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L'ART DECORATIF ANGLAIS M PAVILLON DE MARSAN

des collaborateurs de William Morris est une série de tapisseries tissées au métier Je haute lisse par les ateliers Munis, d'après les cartons de Burne- Jones. Tout autour de la salle tendue de cretonnes. elles l'ont comme une frise majestueuse et sombre où éclatent ça et là de grands personnages lumineux, des êtres qui semblent dégager une dou e clarté ainsi que des lampes. Ce sont les compagnons du roi Arthur; ils symbolisent la Chevalerie, avec ce qu'elle comporte de bravoure hardie et de grâce dans les tournois, mais aussi de devoirs envers les faibles, la défense de la veuve et de l'orphelin, l'attaque du géant qui abuse de sa force, du dragon qui ravage un pays. Assis autour de la Table Ronde, ils de\ isent en mangeant, se reposent de leurs exploits ; il semble que leur vie désormais s'achèvera dans la paisible tranquillité d'un beau soir.

Mais \ oici quel'inquiéiude. l'esprit d'aveniin e leur apparaît sous la lui me d'une belle jeune femme en robe d'or qui descend d'un cheval de bataille gris pommelé : elle les invite à partir, à o >nquérir le Saint < iraal, c'est-à-dire la coupe où Jésus but à la Sainte Cène et que Joseph d'Arimathie rapporta en Angleterre. En vain le roi Arthur essaie de

les retenir. Les voici qui partent a la recherche du vase merveilleux; une grande barque au.N voiles gonflées, rappelant dans sa forme la barqueîle Witikind, exprime, dans son impatience. l'espoir du lointain voyage. Ils enfourchent leurs coursiers; les femmes, en les saluant, leur tendent leurs armes, et je songe aux adieux d'Hector et d'Andromaque ; Tordre fameux des chevaliers de la 'Table Ronde se dispersi

les Saxons, profitant de leur absence, se révoltent contre les Bretons ; un à un. les chevaliers tombent sur le champ de bataille; mes celot, messire Gawain gisent à terre; et voici dans le temple les trois anges aux robes blanches, aux

K. ANNINi

ailes bleues, oises et vertes, agenouillés devant le Saint Graal ; et voici enfin dans la forêt sombre l'apparition miraculeuse des trois anges aux robes blanches, aux ailes rouges, devant les deux guerrieis émerveillés, près des grands lis dune beauté si pure et si froide. Il va dans ces tentures un sens du mystère un peu théâtral, analogue, si l'on veut, comme qualité, à celui que Ton éprouve a VOiseail bleu de Maeterlinck.

Il est impossible de mieux nous rendre sensibles des intentions poétiques, le sens général profond et caché d'une action humaine; les formes sont nobles, la composition rvt h niée et cl aire, les gestes et les attitudes poses avec une sorte de stupeur paisible dans le silencemélancolique des forêts, des églises ou des v ieilles demeures ; le drame s'impose avec une sereine évidence ; même dans la subtilité, il demeure parfaitement ordonné et clair, et l'exécution du métier de haute lisse a su conserver au projet toutes ses nuances, en v ajoutant, si | i >ssible, l'atmosphère profonde et sourde que donne la lainemate ; l'atelier de Moins renoue sur la chaîne de son canev as la meilleure tradition des ns gothiques et démontre la préférencedonnée par son maître aux tapisseries flamandes d \n.is et de Bruxelles sur les tapisseries françaises du dix-septième et du dix-huitième siècles I ne rencontre heureuse se réalise entre le crayon qui imagine et la navette qui passe le lil sous la trame. Il n'en est pas toujours de même. J'avoue que dans les compositions de Burne-Jones et des Préraphaélites ici exposées, je ne trouve pas toujours la même clarté ni le même accord entre le dessin et sa réalisation.

\u Pavillon de Marsan ,'Ons mesurer

la différence qui sépare le rêve littéraire de la réalité plastique. Mettons a part les tapisseries de Mon », dont nous avons déjà parlé, et regardons successi-

vemenl les papiers de tenture, la broderie, la dentelle, la verrerie, la calligraphie et l'enluminure, l'illustration et la décoration du livre, l'imprimerie, l'orfèvrerie, les vitraux. Tout cela est présenté avec un goût recherché, quoiqu'un peu austère ; on a l'impression que Burne-Jones, en effet, fut autrefois étudiant en théologie ; le Pavillon de Marsan aétéaccommodé par sir Wilson en hall publie; des pi las très cl Lm vélum conduisent les regards jusqu'à un autel adossé à quatre colonnes rangées en demi-cercle, ocellées d'or sur tond blanc; la blancheur crayeuse de cette net dans une lumière de cave, à peine relevée de couleurs neutres et de compositions en grisailles, contraste avec les petites salles prenant jour par des fenêtres latérales sur notre délicieux jardin des Tuileries, qui nous

chêne, la rose et le lis. la fraise. Intentions exquises, mais réalisées sans grande fantaisie; je pensais moins, devant leur régularité systématique et ennuyeuse, à la libre ingénuité de nos imagiers français qu'aux goûts bien sages des étudiants d'( Ixford, arrosant à leurs fenêtres la fleur indiquée chaque année par le recteur de l'I fniversité.

La collection de dentelles réunit des dentelles au fuseau et au point à l'aiguille, connues, les unes et les autres, sous le nom de point d'Angleterre; nous avons retrouvé ici les qualités essentielles de ce point, la finesse, la joliesse du réseau et les grandes arabesques, les guirlandes qui font penser au dessin du damas. La dentelle, échappant par sa technique féminine aux influences littéraires, a erardé la grâce de sa tradition.

JAMES POWEL & S()\S — verrerie

lait penser, en cette saison printanière, avec ses jets d'eau et les robes souples des femmes, a quelque tableau de Jean-Baptiste 1 lilaire. les petites salles contenant chacune un ensemble des œuvres qui, nous affirme-t-on, représentent ici l'art décoratif de Grande-Bretagne et d'Irlande.

.Morris et ses amis professaient une admiration pour les plantes un peu analogue à celle dont nos gothiques nous ont laissé des témoignages nombreux et variés. Ruskin était Lin botaniste infiniment distingué. Je vois ici des papiers de tenture, des cotons imprimés, une portière brodée, un couvre-lit, des soies brochées, des damas de soie, des brocatelles et du velours côtelé, des tapisseries de lame qui ont pris comme thème l'interprétation de l'épine noire, de l'acanthe, de la marguerite, un treillage avec des oiseaux, les grenades, la tulipe, le souci africain, la vigne, le chèvrefeuille, le

A coté d'elle, par une association d'idées charmante et naturelle, on a disposé des éventails peints qui s'enlevaient, avec leurs tonalités gaies et pimpantes, sur la fragilité floconneuse des guipures. Ceux de Sheringham, la Danse d'ombres. le Paysage chinois et le Jardin du Mandarin. de Mary Davis, Madame désire? et de Couder enfin, un maître anglais disparu, aux délicates harmonies roses, mauves et bleues, ont une couleur dont Rossetti, Burne-Jones et Morris nous axaient déshabitués.

Ce que les potiers anglais nous envoient auji iurd'hui, au Louvre, les imitations de faïences persanes, les retlets métalliques, les coulées de feu, les couvertes brillantes, nous rappelle ce que l'on faisait en France, il y a un quarteron d'années; nos Decceur, nos Lenoble, nos Méthey laissent bien loin derrière eux leurs confrères anglais, dont

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