GEORGE BARBIER
Geobgi Babbieb est. certes, un des artistes les plus têtes de notre temps et, j'ose le dire, ce succès nous rassure à propos de notre ,^oùt. Tant que l'on aimera cette élégance d'imagination, cette netteté ornementale, cette précision du trait, cette sobriété dans l'arabesque, cette intensité
CARNAVAI (" KABSAVINA ")
de couleur qui ne tombe jamais dans l'excès, tant que l'on comprendra qu'une sage assimilation des influences par un tempérament qui les absorbe et les équilibre atteste bien plus sûrement une originalité réelle que ce desordre criard et ce dérèglement concerte de qui sent à tout prix se faire remarquer, tant que l'on conservera de la sympathie pour la mesure, le charme et l'attrait d'un George Barbier, nous pourrons considérer d'un œil serein ce que d'aucuns appellent les ravages du cubisme, du futurisme et de tous les orphismes. ('.es écoles ne tout de bruit que dans leur propre enceinte. I.e vrai public ne les connaît que en sourire, à peine. Et il reserve sa dilection à ceux qui. sans refuser l'apport technique des tentatives étrangères, sans se fermer aux idées nouvelles, entendent bien ne pas s'écarter pour cela des principes de la sage et fine tradition française.
Il semble inutile de présenter M. George Barbier, tant il est connu, encore que sa repu'
quatre ans. son nom n'était familier qu'à quelques initiés des ateliers et des salons.
«position de mars à la Galerie Boutet
de Monvel le révéla de façon presque foudroyante. et depuis il est devenu de plus en plus célèbre.
lis |>| RBOQI ETS (Bleu, pourpre ei noir. — Papier à la planche)
Cependant la vogue, qui lui vint si jeune ci d'une façon si flatteuse, ne le troubla point. Il savait trop où il allait, et le chemin qui lui restait à parcourir. Il travailla, sans cesse affermissant sa main, donnant sans cesse plus de sûreté à sa ligne, plus de force à sa couleur, avec un constant souci de perfection. Ce n'est pas un de ses moindres mérites que cette tranquille certitude. Que d'autres à sa place eussent cédé au désir d'étonner toujours, ayant plu tout d'abord ! Je ne veux nommer personne, mais nous avons tous à l'esprit le nom de quelques-uns de ces artistes qui débutèrent avec éclat et tombèrent dans le tic, à force d'avoir forcé la note, et crispé leur talent initial 1 M.George Barbier ne procéda point par sauts, il suivit une évolution lente mais sûre et ce n'est guère qu'aujourd'hui que nous pouvons, nous retournant vers le passé, envisager dans son ensemble et sa variété l'œuvre déjà considérable qu'il a accomplie, en si peu de temps.
Qu'est-ce donc que M. George Barbier? Un aquarelliste, un décorateur, un miniaturiste? Oui, mais je le considérerais volontiers surtout comme un enlumineur. Je l'ai vu travailler. L'analogie m'a paru saisissante. La rapidité, la sûreté de sa main sont merveilleuses. Littéralement éclôt sous ses doigts un monde de lignes complexes, une floraison de couleurs riantes. Il n'a presque plus besoin de modèles, et l'on dirait qu'il tire tout cela de son cerveau. Sans cesser de sourire et de causer, et sans que l'on puisse s'apercevoir qu'il crée, sinon à une imperceptible contraction du front, comme s'il consultait les images de son rêve intérieur, il trace une arabesque d'une audace tranquille et sûre : nus suaves et purs du corps féminin, fleurs, parterres, intérieurs, costumes de la mode de jadis ou de demain. Puis son pinceau, délicatement, remplit de tons francs et vifs les intervalles, suivant une esthétique pareille à celle de nos imagers d'autrefois. Et parfois l'or rehausse et soutient l'ensemble. Puis la feuille se trouve remplie, comme par magie et l'on a devant les yeux quelque chose d'infiniment élégant et riche, exact et cependant stvlisé, qui tient de la calligraphie et de la céramique, de l'estampe et de l'aquarelle, et plein de charme. Alors l'artiste range avec soin les instruments de son travail, ses fins pinceaux, sa palette où ne traîne aucun ton brouillé, ses godets, et il cause, il cause de toutes choses, car il est fort cultivé, curieux de maint etlort en dehors du sien. Et cependant, sans qu'il parle jamais de lui ni de son travail, on sent fort bien qu'il n'abdique rien de ce qui fait l'intérêt essentiel de son existence. Il pense en décorateur. Ce qu'il aime, en tout, a quelque parenté avec ce qu'il tente lui-même. Il a du