PANNEAU DÉCORATIF (CHAMBRE \ COUCHER
batailles se détachent sans confusion. C'est là d'ailleurs la qualité première de cet artiste. Sa netteté, qui n'a ni rudesse, ni sécheresse, va droit au but. Elle en marque les valeurs synthétiques, les ramasse, les délimt... Vient ensuite cette caressante atmosphère de l'ensemble par quoi chacune de ses œuvres se recommande.
Or, dans la sanguine, comme dans la peinture. M. Cornillier a souvent abordé le symbole et peutêtre aussi le lieu commun. Je ne lui en fais pas grief. Je lui signale plutôt le danger qu'il y aurait
à sespécialiserdans ce domaine. Au Salon de igco, la critique observait que son « grand sujet, avec un personnage personnifiant la Douleur, était d'un symbolisme ardu. » Elle ajoutait, il est vrai, que « le pinceau du peintre a su se placer à la hauteur de sa pensée et trouver l'expression accusée sans exagération qui convenait à une figure humaine, ravagée par la souffrance. » Au Salon de 1901 , l'artiste se laissait à nouveau tenter: «Son Repos en Egypte possède le mérite de se rattacher à une conception originale, s'appuyant sur une
POPTPA1T de jf.an. m i,n PETIT-FILS DU GRAND POÈTE (SANGUINE)
ETUDE DE JEUNE FEMME (VENlsl )
IERRF CORNILLIER
exécution bien personnelle; le vieillard, éclairé par les lueurs du foyer, représente le morceau intéressant de cette toile. »
Devrons-nous longtemps encore mettre en garde les peintres contre le goût qu'ils ont du « mon eau ••
femmes etde jeunes filles. Nous n a on pas oublié eette délicieuse série et nous donnerions volontiers les meilleures œuvres symboliques, que l'artiste a produites jusqu'ici, pour la moindre de ces «figures de femmes» qu'il réunit .dois.
itrah i>k m . \i i mu ci ip roi
Je ne sais rien de plus irritant qu'une œuvre fragmentaire OU qu'une 0 I l'unité géni n'est pas fortement entendue. Voilà pourtant où M Cornillier s'est parfois essayé L'année suivante il envoyait à l'E K\ i irticulière de la Société des Arts Réunis une série de sanguines, doucement ombrées, représentant de charmants Portraits de
M Cornillier n'obéit pas cependant à un principe étroit lorsqu'il nous offre le spectacle d'efforts si différents. Il appartient à sou époque et la diversité de son œuvre montre à quel point il est possédédu souci de s'exprimer. En dehors desdoctrines et des esthétiques, il tait les autres juges de ses tentatives. S'il aime lacouleuret la composition.il
sedemande - aprèsles Impressionnistes— l'intérêt
que peut trouver lui artiste dans la seule reproduction de la Nature. C'est pourquoi il transpose, il interprète la Nature. (Test pourquoi, devant un paysage, il cherche à en saisir, par l'esprit, ce qu'il renferme d'intentions et de méthodes. Il en découvre les intentions profondes et il les fixe alors selon le sens très distingué qu'il a de la décoration ou celui - moins heureux à mon avis de la philosophie et de la raison dont nous connaissons des exemples. Cette tendance assez prononcée a l'abstrait pourrait avoir de graves répercussions sur la personnalité de .M. Cornillier s'il n'avait justement trouvé dans le portrait une énigme difficile à résoudre...
Les meilleurs portraitistes ne sont pas toujours les pi us attachés à respecter la Nature. Il est une ressemblance plus aiguë que la ressemblance immédiate et M. Cornillier l'a prouvé maintes lois dans l'expression troublante qu'il a su dégager des visages qu'il a peints. Mais n'exagérons pas.
Sous prétexte de saisir le caractère d'une figure. de joyeux barbouilleursont à plaisir déformé le modèle qu'ils avaient sous les veux. 11 suffit de regarder un seul portrait exécuté par M. Cornillier pour reconnaître la franchise de son art et la subtilité de son observation. En i<io3, à la Société des Arts Réunis, on admira beaucoup le Portrait de Madame C " « dont la ligure se détache sur les noirs des vêtements avec une belle vigueur. •> Je citerais encore le portrait de l'artiste par luimême, car la tenueen est particulièrement puissante, le beau portrait de M. Cortot, reproduit ici-même, et cette agréable interprétation d'une jeune anglaise dont M. Cornillier après avoir fait le portrait commandé, voulut exécuter, pour la conserver, l'image délicieuse et fragile. Ht la composition en blanc de Madame V" n'a-t-elle pas une force délicate. ainsi que la jolie Jeune Jemme à la loque bleue?
HORTKAII (SANGUINE)
Art à la lois complexe et spontané, vigoureux et charmant ! Nous ne saurions l'analyser davantage sans lui trouver des analogies nombreuses avec celui de notre tradition la plus pure. On sent combien le plaisir de sonder ces prunelles brillantes de jeunes femmes a été grand ; combien l'émotion qui guida la main de l'artiste lui a donné delégèreté, de finesse et d'esprit et enfin combien il entre dans cet amour du peintre pour son modèle d'intelligence et de respect. J'en arrive peut-être à la plus gracieuse composition de M. Cornillier. C'est une femme nue, assise et rêveusement appuyée au dossier de la chaise. Lecorps est posé dans une attitude exquise d'abandon et la tète inclinée sur l'épaule découvre une nuque adorable. De cette simple «étude», l'ai tistea fait uneceuvre d'un prix étonnant.
Mieux que la peinture, le pastel lui a permis de fondredans un modelédélicieux les formes élancées du corps.
d'exprimer sans dureté le contour un peu jeune, un peu mince, des épaules et le bas du visage et d'imprimer à l'ensemble je ne sais quelle saveur de naturel et de perfection.
D'autres pastels présentent également de semblables qualités. Dévêtues ou non, M. Cornillier a tracé de ses contemporaines des images captivantes. Il en a saisi les silhouettes élégantes, les manières et les moindres gestes. Il les a situéesdansdes intérieurs d'une atmosphère discrète, nuancée, pleine de luxe et de riche harmonie. Nous ne l'avons jamais trouvé en défaut dans cette compréhension émouvante de la grâce et de la beauté féminines et. tandis que, dans son vaste atelier, M. Cornillier me confiait son ambition jamais satisfaite d'artiste scrupuleux, la nuit tombait et enveloppait doucement ces visages jeunes et frais qui rayonnaient à travers l'ombre.
Francis Carco.
|.| SS|N |<ol I' ! N l'l'H',1' 1VM