‹ L'Art et les artistes (volume 4)Chapitre 174 sur 180 · Idhique, il en les très ancienm · texte numérisé non relu

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Il v a à Budapest une société qui s'appelle Kere (la i ierbe). Je n'étonnerai personne en déclarant qu'il s'y fait aujourd'hui la meilleure peinture de Hongrie. Ce n'est pas pour rien qu'un groupement artistique rassemble .les personna' lites telles que le paysagiste et portraitiste, dans le plein air aveuglant du lac liai. iton ou dans les reflets d'un intérieur fenêtres ouvertes, Franz Szablya Frischauf (un architecte, s. v. p.); qu'une statuaire telle que M"" [Cceveshazi- Kalmar, et surtout qu'un compositeur de portraits noblement sentis et exprimés avec une souveraine simplicité, de la valeur de M"' Krncstmc Lohwag. Il se pourrait que le meilleur peintre et le meilleur sculpteur de la Hongrie lussent aujourd'hui deux femmes. L'une a le sens de ce qu'on pourrait appeler le monumental-intime et, à la fois, des dons de coloriste affirmés en des œuvres dont la fraîcheur de primesaut — préparée, il est vrai, par combien d'études — assurent aux bâtonnets de couleurs Raffaëlli quelques-uns de leurs plus beaux triomphes. L'autre a eu, dés l'enfance, un tel sens de la plasticité au bout des doigts, du rythme secret, de la ressemblance du mouvement aussi bien que de la ressemblance du caractère, qu'il la faut compter parmi les artistes rares et singuliers de notre temps. Le plus extrême modernisme, le plus raffiné aussi, atteint ici à je ne sais quelle nudité simplificatrice, à une sorte d'archaïsme de grand style qui fait de chaque statuette, avant tout, un mouvement servi par de belles lignes et une silhouette imprévue dont vous chercheriez en vain l'analogue dans vos souvenirs des musées et des expositions.

Puis il y a les deux frères Eugen et Zoltan Remsey et l'embarras éprouvé devant leurs œuvres est déjà une suffisante garantie d'originalité. Vous souvenez-vous de la série des Figures au naturel tant des vestements que des postures des Gardes françaises du Roy Ires chrétien, d'Abraham Bosse, ou du Capitan, de Callot, aux Offices; il faudrait se souvenir encore des couleurs ternes et un peu rance des ligures d'anciens jeux de cartes, tels que mon enfance en a vus de hongrois. Et maintenant, imagine/ des mineurs de Nagy Banya, des mendiants ruthènes, des orpailleurs roumains de Transylvanie, des idiots de gr indes routes et de foires, isolés, grandeur nature, sous un ciel blanc ou gris, en avant d'un paysage en trois lignes onduleuses, morne et nu. C'est terrible et, à la longue, impres-

-:i uni ml au possible. On se souvient des Huns et des Ogres ei îles Koumaus. I e sont là figun s de campagnes reculées ei sauvages, dernier lien par quoi la Hongrie moderne se rattachi a la horde primitive. I t après la première minute d'effarement, on en arrive a goûter ces extraordinaires apparitions médiévales, presque invraisemblables dans la \ ie d'aujourd'hui.

M. Auguste mui Benkhard appartient à cette école de paysagistes qu , justement, s'était installée à Nagy Banya, pays minier au bord du plateau de Transylvanie; c'est un bon et solide peintre, très sobre. Janos Gcercencser (jundel est mon le |3 juin [90S. Ses tableaux souvent sont trop un instantané porté sur la toile tel quel. Mais comme c'est bien la lumière et l'été hongrois! Voyez le travailleur en gatyas, torse nu, dans le champ de niais, ou la tzigane nue au bord Je l'eau ! Quant à la toile intitulée Conte, je crois qu'il est difficile de citer un exemple mieux caractérisé du fantastique, auquel parfois le plus strict réalisme sut attein lie. Un blanc gaillard de la campagne, quelque reine Thor de la puszta, s'il en est, demeure pile au milieu des filles aux larges jupes de là-bas, telle une quille au milieu de toupies. C'est sous un ciel triste et bas, l'horizon très haut. Et voici que s'en dégage une sorte d'inexprimable terreur à la .Maeterlinck. On voit de ces choses dans les rêves, et c'en est l'atmosphère.

M. Alexander Muhits rend bien la vie populaire, sobrement encore : son cabaret, le paysan madyar endormi à la table verte, sous le cône lumineux de la mauvaise lampe a pétrole, est une grande chose. Ses projets de vitraux d'appartement en sont de jolies, qui ont raison de contri" buer à la résurrection d'un art charmant. Il faut regretter M"" llona .Mate, morte également en 1908, car en elle aussi s'éveillait une artiste sachant voir et peindre simple. C'est la marque du groupe. M. Frida (Constantin recherche la qualité matérielle avant tout. Au contraire, le très intellectuel M. Julius Tichy, décorateur du livre à l'anglaise, M. Josef Szieri, qui excelle dans la notation brève de ..eues de la rue. et .M. Robert Lénard, habile aquafortiste dans la donnée Cameron-Penncl, représentent à Kere l'art graphique de façon plus qu'honorable. Mais une mention toute spéciale est due aux dentelles serrées, selon des points nationaux, de M"" Elemer Komis de Tothvarad. Enfin il v a la plastique polychrome et la bijouterie de M. H. A. Zutt, recommandable comme médailleur.

William Ritter.

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