UN LIVRE D'ARI DECORE
AP ARISTIDE MAll.LnL
gères aux tuniques légères portent des corbeilles de rieurs. Trois jeunes filles ont une telle grâce que leur course tait songera une danse. Nue, une femme prend ses ébats au milieu îles flots. Maintenant passe le cortège des dieux, et l'on reconnaît Jupiter, imposant et barbu comme Rodin.
Silène rit. Une Léda avec le cygne nous retient, tant cette vignette possède de style. Que de lois pourtant nous avons dû détourner la tête, presque écœurés, en apercevant à chaque Salon la toile inévitable et banale représentant l'aventure de la femme de Tyndare et de l'oiseau divin. Enfin, il y a des groupes debrebis au cou baissé pour tondre l'herbe, et des arbres noueux, ai lumière et d'ombre.
Tous ces sujets demeurent d'une fraîcheur agreste, d'une naïveté robuste, d'une sérénité ensoleillée et jeune, qu'un fervent de la \ le des champs comme Aristide .Maillol était capable de retrouver. Et même il n'apparaît pas vain de préciser que cet artiste, se sentant vraiment à l'aise à la campagne, observateur obstiné de ses bêtes et de ses gens, est né sur la côte roussillonnaise, et qu'il y séjourne pendant la plus grande partie de l'année. au bord de la .Méditerranée bleue, au milieu d'un site clair, égalant la douceur des paysages antiques.
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Le dessinateur n'a pas voulu abandonnera d'autres la reproduction de ses dessins; il a tenu à les graver lui-même au couteau dans le bois dur. \mim chaque gravure devient une œuvre originale. Ce scrupule, rare à notre époque de production hâtive, montre bien le caractère de Maillol. son dédain de l'artificiel, du mesquin, du trompe-l'ceil, aussi bien que son goût pour la belle matière, pour le naturel. Il faut avoir vu le sculpteur se rendant à son atelier, les jours de pluie, à travers les routes de Marlv-lc-Koi. et s'abritant sous un large parapluie bleu pareil à celui que portent les pavs.ms Mais il v a mieux que ce petit détail simplement amusant. Déjà, à l'époque OÙ il exécutait des tapisseries, le sculpteur de Pomone teignait lui-même les laines qu'il employait. Et pour avoir des couleurs végétales pures, il allait chercher lui-même les plantes dans les environs de Banyulssur-Mcr. Là. un chaud soleil mûrit sur les coteaux blonds une flore aussi variée qu'en ( (rient.
M vo'ûè |u'Aristide Maillol, décorateurde livres, peu satisfait des marques de papeterie les plus connues et ne plaçant auc une confiance dans les composés chimiques et les procédés industriels, a eu l'idée défaire lui-même le papier sur quoi seraient imprimées leséglogues et les gravures. Avec courage, il se mit donc à broyer dans un mortier, au moyen d'un
L'ART
pilon, un lambeau de drap de lit, le réduisit en pâte et finit par obtenir un petit morceau de papier, grand c o m m e I a main, maisprésentant l'aspect du marbre. Il montra alors le I r u 1 1 de ses expériences à son éditeur.
Celui-ci ne ressemble pasà unéditeurordinaire. C'est un amateur d'art passionné, contribuant à répandre à l'étranger les artistes de l'École française moderne et ayant donné déjà, par de précédentes éditions, des preuves de son goût, le comte II. de Kessler. Tout autre aurait pu prendre pour tin fou ce sculpteur inventeur de papier. Le comte de Kessler, au contraire, s'enthousiasma. Peu de temps après, grâce à cette généreuse intervention, une petite usine était créée afin de pouvoir fabriquer tout le papier nécessaire à l'édition des Bucoliques. A Marly-le-Roi, ou plus exactement à Monval, on peut la voir, depuis le chemin, cette petite usine blanche et propre, avec ses traverses de bois peint. I)ans l'intérieur, une large baie vitrée, pratiquée au fond, divise en triptyque le paysage chargé de branches vertes.
Pourtant il s'agissait de trouver le papier définitif et d'en produire de grandes quantités. Pour diriger les recherches.
un neveu du sculpteur, le peintre Gaspard-Maillol, dont les fidèles du Salon d'Automne et des galeries d'avant-garde connaissent les scènes de tavern-e et les calmes paysages, délaissa la propriété familiale qu'il exploitait tant bien que mal en province, en taisant de la peinture. Ainsi, tout se passerait entre artistes, lu en effet une foi d'artistes devait triompher de difficultés sans nombre et. après des tâtonnements multiples. réaliser le papier
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idéal. Un papier digne des poèmes immortels destinés à s' i n cor pore r dans ses feuilles I Composé exclusivement de matières pures, vierge de toute préparation chimique.
ce papier, enfin obtenu, conserve une trame d'une solidité exceptionnelle, offre à la vue et au toucher un grain qui rappelle celui de la pierre et du grès. ( ' n peut le comparer aux papiers du moyen âge et de la Chine antique, et lui garantir une durée certaine.
D'après ce que vous savez de cette édition — et ne croirait-on pas parfois lire un conte? — vous pouvez bien imaginer que rien de ce qui touche à l'impression n'a été négligé. Un caractère a été composé d'après celui qui fut employé vers 1(170, à Venise, par le maître Nicolas Jenson. L'ouvrage a été élaboré page par page dans une imprimerie organisée spécialement à cet effet par le comte de Kessler. Lui-même a tenu à surveiller la mise en pages, soucieux de maintenir une complète harmonie entre la ligne de la gravure et l'arabesque de la lettre, et même entre leurs couleurs. Le blanc et le noir ne se nuancent-ils pas à l'infini ?
Cette édition des Bucoliques.
OÙ le texte se double d'une traduction de Marc Lafargue, le poète de VAge d'Or, et dont les bibliophiles les plus exigeants se montreront satisfaits, contribue à nous assurer une lois de plus que l'arrangement d'un livre prend les proportions d'un art véritable, en même temps qu'elle nous fait connaître les gravures sur bois d'un grand sculpteur.
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L'Art Décoratif Anglais au Pavillon de Marsan
En 185g, William Munis lit construire par Philippe VVebb une maison, la fameuse \4aison Rouge, à Upton, pics de Bexley, et dans l'impossibilité de trouver chez les marchands de l'époque les meubles, les étoffes et les papiers de lentille qui devaient la rendre habitable, il eut l'idée de turmei une association qui se proposait de fabriquer tout ce qui peut contribuer à la parure du home. Les peintres I )ante-< iabnel Rossctti, Madox Brov n et Burne-Jones, l'architecte Philippe
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Ainsi des peintres, des sculpteurs, des architectes ne dédaignaient pas de s'intéresser à un ;e, à un verre, à un lit. à une chaise, à un bahut, autant qu'à un palais, à un portrait ou à un buste : ils considéraient que d'appliquer aux usages de la vie les ressources de leur art. ce n'était pas déchoir.
i i \\ i 11 i. m n Morris le comprit a merveille ; la moralité de ses intentions est d'une opportunité indiscutable. L'Angleterre, comme la Lrance. s'épuisait eu redites, en contrefaçons industrielles.
L'ART
quand Morris décida le mouvement qui devait aboutira l'art dont nous voyons aujourd'hui Ils exemples réunis au Pavillon de Marsan. A partir de l'année i856, il dirigea de multiples ateliers. s'occupant des couleurs et des moindres détails, ressuscitant des industries perdues, dessinant des projets pour papiers peints, pour tissus en soie et en laine, pour cotons imprimés à la main, pour tapis, carreaux vernissés, broderies. Resté seul, à partir de 1874, à la tète de la maison Morris et G'', il acquit Line influence considérable dans sa clientèle et dans la plupart des ateliers. Avec la collaboration de Burne- Jones, il restaura les arts du vitrail et de la tapisserie de haute lisse, s'inspirant des tisserands gothiques de préférence à ceux du dixsep t i è m e siècle.
Graveur sur bois, il illustra des volumes, il en enlumina d'autresde sa main; passionné d'imprimerie et de beaux livres, il fonda la Kelrnscott Press.
édita magnifiquement les poèmes de Chauceret.dansses loisirs, composades poèmes, des romans de chevalerie, des romans utopistes, des discours sur les arts, sur les métiers, sur la politique, bref vingt-quatre
volumes qui viennent d'être publiés par sa fille, Miss May Morris, et finit par mourir le 3 octobre 1896, deux années avant Burne-Jones, son \ ieil ami.
Ce sont les témoignages de cette collaboration, de cette influence exercée pendant un demi-siècle, que nous voyons à l'Exposition des arts décoratifs de Grande-Bretagne et d'Irlande, au Pavillon de Marsan. Pour qui connaît l'histoire de ces hommes, la passion de leurs ellorts, le sentiment qui les animait, la sincérité religieuse de leurs intentions. I intransigeance de leurs scrupules esthétiques, il y a là. dans cette réunion rétrospective des objets
Miss KATHERINE ADAMS - reliure
à chacun desquels s'attache 1111 moment de leur existence, une qualité d'émotion telle qu'on en éprouve à lire leurs souvenirs. Voici une armoire garde-robe : elle taisait partie du mobilier de la Maison Rouge; Burne-Jones l'offrit à son ami William Morris à l'occasion de son mariage. La tapisserie contre laquelle cette armoire est appuyée servait de tenture dans la maison de I lammersmith où Morris vécut depuis l'année 1S7S jusqu'à sa mort. Une vitrine contient deux manuscrits calligraphiés et enluminés par William Morris luimême en 1 S - 3 et en 1 874 ; ils prouvent le goût que l'artiste manifesta toujours pour les belles écritures des manuscrits moyenâgeux ; une autre enferme — est-ce le mot pour une maison aussi transparente — les verres que Philippe Webb dessina pour la table de la Maison Rouge. Ce dessin d'Artémis,M"cKate Faulkne r le traduisit en broderie pour la Maison Rouge.
Ces tapisseries, qui racontent, à la frise des murs, la légende d'Arthuret du Saint (îraal. elles furent tissées dans les ateliers Morris, d'après lescartonsde Burne- Jones. De quelque côté que nous tournions nos regards, nous avons sous les yeux un fragment, une œuvre où ressuscite pour quelques mois l'amitié qui unissait tous ces hommes, et il nous semble non pas accomplir une visite à une quelconque exposition de Paris, mais un pèlerinage aux demeures des Préraphaélites. En effet, quelles que soient la diversité de leurs ouvrages, la variété de leurs techniques, la multiplicité de leurs noms, le chiffre de leur phalange, on a l'impression d'un style, c'est-àdire d'un goût qui s'affirme par la répétition et la continuité de ses choix.
L'œuvre la plus impressionnante que l'on distingue en entrant dans l'exposition rétrospective
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