MODES ET MANIERES I < 1 1 4 I
clavicule... Et tout cela éclatant, bariolé, d'une richesse exquise d'ornementation, plut immédiatement aux amateurs. D'abord parce qu'il est rare qu'un jeune débutant atteigne aussi vite à une perfection linéaire aussi impeccable, ensuite parcequ'il y axait, dans ces aquarelles éclatantes, quelque chose qu'on attendait obscurément de l'art contemporain et qu'on n'avait pas encore rencontré. Il faut bien se dire aujourd'hui, où tant d'imitateurs ont voulu jouer des mêmes cordes, que M. George Barbier lut le premierqui, dans ses oeuvres, fixa les éléments épars du goût d'alors. Il y avait une réaction évidente contre les erreurs d'une mode féminine stricte et fausse de ligne et neutre de couleur. il y avait une renaissance de l'amour de la forme antique, il y avait de l'enthousiasme pour les Russes, leur musique, leurs décors, leurs rythmes, leurs pantomimes, il y avait la vogue du sport qui accentuait ce besoin de liberté physique, il y avait la manie des collectionneurs avant mis à la mode les miniatures persanes. Mais tout cela sans cohésion, tout cela séparé, confus, n'entrevoyant pas de synthèse possible. Les aquarelles de M. George Barbier tirent comprendre l'accord à instituer entre l'intensité de tons des miniatures et celle des Ballets russes, entre cela et nos modes féminines, entre tout cela et la pureté de mouvements grecque. Il n'en fallait pas tant pour créer un succès, un
des plus francs, des plus rapides, des plus sympathiques que nous avons connus. De tous les côtés les commandes et les sollicitations affluèrent. < >n voulut avoir du jeune artiste des aquarelles à mettre sous verre et des illustrations de livres, des modèles de robes et des charges de modes, des éventails, des scènes de comédie italienne, que saïs-je ? Il n'eut que l'embarras du choix. Il sut cependant se restreindre, malgré que sa curiosité l'attirât vers mainte tentative. Il consentit à collaborer avec des couturiers. M. Poiret lui doit quelques modèles ravissants de robes et de manteaux, et il dessina pour Mmc Paquin une série d'éventails — enfin ce n'étaient point les éternelles copies du xviii0 siècle ! — dont le moindre est une chose exquise. 11 publia des dessins dans certains journaux d'élégances, tels que la Galette du Bon Ton, le Jardin des Dames et des Modes. Enfin il put satisfaire au goût qui est en lui le plus vif: illustrer des livres. On lui doit un Nijinski sur un texte du modeste signataire de cet article, une
Journal des Dames et des Modes.
Il COUP Dl VEN1
GEORGE PARBIEH
Makeda, reine de Saba, sur une traduction, par M, Hugues Le Roux, d'un texte éthiopien communiqué par le Négus. Et puisque je dresse une liste. que je n'omette point d'y ajouter des œuvres qui viennent de paraître à l'instant ou sont en cours d'exécution, telles que : Modes et Manières de 11)14. Le Cantique des Cantiques noir et or : Karsavina un album ; une nouvelle séné de Chansons de Bilitis, La Mode de demain, etc. ; tout cela sans préjudice d'une foule de dessins à l'encre de Chine, admirables pour la qualité des oppositions de blanc et de noir, qu'il exécute sans autre intention que d'obéir à quelque caprice soudain de l'imagination et dont le plus rapide porte la marque de son talent subie et sur.
( >n lui doit encore des verres de Venise, exécutés là-bas sur des dessins subtils et rares, extrêmement beaux : des costumes de théâtre dans le goût ancien, mais toujours avec ce je ne sais quoi de moderne jusqu'à l'acuité qu'il ne petit s'empêcher de mettre partout; des papiers peints, des ex-libris, que sais-je encore? 1 >n peut dire de M.George Barbier que toute surlace susceptible de recevoir une décoration l'attire, (l'est un décorateur-né. Et 1 abondance extraordinaire de son invention lui permet d'envisager toujours la possibilité d'autres travaux, indéfiniment.
Mais il ne perd pas pour cela les hautes qualités de son style. Il demeure toujours fidèle à son idéal premier, il perd d'autant moins de vue les maîtres du passé, auxquels il doit son inspiration initiale.
/ .1 Belle Kdiliim, èd
I I SPECTRE M I \ ROSÉ (" MUXskl
qu'il leurressemble sans les imiter, par une affinité secrète et profonde. De sorte que plus il se rap- 1e de leur simplicité vivante, plus il est d'accord avec soi-même, plus il est sincère et personnel. A cette heure où le plus affligeant barbouilleur, incapable d'établir une perspective et de donner le volume du plus humble objet, tourne la difficulté léclarant qu'il vise à la synthèse ornementale et s'intitule naïvement un décorateur, cela fait plaisir de savoir qu'il existe une œuvre comme celle de M. George Barbier, qui comprend des verreries et des éventails, des pages de modes et des vignettes, des aquarelles et des dessins, des esquisse- de costumes et des papiers peints, et qui n'est pas seulement un assemblage plus ou moins abstrait de lignes (comme ce serait le désir de la ■■ jeune peinture », qui voudrait en arriver à une
trique, éliminer tout intérêt I ratif), mais en même temps un poème à la de la beauté des formes naturelles, depuis celles delà femme jusqu'à celles des plantes et des ciels, mais en même temps une suggestion de passe et nir, un reve de mystère et de silence. Décorateur, oui, M. George Barbier l'est dans le sens le plus élevé et le plus complet du terme, et c'est sous une parure magnifique et pleine de que sa science, discrète, se dél
|-'i< \\. is ni MiOM \v
5UK BOIS INEDITE