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continuait quand même et que cet œil. plus vivant que celui du vivant, aucune mort n'était capable de le fermer. On enterrait avec les momies divers emblèmes de leur état social : un général était entouré de toute une compagnie d'infanterie, formée de quarante soldats en marche, les flèches à la main droite, l'arc à la main gauche. Les bourgeois ne quittaient pas leur occupation quotidienne. La vie souterraine n'était, pour ainsi dire, que la continuation de celle-ci. Il y avait des boulangeries, des forges, des intérieurs complets, des pirogues pleines de rameurs pour traverser le fleuve d'oubli. Ces joujoux faisaient les corvées de l'autre monde. On suspendait au cou de la momie des amulettes pour la sauvegarder des esprits malfaisants, de ces dieux Bess difformes et ventrus, véritables épouvantails pour les enfants. Sur sa poitrine, on plaçait des emblèmes en forme de cœur, des scarabées divins, des éperviers aux ailes déployées. Des coffrets funéraires contenaient les joyaux des reines-femmes d'autrefois, que les femmes-reines d'aujourd'hui admirent avec curiosité. Divers objets de toilette, vases à parfum, cassolettes, peignes, miroirs, jusqu'à des bobines de fil, amusaient dans l'au delà ces féminités transitoires qui, sûrement, auraient préféré l'anéantissement à ces restes horribles et répugnants de ce que fut leur beauté. Parfois des scellés, des
poids, des balances, des chaînes, trouvés dans les tombeaux, signe évident du besoin de garder, de contrôler, de peser, nous enseignent que toujours la même méfiance humaine a existé vis-à-vis des autres et vis-à-vis de soi. Des statuettes funéraires en bois, en albâtre, en émail, en verre, couchées en des cercueils minuscules, au nom de Hor, de Phta, d'Amenmès. remplissaient le cercueil. Souvent l'âme, représentée par un ibis, s'accrochait au corps qu'elle ne voulait pas quitter, ou bien venait le rejoindre. N'a-t-on pas conservé jusqu'à des Osiris emblématiques étendus sur des nattes en forme de crucifié ? Assurément, toutes les religions n'en font qu'une, fille divine de l'humanité en quête de son Dieu.
Nous ne pouvons que nous étonner devant le progrès de ces peuples dont l'idée constante et capitale a été le repos. Mais, en approfondissant un peu les choses, on remarque, après tout, que cet art, aussi loin qu'il ait été poussé dans ses détails, aussi haut qu'il ait monté dans sa conception, n'en demeure pas moins rudimentaire et presque grossier, et que le seul qui se complète et atteigne à la beauté est celui qui, pareil à l'art grec, s'inspire continuellement à la source de tout art et de toute beauté — la Vie.
Lyco Laghos.