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L'ART DEC0RATI

ANGLAIS Al PAVILLON DE MARSAN

les œuvres ressemblent tantôt à de la laque, tantôt à du métal forgé, à tout, saut à de la céramique.

Comme la dentelle et la poterie, la verrerie échappe, en quelque manière, aux influences de la littérature ; comme tant d'autres métiers, elle obéit d'abord à des lois techniques. Sans doute, je sais que ces verres, ces gobelets, ces flacons, Philippe Webb les dessina pour la Maison Rouge et son ami William Morris, et d'autres artistes pour d'au très ateliers.

Mais que serait devenu le dessin abstrait sans l'expérience de l'ouvrier, de celui que l'on appelait à Murani i un supia-lume, un souillelumière? Ces verreries ont la nuance, la forme, l'ornement, elles indiquent bien l'origine, la destination ; elles sont essentiellement anglaises.

Il en est de même, chez eux, de tout ce qui concerne l'imprimerie, l'enluminure, la calligraphie, la reliure, l'illustration et. généralement, les arts du livre : lu.

vraiment, ils si mt supérieurs.

Cela tient à ce que les industriels, depuis de li >ngues années, écoutent les suggestions des artistes, que des traditions ont eu le temps de se former dans de nombreux ateliers. J'ai déjà dit que William Morris, dès sa jeunesse, aimait les anciennes écritures des vieux manuscrits : dans la Iréquenn de la bibliothèque bodléienne, il avait pris le goût des caractères traces d'une main soigneuse sur le vélin couleur d'ivoire, et lui-même, ^appliquant à cet exercice, il avait eu

ience des satisfa i moi. des que donne un beau métier, noblement pratiqué pour lui-même. ( Test ainsi qu'il copia le Rubaiyat

d'Omar Khayyam et les Odes d'Horace, les enluminant de miniatures auxquelles s'ajoutèrent des peintures de son ami Burne-Jones. Mais c'était là un art d'exception, de Mécène, decollectionneur : il

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loi

fallait atteindre le grand public, l'initier à ces qualités du beau livre et le familiariser avec des scrupules dont il ne se doutait même pas ; et nous reconnaissons là ce goût de l'apostolat, de l'œuvre d'art considérée moins en elle-même que pour la vertu morale qu'elle dispense, qui est commun à tous les Préraphaélites et qui fait d'un Ruskin, par exemple, une suite de prédicateur esthétique.

En 1891, William Morris créa la kelrnscott Press ; après une patiente étude des meilleurs imprimeurs du quinzième siècle, il produisit le caractère romain qu'il nomma « lettre d'or •>, d'après le titre de la Légende aurea de Jacobus de Voragine, traduite par Caxton ; puis le caractère dit gothique. Il mourut en 1896; la Kelrnscolt Press fut fermée en [898. De 1891 à 1898, elle publia cinquante-deux volumes, dont une édition monumentale de Chaucer en un volume in-folio, ornée de 87 gravures sur bois d'après les dessins de Burne-Jones. Ses efforts furent imités par d'autres imprimeries dont les ouvrages figurent à l'exposition du Pavillon de Marsan, ainsi que

des reliures d'une grande variété, d'une exécution parfaite, d'un sentiment décoratit ingénieux et subtil.

Je n'en dirai pas autant de l'orfèvrerie et de la ferronnerie. Cependant, elles doivent à des mœurs, à des usages particuliers, des encouragements dont nous ne retrouvons pas l'équivalence dans notre pays. En Angleterre, les largesses du moyen âge sont encore de mode. Par les grands seigneurs de l'aristocratie, par des souscriptions, par des associations, les pièces d'orfèvrerie sont constamment demandées à l'industrie pour remercier un ministre, récompenser un citoyen, donner le prix aux vainqueurs dans les courses, les régates, les comices.

Là comme dans les bijoux et les objets de ferronnerie religieuse, ceux qui aiment la symbolique s'en donneront à cœur joie ; chaque chose enferme une allusion ; dans le métal forgé, ciselé, fleurit la somme des intentions gothiques et traditionnelles dont l'université d'Oxford s'est faite la dépositaire.

LÉANDBE VAILLAT.

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