‹ L'Art et les artistes (volume 4)Chapitre 121 sur 180 · A PROPOS DE L'EXPOSITION DE LA GALERIE HEBRARD · texte numérisé non relu

A PROPOS DE L'EXPOSITION DE LA GALERIE HEBRARD

Lapt du verrier tient d'abord du métier de j l'artisan, mais le soin qu'apporte l'artisan à bien exécuter une chose ne suppose-t-elle pas une sensibilité? L'anxiété qu'il éprouve d'une réussite parfaite, le scrupule avec lequel il choisit son sable, son tondant, nettoie ses creusets, le pour et le contre qui se disputent son esprit pendant qu'il se décide à tels matériaux et non à tels autres, le regard inquiet dont il examine le verre fondu, n'est-ce pas autant d'émotions ?

Il veut la blancheur, la finesse, la pureté du grain, et c'est comme s'il rêvait d'immobiliser l'eau pure, transparente, d'arrêter avec une baguette un ruisseau qui court et de le transformer, par le sortilège de ce geste magique, en hanap, en lampe, en aiguière, en toutes sortes d'objets remplis declartés mystérieuses, vacillantes, et soumis à de précieuses métamorphoses, selon ce qu'ils contiennent ou reflètent.

Est-ce une substance que ce fluide impondérable qui coule entre les doigts, échappe au regard et change suivant le nuage qui se promène dans le ciel fouetté de bleu, de rose ou de noir... Prendreun long tube et souiller comme un nécromant dans ce liquide et le voir, de même que l'argile sous les doigts du potier assis devant son tour, se gonfler comme un beau fruit mûr au soleil ou s'amincir comme un bouleau blanc dans la clarté prima ni ère, offrir des lèvres goulues ou se hérisser en hippocampe, s'enfler ou s'effiler, jusqu'au moment d'atteindre la forme qui est un arrêt du souille... Un peu plus, un peu moins de respiration, une volonté ou un renoncement dans la seule fonction qui trahisse la vie, et voilà une panse rebondie, un galbe gracile, quelque chose d'aussi souple, d'aussi fugitifet cependant d'aussi équilibré que les bras nus d'une femme soutenant une amphore, au-dessus des hanches et des jambes fuselées.

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