L'ART ET II
bien sans aucun commentaire, rien qu'à leur gesie l'exaltation des voyants, écla.res dune lumière qui monde leurs âmes en échange de celle a laquelle leurs yeux sont fermes!
I e w,„. , colosse effondré sous le fardeau dune mission surhumaine. YEtonnement, un géant jeune aveuglé par l'éclosion soudaine de la vie intérieure, toute la tribu des Prophètes, tous caractérisés par un seul geste, un bras levé, un mouvement de la tête tout ce monde ^
mythique est né d'un accord profond de la forme et de la pensée, d'une fécondation intim de la beauté par la vision.
Voudra- 1 -on accuser comme on ne l'a l'ait que trop souvent : de symbolisme ees œuvres si vivantes ? Symboliques.
elles ne le sont que élans le même sens que celles des imagiers gothiques, ees imaginations riches et sincères qui ne désiraient de même que parler avec leur art. L'œuvre de M. Bilek est symbolique sans pour cela cess d'être essentiellement plastique.
Qu'il ne soit, parmi les sculpteurs contemporains, celui qui demande à son art le plus d'expression, de / signification idéale, personne ne le contestera. C'est là même un danger que son talent eut à vaincre pour ne pas sombrer dans l'abstraction et le désordre d'un idéalisme stérile
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rêveur et méditatif, M. Bilek n'a pas hérité que des penchants mystiques de sa race, mais auss. de son esprit terrien qui. lui aussi, a passe dans son art. C'est la nature qui lui en inspira les éléments primordiaux. Regardez L'Etonnement, statue tombale, taillée dans une maçonnerie dantesque, au cimetière de son village natal. ChynON : impossible de ne pas être trappe par la forme, la ligne essentielle de l'arbre, réplique plastique de ce vers du poète français : «L'homme n'est-il pas un arbre qui marche?». Cette ligne élancée, cette forme puissante et vivante, où 'artiste les a-t-il vues, sinon dans es forêts de son pays, sous les arbres dont le feuillage abritait a cabane primitive qui lut son premier atelier. La, rêveur, il vit un jour les sapins magnifiques se changer en figures géantes w aux gestes hiératiques, destinées à devenir ses
«-m- Prophètes, et. poursuivant sa f vision avec sa route, à la vue d'une allée de peupliersau milieu de la plaine, il conçut l'idée d'une allée de statues, arbres de pierre.
:t le vaste projet de La Voie que 'étudierai tout à l'heure.
Dès les débuts, le bois tut pour M. Bilek la matière préférée : il aime à le travailler et il sait le travailler comme personne. Le métier difficile du bois sculpté n'a pas de secrets pour lui.
Dans une bûche qu'il ne dépouille pas même de son écorce,
PORTRAH (BOIS)
il taille les portraits idéalisme stérile. Il , , . t-,es rudes de vieux
existedesesdessins-parmid'autresd'unartexquis de son père et de e - .^
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qui l'emporte, dès qu'il touche à la pierre, ai, bo à la terre-glaise, matières que peu d'autres savent rendre ainsi dociles, et qu'il parait aimer, lui. de l'amour farouche du paysan pour la terre ! Ne au sud de la Bohême, dans un pays qui. au
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de la Jeunesse ou la ligne pure, le mouvement concentre des Voyants. S, UEtonnement est la plus grande conception que, de nos jours, on ait osé dans du bois, les douze reliets du Chemin de la Croix sont sculptés d'une main sûre qui s<
Ne au sud de la Bohême, dans un pays qui. au .« •-<-.. --r inscrire
, foyer de révoltes religieuses. découvrir dans es (Manche s. no nie .ns.n et qui est habité encore aujourd'hui par un peuple le drame de la Passion, l.nhn.
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déterminer même la manière que ce sculpteur
emploie pour la pierre, surtout pour le grès blond de la Bohême, aimé par les maîtres tchèques du xviiic sièeie. Je ne citerai que deux reliefs enchâssés dans les monuments en briques, pareils
ne se sert du plâtre que pour ébaucher les idées qu'il ne lui a pas été donné de traduire en une matière durable, la seule digne de lui et de ses conceptions.
Elles sont nombreuses, hélas, même trop nom-
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aux ruines antiques, au cimetière de Chynov, breuses, ces ébauches qui n'ont pas reçu leur
/ a < eue et Les Pèlerins d'Emmaûs, et un autre forme définitive et qui. peut-être, ne la rec<
reliet. monument du grand moraliste tchèque jamais '.
du \\ siècle. Cheltchicky. Car si. d'un côté, l'imagination de M. Bilek
(.est dans ces travaux, exécutes de façon défi- déborde et n'est jamais lasse de produire de nou-
nitive, dans la pierre ou le bois, qu'il faut étudier veaux motifs, il y a aussi l'impossibilité matérielle
l'œuvre de M. Bilek. Je croirai volontiers qu'il d'exécuter certains projets trop vastes auxquels
AU
Il LES ARTISTES
l'énergie et l'activité de l'artiste tout seul ne suffisent pas.
N'ai- je pas dit que l'œuvre de M. Bilek semble appartenir à une époque où l'art n'était pas le produit d'un effort individuel, niais la manifestation collective d'un peuple ou d'une commune qui j consacrait des siècles d'ambitions et de sacrifices. Qu'on pense. athé-
drales, du moins aux Calvaires bretons. Le même caractère monumental domine l'art de M. Bilek. Il rêve des statues grandioses qui. au fond d'une église, concentreraient l'élan religieux des foules ou bien, \rais menhirs, projetteraient vers le ciel la prière de leurs lignes éloquentes.
Il combine des ensembles \asles. des groupes étendus, une sculpture unie à l'architecture, s'emparant du terrain libre, dominant l'espace.
Je n'en veu\ pour preuve que le projet grandiose que l'artiste, impatient de créer, a tracé en une série de dessins lithographiques sous ce titre :
La Voie. < le n'est rien qu'une épopée tique destinée à dire, avec des statues.
le drame mystique, religieux, de l'homme, son désir transcendantal, ses chutes et ses victoires. Le pre- M0N, M
mier mouvement dece désir, l'artiste le raconte en dessinant son e, l'apparition douloureuse, moitié homme, moitié rocher ardent, qui se dresse en montrant sa bouche torturée de suit cette soif qui, pendant des milliers d'années, consumera l'homme toujours dévoré par le rêve d'absolu qu'il a perdu. < l'est sur les thèmes éternels de l'Ecriture que la légende di léveloppe : Adam cl
Eve. précipités par une main vengeresse poui
avoir répondu au désir par le péché; Le Déluge, que l'artiste a su expliquer par ces mots dignes de saint François d'Assise : « Il naquit un culte — plein de charme mais menaçant de nous empoisonner que. par la Grâce Suprême, l'eau, notre s.eur. couvrit»; puis Sodome et La Fureur des Guerres, motifsdu drame douloureux du Péché auquel l'auteur oppose celui, non moins saisissant, de la «recherche de l'absolu»
mystique, ceux de l'Egypte, des Indes et de la lente ascension de l'homme vers la Rédemption, figurée par la suite des Prophètes, qui aboutit à l' e n t r é e d e c e tt e église de l'a\ enir dont M. Bilek a décrit la vision lumineuse dans l'étrange poème l'Elévation du Templefutur dans unlre .1 me.
.Mieux qu'aucune analyse, ce rêve vaste et passionné révèle le caractère de M. François Bilek. Qu'on ne m'accuse pas de la prétention qu'il v aurait à mesurer la valeur d'un sculpteur d'après des projets vagues et des dessins faciles. J'ai dit le nombre d'<eu\ res plastiques exécutées par cet artiste qui n'est r i e n moins q u ' u n homme de chimères.
J'ajoute que la plupart de ces œuvres, presque toutes, ont été faites i (grès) sans aucun encoura-
gement, rien que par un besoin impérieux de créer. Car, malgré l'activité remarquable qui anime actuellement. en Bohême, l'architecture et la sculpture. cet artiste. pourtant souvent imité. reste un isolé.
\"a-t-il pas vu. jeune, refuser ses œuvres, offertes pour rien, en échange seulement de l'abri qu'on leur aurait accorde dans quelque église ?
SCULPTE! R TCHEQUE FRANÇOIS BILEK
Aujourd'hui, on ne conteste plus son talent. on cherche à l'écarter... Pourtant, dans cet isolement, son œuvre grandit et s'affirme. Des églises de province, des cimetières de village
accueillent ses travaux; son atelier, construit selon son propre plan, devient un musée
OÙ les statue^ s'entassent pour témoigner de l'àme ardente et de l'énergie créatrice d'un homme qui eut le courage de nous rappeler le but élevé, idéal, de l'art plastique.
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BASSIN A HONFLELB