doit une lière chandelle à Oskan Effendi. Grâce à lui la voilà délivrée d'une lourde chaîne, la voilà dotée d'un genre qu'elle n'osait franchement ni aborder ni cultiver,
Et, malgré moi. en terminant ce bref article, je pense au grain de sable de Pascal et escompteles heureux résultats dont l'art ottoman se ressentira, grâce à une cause, minime en apparence. mais qui est le signal d'une très importante : lution artistique. Adolphe Thaï \sso.
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