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Mantegazza exerçaient à Milan la profession d'orfèvres et Amadeo venait de rentrer à la Chartreuse après une absence de quelque temps durant laquelle il avait été exécuter divers travaux de sculpture et d'architecture qui avaient accru sa notoriété. Mais ce n'est qu'en 147X. qu'ils purent soumettre au prieur et aux experts nommés par Guiniforte Solari divers spécimens de leur maîtrise. « Parmi ceux présentés par Amadeo. se trouvaient trois clochetons ou pinacles extérieurs, une porte pour la sacristie, quatre
d'œuvre. Oui, je sais bien tout ce que l'on pourra invoquer contre la fausseté des principes esthétiques appliqués, comme on le voit, à la façade de la Chartreuse et l'on comprend qu'un esprit lucide, amoureux d'ordre et d'équilibre comme le président de Brosses, ait poussé en le voyant, cette exclamation : «Le portail de la Chartreuse, de marbre blanc, est une magnifique galimafrée de tous les ornements imaginables : statues, basreliefs, feuillages, bronzes, médailles, colonnes, clochers, etc. ; le tout distribué sans choix et sans
BERGOGNONE -- la vierge avec l'enfant ;ésus
Il 11 \I'N] DE LA PETITE PORTE DK L'AUTEL DE SAINT lOSEPIl)
lavabos pour les chapelles, le puits de la foresteria et celui pour les cellules dans le petit cloître, deux chapiteaux pour la double chapelle et une corniche en marbre morello pour la façade, qu'on voit encore dans le soubassement de celle-ci » 1 1 1, toutes œuvres aussi parfaites d'exécution qu'ingénieuses et brillantes d'invention décorative.
Cet Amadeo apparaît, en effet, ici connue un des sculpteurs-décorateurs les plus prodigieusement doués de ce x\u siècle italien qui a produit dans cet ordre de choses tant et de si parfaits chefs-
goût; on ne pourrait, du haut en bas. placer le doigt sur une place vide d'ornements, cela ne laisse pas de faire un coup d'ceil qui amuse la vue. car il y a par-ci par-là de bons morceaux; mais c'est toujours du gothique. Je ne sais si je me trompe, mais qui dit gothique, dit presque infailliblement un mauvais ouvrage ». J'ai souligné à dessein cette dernière phrase pour bien montrer la différence de point de vue qui fait que c'est justement parce qu'elle n'est pas gothique, dans le sens où nous entendons aujourd'hui ce mot. parce qu'elle ne doit rien, absolument rien à la conception décorative gothique de chez nous, quela façade de la Chartreuse nous parait condamnable.
LA CHARTRE! SE DE l'W II
Jamais, en effet, nos imagiers de Chartres ou de Reims, de Notre-Dame de Paris ou d'Amiens ne se seraient laissés aller à une telle accumulation de détails disparates, exquis sans doute en euxmêmes et pris isolément, mais qui n'ont rien à voir avec les lignes architecturales, constructives de l'ensemble.
déjà d'ailleurs si illogiquement, si artificie
pereurs romains, d'après l'antique, ses statues de
saints et de prophètes, ses piliers, ses encadrements, ses Irises ornementales, est d'une richesse inouïe : rien ici qui ne soit p. niait, somptueux, délicieux, chaque morceau est une véritable œuvre d'art. Le ciseau de Cristoforo Mantegazza et d \madco a
réalise là de \ rai
ges. Lesquatre fenêtres
ne présentent pas une moindre
mamtesten en aucune façon leurs (onctions par rapport à l'édifice lui-même, qu'au ci elles égarent la réflexion, trompent l'œil et l'esprit... Jamais un irehitecte oth |ue français n'aurait eu l'idée de cette « galimafrée », si magnifique soit-elle, de tous les ornements imaginables. Au surplus, l'histoire même de cette façade ne faisant point corps avec le monument, rapportée après coup, pla ; est la condamnation.
Mais examinons-la en détail, de près. Que de merveilles elle offre à notre contemplation! Le
CRISTOFORO Si U VR1
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beauté décorative, les
Ci '1' >n nés à candéahre qui les coupent en deux, avec leurs ai leurs cartouches, leurs guirlandes, leurs médailles, sont de purs chefs-d'œuvre. Il ne semble issible que l'on puisse pousse:
plus loin l'ingéniosité,
l'élégance, la sûreté du métier, la pureté de l'exécution.
D'Amadco encore sont les portes qui conduisent de l'église à la \ ieille sacristie, et de la saci lavatorium des moines. Les quatre médaillons placés au-dessous du fronton de la premièi
soubassement, avec ses médaillons de rois, d'em- ceux de Galéas Sforza, de (iabriel Slorza, de
L'ART
Ludovic le More et de François Sforza, ceux qui surmontent le fronton, ceux de Philippe-Marie Visconti, J.-Galéas Visconti (au sommet) et de Jean-Marie Visconti : les quatre portraits placés au-dessous du fronton de la seconde sont ceux de Bianca .Maria, de Béatrice et d'Isabelle d'Esté et de lionne de Savoie, ceux qui surmontent le Ironton, ceux de Béatrice de Tende. d'Isabelle de Valois au sommet) et de Catherine Visconti.
L'œuvre de Bergognone n'est pas moins importante ici. et ce n'est pas seulement dans ses tableaux d'autel, dans ses fresques qu'on peut le retrouver, mais un peu partout à travers l'immense édifice. Bicii qu'une grande partie de ses ouvrages soit perdue, il en reste encore beaucoup : le Couronnement de la Vierge — un de ses sujets favoris -- avec les figures agenouillées de François Sforza et de Ludovic le More, et la Présentation du modèle de l'Église à la Vierge par Jean-Galéas avec ses fils, Gabriel, Philippe-Marie et Jean-Marie. Saint Ambroise tirée quatre autres saints.
Saint Siriis et quatre autres saints, plusieurs fragments de décorations aux murs des chapelles et du réfectoire ; il travailla aussi à la façade, aux vitraux, aux marqueteries du chœur. .Mais l'œuvre de Bergognone n'a pas encore excité l'enthousiasme de la critique et des connaisseurs.
« Bergognone, Ferrari, deux grands méconnus, deux
victimes du génie et de la gloire de Léonard de Vinci ». s'écrie fort à propos M. Téodor de Vyzewa, •■ Bergognone, le plus « original » des peintres de la Vierge, et dont toute l'œuvre n'est qu'un chant mystique d'une piété infiniment pure et tendre. » Rio, cependant, dans son Art Chrétien, lui rendait justice, il y a plus de cinquante ans ; mais qui lit Rio aujourd'hui ?
•• L'histoire d'Ambrogio Bergognone se confond pour nous, dit-il, avec l'histoire de la Chartreuse,
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BERG< IGNOXE -
dont il fut aussi l'architecte, et se borne à la série chronologique des peintures qu'il v exécuta pendant treize années consécutives, et qui marquèrent exactement les progrès de son pinceau, mais sans nous révéler autre chose que la naïveté et la pureté de son imagination. Le tableau de la chapelle du Crucifix (1490) est encore d'un style assez dur. quoique le groupe des saintes Femmes autour de la Vierge évanouie soit d'un effet très saisissant; mais on remarque déjà dans le tableau de la chapelle de Saint- Ambroise plus de finesse de dessin et une tendance spiritualiste de plus en plus prononcée (1492). On petit suivre ainsi d'une année à l'autre l'adoucissement graduel de ses tvpes, d'abord raides et anguleux, sans qu'on puisse dire que la force soit jamais sacrifiée à la suavité. Les grandes fresques dont il décora les tribunes des absides latérales ont la majestédes plus belles mosaïques, et l'on peut dire que l'art chrétien ne compte pas beaucoup de monuments pi us grandioses. En même temps son type de Vierge est si pur et si gracieux, si supérieur à ce qu'il était dans ses premiers ouvrages, qu'il est impossible de n'y pas reconnaître l'influence du grand maître de l'école ombrienne, du Pérugin lui-même, qui était venu déposer dans l'église de la Chartreuse l'un des plus étonnants chefs- ■'l /;"a"'"< d'œuvre qui soient sortis de
•E chrisi en croix son pinceau, et dans lequel surabondaient les qualités idéales dont Ambrogio avait l'instinct sans avoir encore pu v atteindre... » Comparant ensuite Bergognone à Fra Angelico, Rio continue ainsi: <• Le peintre de la Chartreuse pouvait-il dire comme le peintre de saint Marc : Ascensiones in corde meo disposai? Il est certain que si les ascensions intérieures de son âme correspondaient aux ascensions extérieures de son pinceau, les saintes inspirations ne devaient pas lui manquer. Ln effet, autant qu'il est permis de suppléer par de simples conjectures aux
LA CHARTREI SE DE PAVII
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renseignements positifs, Ambrogio Bei s'appropria de la vie ascétique ce qui s'adaptait à son progrès esthétique et spirituel et ne laissa jamais s'effacer, ni même s'affaiblir l'empreinte que sa pieuse imagination avait reçue pendant son long séjour à la Chartreuse. »
Rien de plus pénétrant que cette analyse ; rien de plus exact non plus Quii onque a admiré les Bergognone de la I hartreuse, ceux du Bréra et de l'Ambrosienne et la grande fresque du chceui de. S'. Sempliciano, sait Je quelle intensité de \ ie spirituelle était animé le peintre lombard, et
quel charme, à la lois suave et recueilli, grave et charmant, austère et tendre il a donn< figures. Pour ma part, je connais peu d'œuvres du genre de celles-ci aussi émouvantes que la Madone trônante entourée de Saints de l'Ambrosienne. avec ses personnages si fortement et si délicatement écrits, si typiques, si peu conventionnels, si dénués de toute fadeur. Je citais tout à l'heure de Rio un | il rattache, un peu trop direc-
tement à mon avis. Bergognone à Pérugin. Qu'il va plus d'originalité, dans le bon sens du mot, chez le maître lombard, comme on le sent en
contact plus direct avec la vérité, avec la vie ! Sous sa suavité, il y a de l'énergie vivante, que je ne trouve que rarement chez le décorateur du Cambio de Pérouse. Il n'est pas jusqu'à ce parti-pris, cher à Bergognone, de traiter en camaïeu, comme pour leur donner plus d'accent, en les rendant plus irréelles, ses figures, qui ne me ravisse chez lui ! Oui. voilà bien un grand, un très grand artiste à qui il serait temps que la critique rendit justice, surtout lorsque l'on songe — preuve de ténacité et de caractère de sa part — qu'il travaillait encore ainsi — on l'a fort bien remarqué ! — alors que Léonard de Vinci et Raphaël avaient accompli leur œuvre, alors que Titien avait peint son Assomption des Frari, Michel-Ange couvert de son peuple de titans le plafond de la Sixtine et Corrège décoré une des coupoles de Parme !
Que de choses il y aurait à dire, en parcourant, comme je l'ai fait, de souvenir, les nefs, les cloîtres. la sacristie, de la Chartreuse de Pavie ! De tous les trésors d'art qui sont réunis là, dans le somptueux édifice de marbre, je n'ai mentionné etétudié qu'u ne très infime partie.
Qu'il m'eût été doux, cependant, de vous conduire sous les arceaux des cloîtres aux exquises colonnes, d'admirer en détail les adorables ornementations de terre cuite qui les décorent, de m 'asseoir avec vous à contempler la masse rose de l'église se dresser au-dessus des toits de tuiles, pareille à une grande fleur radieuse dans la lumière, d'évoquer enfin tous les
souvenirs historiques qui revivent là. autour de ce monument de foi et d'art... notamment ce soir de la bataille de Pavie où François Ier <• voulut après être pansé, dit Brantôme, faire son oraison dans la Grande Chartreuse, où étant dans l'église, il v v it un petit écriteau d'un vers du psaume de David, qui dit : «Tu as bien raison, Seigneur, quetu m'aies abaissé, afin que je puisse désormais mieux reconnaître et craindre ta justice ». Ht « cela, ajoute l'auteur des Vies des Hommee illustres et des Grands Capitaines, lui toucha fort au cœur». Peu d'années avant, Krasme de Rotterdam, traversant la Lombardie pour aller de Turin à Bologne, était venu à la Chartreuse ; mais il était demeuréinsensible aux beautés artistiques que l'on était en train d'y créer autant qu'à l'enthousiasme des artistes et des artisans qui v travaillaient. « Pourquoi donc prodiguer tant d'argent, s'écriait-il, pour élever un temple destiné seulement aux psalmodies de quelques moines, qui seront dérangés par l'affluence de ceux qui recherchent seulement le luxe des marbres. » En i58i, Montaigne aussi avait visité la Chartreuse.
Pendantque j'écris ces lignes, je sens passer autour de moi la brise légère du matin de printemps, il va des années, où je franchis pour la première fois le portail flanqué de deux peupliers gigantesques de la Chartreuse et où pour la première fois je vis étincelerdansla lumière, contre le ciel bleu, le miraculeux rétable de marbre de la radieuse façade.
Gabriel Moi rfv.
Phot 1 I. dArti Grafiche de Bergame.
l'entrée DE LA CHARTREUSE
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ROGER DE LA PASTURE, dit VAN DER WEYD1.N
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SAINTE MARIE-MAGDELE1NF.
(Fragment du Triptyque du Louvre, acheté récemment 8
L'Art et les Artistes. n° io5.
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