‹ L'Art et les artistes (volume 4)Chapitre 163 sur 180 · DESTINES A L'ABBAYE DE FONTFROIDE · texte numérisé non relu

DESTINES A L'ABBAYE DE FONTFROIDE

Dans la vallée de la Bièvre, aussi délicieuse que celle de Loire, une maisonnette au flanc d'un coteau, une cabane haut perchée sous les arbres : vous entrez, et aussitôt vous voici ébloui par des coloris de cathédrales. Aux fenêtres, transformées en verrières rutilantes, resplendissent les bleus, les pourpres, les rubis... toute la gamme des couleurs de piété traditionnelle — une rose détachée du

in L'abbaye de Fontf'roide est sauce à quelques kilomètres au sud de Narbonne, dans un massif montagneux qui sépare la mer et les étangs de la région des < lorbiéres.

Fondée au xi' siècle par l'ordre des bénédictins, elle passa plus tard aux mains des cisterciens. Vendue plusieurs fois après la Révolution, les bernardins en prirent possession vers le milieu du xix' siècle et furent contraints de l'abandonner en 190t. L'abbaye devint propriété particulière et plusieurs maîtres s'y succédèrent. Kn [908, elle fut acquise par M"' Fayet qui la lit classer parmi les monuments historiques de France. File y retrouva, parmi d'autres émaux

anciens, la crosse d'Arnaud de Novelli, légat du pape. 1 "t

en l3lO.

L'ensemble des admirables monuments de Fontfroide forme une véritable histoire de l'art religieux du si' au xvm' siècle. Ils sont aujourd'hui sauves de la destruction et de la ruine. Les verrières de l'abbaye ayant disparu, le soin de les recréer a été confié .1 M. Richard Burgsthal.

bouquet de Chartres ou de Saint-Denis. Et dans les coins blancs des vitres, quand la nature se révèle, même sous la forme d'un arbre en lleurs, elle est vaincue. Est-ce là quelque atelier d'autrefois abandonné?' Voici le four et le marbre, voici la canne et la fourche, voici le sable et les creusets. Est-ce laque vécut le maître de Châteauneuf, tout voisin, dont nous savons par un document de [202, qu'il toucha XX livres? Saisi d'extase, l'on rêve devant les teintes fulgurantes et tamisées des vitraux: la pensée suit les entrelacs, trouve, retrouve et découvre les teintes aimées des vieux maîtres et une pensée toute contemporaine. Nous sommes chez Richard Burgsthal. Lui-même a composé les formules et les mélanges, et il a construit le four: lui-même a ordonné la température et suivi les cuissons. M. Burgsthal est à la fois pensée et main. Il est son dessinateur, son fondeur, son ouvrier, son guide, son critique, je dirai presque son alchimiste. Car, en réalité, cela tient de la magie le résultat de ses diverses collaborations avec lui-même. C'est ainsi qu'après mille essais, qu'après mille dosages, il a retrouvé la

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matière du verre, et, merveilleusement préparé par ses dessins déjà cernés, ses œuvres «souvent très montées de couleurs cathédralesques », il verse et réalise sa conception et sa pensée dans ['art du vitrail. Le bleu de Chartres, qui fut le secret de quelques-uns. que les maîtres verriers d'autrefois se transmettaient comme un héritage personnel, on le croyait perdu à jamais. M. Burgsthal l'a retrouvé... Voyez-le ici tout clair, tout virginal dans la transparence de cette rose de Fontfroide qui aurait pu fleurir à Reims, et, j'ose le dire, dans l'une des chapelles de Notre-Dame de Chartres. ..

Mécènes discrets. M. et M"" Fayel avaient déjà une belle place dans les annales des arts modernes; mais, d'avoir deviné, encouragé, stimulé les merveilleusesdispi isitions de M. Burgsthal, qui les ignorait lui-même, qu'ils méritent de reconnaissance 1 Possesseurs de l'abbaye de Fontfroide, ils ont rêvé sagement que des vitraux, comme il s'en lit au xiii1 siècle français, étaient les ornements nécessaires des verrières aujourd'hui béantes, jadis si riches; il convenait de replanter des roses dans cette forêt d'ogives.

Comme elles seront belles, ces couleurs rctrou-

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vées d'autrefois, parmi ces murs robustes, et que des ni, uns d'artistes respectent pieusement ! Les vitraux de Burgsthal compléteront l'harmonie des salles capitulaires. Et si d'aventure quelque moine, vêtu de bure, revenait prier pour les morts de jadis, et Celui, plus ne, qui reposent dans le cimetière d'alentour, relevant sa tète courbée vers les dalles, il retrouverait dans le colons des vitraux, la manière de ceux que lit venir, à grands irais, son \ et sa

prière, sans distraction, se déroulerait selon les rites, et sa contemplation des œuvres baignées de lumière serait, à elle seule, si calme, une litanie.

J.-K. Huysmans, poète de la Cathédrale et de Saint-Séverin, historien des saintes et des primitifs, c'est vous qu'il eût fallu pour présenter ce maître au public. Un de ces dialogues, truculent d'images, de lyrisme, d'in hosannas, comme

\ous en eûtes avec votre ami Durtal, eût désigné aux foules le maître artisan de Richard Burgsthal, le bon verrier. Pour moi, j'ai voulu saluer seulement celui qui relie le présent au passe, l'apôtre certain d'une vraie sanec.

COUPE OVALE AVEC PLATEAU — A FIGURÉ AU SALON d'AUTOMN] [Oj3 DANS LE STAND DE MM. IAULMES ET DAMON

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Les Tôles émaillées de Mlle Madeleine Zillhardt

II. semble qu'à mesure que notre siècle vieillit et prend de l'âge, nos goûts se rajeunissent. Les amateurs qui se passionnaient pour le xvme siècle regardent maintenant avec la même tendresse les œuvres d'art contemporaines de Charles \: les lithographies romantiques nous font oublier un peu les gravures de 1 )emarteau : et les muscadins du Directoire, les talons rouges de Louis XV. Tout Paris, pour Jacob, a les veux de la Duchesnois, et collectionne les objets de l'époque révolutionnaire et impériale avec autant d'ardeur que les meubles en bois de rose de Riesener. Dans son nouvel enthousiasme, il les adopte tous, et c'est ainsi qu'il a découvert récemment les tôles émaillées et vernies qui méconnues, méprisées, il v a quelques années, sont aujourd'hui convoitées avec fureur.

Je pense que les premières tôles émaillées ont ete faites à la tin du XVIIIe siècle, sous le rèime de

Lotus XVI. Les plus anciennes portent la marque du style de cette période. L'époque la plus belle. • la belle époque ». comme disent les gens qui s'y connaissent, semble cependant avoir été le Directoire et l'Empire : les lampes, les jardinières, les plateaux en tôle émaillée d'alors sont d'un style exquis. Dans la chambre à coucher que Madame Rccamicr occupait, en l'an IX de la République, au n" 7 de la rue du Mont-Blanc, il v avait, sur une table de nuit en acajou, une lampe antique en or et. de l'autre côté du lit d'acajou, sur une autre table de nuit en acajou, une corbeille defleurs en tôle. Ainsi Madame Récamier. qui passait pour une muse du goût public, ne craignait pas de taire pendant à un objet en or par un objet en tôle. Lt cela se passait dans le quartier le plus élégant du Paris du Directoire, dans cette chaussée d'Antin où M"lc de St.iel fut élevée, où se dressait le temple de Terpsichorc, construit par Ledoux pour la Guimard,

LES TOLES l-MAII.I.KI S DE M»< MADELEINr ZILLHARDT

où Joséphine de Beauharnais, le cardinal Fesch fallait pas. Il ne fallait pas d'estampage, de décor

habitèrent. Un peu pins haut, dans la rue de la faussement chinois, de fleurs réalistes, de formes

Tour-des-Dames, où voisinaient les trois plus mal étudiées, d'objets sans emploi 11 fallait ch

grands acteurs d'alors, M Mars. M Duchesnois une bonne matière, la marteler, la travailler avec

et Ta 1 ma . d a n ■ l'ancien hôtel de la Duchesnois, cette délicieuse maison qui existe encore, le docteur Berlioz.

qui l'habite aujourd'hui, a retrouvé.

il v a vingt ans, de beaux vases c a r r es de s t y 1 e Empire, ornés de peintures qui font penser aux compositions gracieuses du baron Gérard.

et munis de griffes en tôle reprises et modelées à la main. A la Restauration. SOUS

Louis XVIII, Charles Xet Louis- Philippe, on continua, dans la tôle émaillée comme dans le meuble, lest v le Directoire.

Les derniers objets en tôle vernie qui aient un caractère d'art datent du second Em pi re :

peu à peu. on se mit à faire des tôles estampées, avec un décor faussement chinois, puis des fleurs réalistes, des formes lourdes ou grêles, mal équilibrées, et la tradition se perdit pendant près d'un demi-siècle.

M"« Zillhardt

de bonsoutilsd'autrefois, et non à la machine, chercher des formes

simples, harmonieuses, qui ne tussent pas i sur les loi mes anciennes, mais dérivées d'elles et adaptées à la proportion de nos intérieurs, mises à l 'échel le d demeures et de nos autres meubles, les combiner de manière à les douer d'une utilité incontestable dans la parure et le ser\ iee de la maison, les décorer d ans 1 e goût de notre époque, et non en pastichant de vieux dessins, enfin vérifier des \ ern i s |i s de résistei à l'action de la li tir.

M Zillhardt établit don dessin : non un de ces dessins d'architecte, qui sont si séduisant' irence, mai ■ VOUS causent tant de déceptions ils sont réalisés; au contraire.

un dessin à !

également, mais san a retrouvée, non sans peine. lue et truquée, et assez large pour être m

Etudiant les objets anciens dans les collections qui en cours d'exécution ; car l'emploi de la matière.

en ont été formées en ces dernières années, notait)- l'outil de l'ouvriei VOUS suggèrent, dans la réalité.

ment la collection de M. La Gandara, les compa- des modifications que le dessinateur, ddr.

rant, dégageant leur technique. leur caractère, elle conception un peu abstraite, n'avait pas prévues.

parvint à démêler ce qu'il fallait et ce qu'il ne 11 s'agit maintenant de découvrir l'ouvrier; cent

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:'s DE IARDINS

BAGATELI.I I s IQl3

se proposent, un seul convient, un seul, assez

intelligent pour comprendre les intentions de l'artiste, l'esprit de la matière, assez docile pour asservir les moyens dont il dispose au projet initial, assez doué d'initiative et de goût pour le modifier d'autorité s'il est en contradiction momentanée avec la technique.

La forme réalisée, le galbe obtenu, l'objet existant brutalement, décorons-le. Etendons sur la tôle une laque qui aille au feu. Cuisson. Puis décor du tonds ainsi obtenu, à l'aide de mixtures qui vont également au feu. Application d'un vernis épais. Nouvelle cuisson de 60 à 80 degrés. Voilà l'œuvre de tôle émaillée prête à supporter, sans inconvénients, la chaleur. II est à présumer que les plateaux anciens, qui s'abiment au contact d ' u n e t h é i è r c re m plie d ' u n liquide bouillant, n'étaient pas mis au feu ; et c'est un avantage que la beauté d'un objet soit soumise à son utilité.

Donc.M^'/illhardt avait reconstitué Line technique o ubliée. Elle montra les résultats de ses recherches une première arrosoir tolk laqi n ri

t'ois au Pavillon

de Marsan, à l'Exposition des industries féminines, en [912, où elle exposait trois plateaux qui furent remarqués par S. A. l'archiduchesse Isabelle, si attentive et si bienveillante aux jolis travaux que les femmes exécutent en son pays d'Autriche- Hongrie. Notre artiste montra ensuite — c'était en 1 < > 1 3 — . à l'Exposition des mobiliers de jardin, à Bagatelle, deux de ces charmantes jardinières que l'on suspend à l'entrée des vestibules, avec du lierre terrestre et des fleurs, et que Mllc Breslau, poète de l'intimité et peintre du recueillement, désigna joliment « les jardinières bon-accueil ». Et ce nom leur porta bonheur, car elles furent elles-mêmes bien accueillies. En novembre igi3, au Salon d'automne, je retrouvai, sur la table d'une salle à manger décorée par Jaulmes et meublée par Damon, des coupes en tôle émaillée dont les taches rouges chantaient gaiement parmi

les boiseries gris-verdâtre. En avril et en mai niiq, chez Groult, j'ai remarqué de nouvelles œuvres de M"0 Zillhardt et celte fois, en tel nombre et d'une

telle variété qu'il ne s'agit plus là d'une réussite de hasard, mais d'une tradition qui s'affirme pleinement et précieusement.

J'ai voulu en noter les étapes, afin de bien préciser les mérites et l'originalité d'une découverte qu'on ne manquera pas, j'en suis sûr — c'est la rançon du succès — de démarquer. On fera, n'en doutons pas, des tôles émaillées, mais trouverat-on. de longtemps, les jolis galbes, la couleur et les décors imaginés par M"" Zillhardt ? Ici. comme ailleurs, il y a le style, le goût, l'expérience, qu'on ne copie pas, et qui font les catégories. On peut pasticher approximativement un contour ; mais i m a g i n er u n galbe ? étendre un rouge; mais quel roiiL;c ? dessiner une fleur ; mais dans quel esprit ? choisir une tonalité; mais résisterat-elle au feu ?

commander un travail à un ouv r i e r ; mais il faut de loni^s mois pour habituer sa main et son esprit.

Lès maintenant, voici une jardinière, des coupes, des plateaux, des coffres, des cache-pots, des soucoupes. MMr Zillhardt pense à des chaises de jardin, à un arrosoir, à un paravent; il me plait qu'elle ne réalise pas, comme tant de ses contemporains, des œuvres de vitrine sans usage, sans destination. Ces objets divers, ils ont leur utilité; ils sont solides, légers; ils n'exigent pas, pour être déplacés, une force herculéenne ou des délicatesses de mandarin. Les gens de service pourront les toucher sans les briser.

Peur simplicité un peu nue s'accorde avec la clarté dépouillée de nos goûts modernes; ils vont avec nos meubles simples, nos cretonnes imprimées, nos costumes sans grande complication, nos manières libres, sans protocole ni cérémonie. Si notre époque rappelle un peu le Directoire, dans son allure générale, ils sont bien de notre époque. Nous pensons, en les voyant, à Madame

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