GEORG
lallilk
goût pour ce qui est ingénieux, subtil, rare et cependant classique, ce qui présente, sous la foisonnante arborescence de l'imagination la plus nche. le pivot, l'axe initial de la raison et de l'ordre. Il a horreur des tentatives avortées, du génie informe, de la pose, de la prétention, du bruit. des manifestes. I n grand bon sens fixe sa fantaisie. (l'est un des artistes les plus cohérents que je connaisse. Kl son atelier, à ce point de vue, est une révélation.
La plupart des ateliers ne sont en effet que des cabinets de travail, des espèces d'entrepôts où le peintre vient travailler et où il place ses œuvres commencées, l'eu lui importe l'aspect de vide, OU de confusion, que présentent les murailles, il ne les voit pas. M. George Barbier estime au contraire, qu'il ne voit que cela, et il a \oulu pouvoir le contempler sans être en desaccord avec soimême. Il y a donc place les objets qu'il aimait et qui tous, par leur élégance de formes, ou leur charme de couleur, ou leur qualité particulière de enirs, continuent, si l'on peut dire, son rêve
personnel et s'harmonisent avec lui. Meublesaux
belles courbes et aux laques riches et sourdes. tapisserie sobre, lustres vénitiens, verreries délicates, estampes japonaises, incrustations, bibelots, et ce beau vase de marbre jaune, couleur de miel, qui sur la dalle d'unecommode puissante, ressemble à une fleur minérale, élancée et lumineuse en même temps qu'a quelque urne funéraire, | i sur la tombe d'une jeune tille de l'antiquité. Il flotte autour de ces choses une atmosphère compo- 'ii se mêlent des effluves grecques et des parfums de l'Archipel à la senteur sucrée de la rose persane, avec un rien de l'odeur poudreuse de la défroque vénitienne. Toutes ces choses favorisent le travail savant et délicat de l'artiste qui vit au milieu d'elles.
Il n'est peut-être pas sans intérêt de savoir quelle tut. sinon l'origine de la vocation de M. Gei Barbier, du moins l'occasion où il en prit nettement conscience. C'est la vue d'une reproduction des peintures du tombeau étrusque de Corneto. dit ■ le tombeau des danseuses ». Le jour où il lut
RITE m v vi
^Sb
ÏStoQtàï'wl w
là 1 i , ïij »
isL "**"
^TUt^- W'-*M
Mui.
la" >4>
K'^&lî
^vflw .* f
P rs
1 ii^r w
"ïw* *§iL
Ji
iW' * ■ ^wvif
/"^A'aM^^^a e Gï
Wï Êî*> -*e—
wr"
' vjmi
''UV>
:^>in S
Jà
:Jù«
LES CHIMiis
- - Papier à la planche)
mis en présence de cette belle chose, il sentit en lui se faire une sorte de cristallisation. Il avait celtes toujours eu beaucoup de goût pour les estampes japonaises. les miniatures persanes, les vases grecs et même pour les dessins mystérieux de Beardsley, mais cela n'agissait point sur lui assez fortement pour y déterminer un élan créateur, élan que le tombeau des danseuses déclancha. Et si l'on admet — ce qui ne diminue pas son mérite d'artiste — que l'œuvre de M. George Barbier s'alimente aux sources nobles et fécondes que je viens d'énumérer. on comprend d'autant mieux sa qualité classique lorsqu'on pense aux peintures étrusques. Elles ont été. si l'on peut dire, l'élément fixateur du subtil mélange. Elles ont sauvé le jeune créateur de la complication, du précieux, de l'inutile et du confus. Elles lui ont. par leur haute qualité synthétique et décorative, donné l'axe d'une tradition.
C'est alors qu'il songea à illustrer les Chansons de Bilitis. Le sujet était on ne peut mieux d'accord avec sa découverte, d'accord avec ses goûts et ses tendances. En même temps, les Ballets russes exercèrent sur lui une séduction d'ailleurs par nous tous ressentie. .Mais la qualité de son interprétation de ces spectacles fut très particulière : elle n'eut rien de fiévreux, de brusque, d'acide ou de pervers. II nous montra des images calmes et pures, des mouvements bien entendu puisqu'il s'agissait de danses, mais synthétisés, et somme toute plutôt des attitudes. Avant au pius haut point le sens du théâtre, il évoquait autour des personnages représentés un décor, même lorsqu'il ne le montrait pas. Et toujours cette pureté de liane, cette géométrie élégante...
Sa première exposition — cette fameuse exposition de mars igii où il nous fut révélé — . contenait donc une série d'oeuvres inspirées par les Ballets russes, une suite des Chansons de Bilitis et quelques interprétations de la Mode appelées. non sans une malice gracieuse : Les Belles du Marnent, aquarelles charmantes inspirées de Debucourt et des miniatures persanes. M. Pierre Louvs. qui aimait beaucoup l'art de. M. George Barbier et parce qu'il y retrouvait un esprit nourri d'antiquité virante, ne put résister au plaisir de composer pour le catalogue une préface où il expliqua, avec la lucidité habituelle de son beau style, l'authenticité de cette filiation antique de l'artiste.
« Les personnages qu'il dessine, dit-il, sont nés « entre Athènes et Sardes, entre Cythère et Paphos, « sans bâtardise romaine. Il va en eux de l'attiquc « et du lydien aussi, mais pas de toscan. Théocri te,