VITRAIL DES PROPHETES
qu'elle a su reconnaître en lui le plus glorieux de ses enfants et qu'elle a essayé de recueillir une grande partie de son œuvre. Est-ce par admiration sincère de la beauté ou par vanité de boutiquiers enrichis qui s'enorgueillissent de leurs collections connue d'autres de leurs aïeux? Peut-être l'un et l'autre. Il n'en est pas moins vrai que la Galerie d'Art de Birmingham, malgré une architecture de déplorable inspiration soi-disant classique, malgré aussi certains détails d'ornement un peu fâcheux, est un des musées les plus sobres et les mieux installés du monde entier, un de ceux où l'on peut vraiment voir et étudier, et nous aimerions retrouver dans nos musées français, si riches parfois, mais si peu confortables toujours, un peu du sens pratique qui présida à son installation.
A tous ceux qu'intéresse le mouvement préraphaélite nous conseillons de faire le pèlerinage de Birmingham ; ils trouveront dans le musée quelques-unes des œuvres les plus intéressantes et les plus caractéristiques de Burne-Jones, et mieux
que partout ailleurs, ils pourront étudier un aspect de son talent que l'on n'a peut-être pas suffisamment mis en lumière. Certes nous ne prétendons pas que toute l'œuvre de Burne-Jones y soit renfermée. La Tate Gallery et le Musée Victoria et Albert à Londres, l'Art Gallery de Manchester et bien d'autres collections privées ou publiques s'enorgueillissent à justre titre d'oeuvres comme : Le Lui Kophétua et la Mendiante, Le Moulin, Le ('.liant d'Amour, Le Miroir de Venus. L Escalier d'Or, etc.. etc., mais quelque intéressantes qu'elles soient, ces toiles sont insuffisantes pour nous donner une idéecomplète du talent de Burne-Jones, elles ont même contribué à accréditer une erreur, à savoir que les préraphaélites en général et Burne-Jones en particulier sont essentiellement des peintres de chevalet et doivent être étudiés et critiqués comme tels. A notre avis, ils sont quelque chose d'autre et de mieux. Nous savons combien l'œuvre de rénovation artistique tentée par
CATHEDRALE h OXFORD - VII RAIL m SAINTE i VI II LUI NI.
BURNE-Ji »\l s
Rossetti et ses amis était complexe dans son inspiration
et ses résultats. ( n des courants qui l'avaient déterminée s'est épanoui dans la magnifique tentative de William Morris pour vivifier l'art décoratil et créer vraiment un art populaire. Nous voudrions aujourd'hui | la part de Burne-Jones dans cette tentative et le musée de Birmingham nous fournira les exemples décisifs qui nous permettront de montrer qu'il fut surtout un décorateur et qu'on doit le considérci comme tel.
Nous n'entreprendrons pas de retracer ici l'histoire de sa formation et de sa vie, d'ailleurs assez exempte d'incidents dramatiques [), et nous nous bornerons à rappeler quelles influences dominantes s'exercèrent sur lui. D'abord celle de Dante-Gabriel Rossetti. le manu pour lequel il professait un véritable culte et auquel il doit son admiration passionnée pour l'art naît et sincère des primitifs italiens, son goût des belles légendes médiévales qu'il devait illustrer et cette tendance littéraire et irréelle de son œuvre que d'aucuns
\. .1 r.:; mingham en
l .m sciétudesà Kins Edward's School (Birmingham) puis â Exctei illcgc il tmi'i .m: d'Oxford] mi il se ho dune amitié profonde avei 'illiam Morris.
Se fait peintre d enthousiame, après avoir admiré des tableaux de Rossetti. pi eni i . .' " ' i mdres s iu i ta direction de Ross
l n 1861 prend pari a lu fondation de la maisonde décoration Morris
C" à laquelle il fournira jusqu'à s; ri des cartons de vitraux et de
pisseries.
L'histoire de sa vie est ensuite celle de ses oeuvres toujours I ?uem n'
et avec amour. - Mort en 1808
patn
:athedbai 1 D OXFOBI
VI 11' Ml- DE s\lN i
CATHI il ■-.' OKU
I VITRAII 1.1 SAINTE
ont pu critiquer, mais qui n'en est pas moins d un très grand charme.
Puis celle de William Morris avec lequel il s'était lié d'une amitié qui devait durci toute la vie. A .Morris. Burne-Jones doit d'à- - mscience
de lui-même et de son talent, il lui doit encore sa très hauti i m tion du métier d'artiste, et aussi, ce que nous retiendrons particulièrement ici, le goût des ensembles décoratifs. Morris jugeait en effet que seuls ces ensembles contribuant à l'embellissement de tout un édifice ou de toute une ville pouvaient donner naissance à un art vraiment populaire, c'est-à-dire compris et apprécie de tous.
Burne-Jones n'avait pas tardé à être gagné à ces idées et le musée de Birmingham nous permet de nuis en rendre compte en nous montrant i tance de l'œuvre décorative de l'artiste. Certes nous ne considérons ras comme négligeables des loiles comme / e Prophète Eiie dans le Désert, Le Sorcier, ou la délicieuse série de /. Histoire de Pygmalion d'un coloris si délicat, ma voulons nous borner à étudier aujourd'hui les
L'AR'
œuvres plus spécialement décoratives, les cartons dcstincsà être exécutés en vitraux OU en tapisseries. 11 v en a plus d'une centaine à Birmingham. Tous ne sont pas des chefs-d'œuvre, mais il en est peu qui ne soient intéressants soit par quelque originalité dans l'interprétation de thèmes connus, soit par quelque détail de technique.
Les uns sont de simples croquis, largement et sommairement esquissés au crayon, à la craie, au fusain ou à la sépia ; d'autres sont des esquisses plus fouillées et plusieurs t'ois reprises, des études d'attitudes ou de draperies et presque tous sont rehaussés de lavis ou de couleur ou tout au moins accompagnés d'indications manuscrites pour le coloris, très précieuses pour l'étude de la techniq u e d u p e i n t r e .
Certains sont de véritables œuvres achevées comme par exemple la fameuse Etoile de Bethléem une des plus belles aquarelles qui aient jamais été peintes i i i.
Enfin le musée conserve aussi quelques tapisseries qui turent exécutées dans les ateliers de William Morris à Merton- Abbey, d'après les cartons de Burne-
uif ji Ar \ v. lit uv iimu
i^n^mc sancta cccilia
l-h F. I-'rilli et C".
CATHÉDRALE D'OXFORD (DÉTAIL DU VITRAIL DE SAINT1 I Mil I I
Jones.
Nous pouvons donc, en parcourant les salles, passer en revue les différents aspects de l'œuvre de l'artiste, et en lui, comme on l'admet assez communément, un
égards, plus instructifs que tapisseries ou vitraux, car ils nous permettront de mieux saisir certains détails d'inspiration ou de technique qui disparaissent dans la splendeur de l'ensemble quand l'œuvre est achevée.
Un très grand nombre de ces cartons furent exécutés sur commande. 11 s'agissait le plus souvent de la décoration d'églises, aussi v rencontronsnous les habituels sujets tirés de l'Ancien et du Nouveau Testament tels qu'on les trouve déjà aux p s a u t i e r s et a u x cathédrales du xmcs.
Ce sont les ligures des prophètes et de rois, l'illustration de la Genèse, de l'Exode ou du Cantique des Cantiques, les scènes traditionnelles de la vie de la Vierge, du Christ ou des apôtres, les pages gracieuses ou terribles delà Légende-Dorée.
Comme sujets non religieux nous ne trouvons à l'Art Gallery qu'une série de Carti ins représentant les grands personnages de l'histoire d'Lcosse 'ii et une autre illustrant la « Légende des Femmes exemplaires» de Chancer 2 .
On a pu se demander dans quel esprit Burne- Jones avait abordé l'exécution de ces travaux d'ése. Ltait-il M'aiment religieux et taut-il voir
suivre les modifications de son inspiration en voyant comment il a traité les mêmes sujets à plusieurs années d'intervalle. Nous pourrons voir aussi ce que devenaient les cartons quand ils étaient exécutés en tapisseries et l'église voisine de Saint-Philippe nous offrira quelques spécimens de vitraux. Les cartons seront pour nous, à certains
des rares peintres chrétiens du xixc siècle ?
Nous saxons qu'en i853 il était entré à Exeter Collège avec l'intention de se consacrer au sacerdoce, nous savons aussi qu'il y avait subi une véritable crise de croyance, et qu'après avoir rêvé d'une sorte de catholicisme mystique et d'une
(1) Exécutée en tapisserie dans les ateliers de XV. .Xtn conservée dans la chapelle d Exeter Collège à Oxford.
(1) Exécutée en v
thèque de hundee.
i xéculée en <
Cambridgi
trail par la firme Morris cl C" pour la Biblioitrail par la firme Morris et C" pour la Peter
Bl RNE -JONES
existence semblable à celle des moines cluniciens mais il avait conservé une profonde sympathie
au moyen âge, il avait fini par se faire peintre d'artiste et de poète pour les grands symboles de la
parée que l'apostolat de l'artiste lui semblait au religion chrétienne. A quelqu'un qui lui deman-
\i\ siècle de plus d'importance que l'apostolat du dait, alors qu'il travaillait à son chef-d'œuvre de
prêtre. L'artiste étaità ses yeux leguide que suivent l'Etoile de Bethléem «s'il y croyait vraiment?»
les hommes, le phare qui indique la route à suivre. il répondait d'un ton convaincu : « C'est trop beau
Il ne faut pas voir uniquement dans cette évolu- pour ne pas être vrai». Et cela nous donne la
tion une preuve de la versatilité habituelle des mesure de son christianisme. Esprit profondément
jeunes, mais une transformation profonde dans la religieux certes! en adoration fervente devant la
pensée et l'idéal de Burne-Jones. Déplus en plus lui apparaissait l'importance du devoir social : il s'étaitéloigné de la secte non conformiste à laquelle appartenait son père parce qu'il la jugeait trop formaliste, trop étroite, trop préoccupée de vaines pratiques et pas assez pénétrée de l'esprit véritable du christianisme ; il s'était rapproché un moment du catholicisme parce qu'il avait cru y découvrir plus de charité vraie et agissante, mais des sa sortie de 11 fniversité en i Sf>t"> il se montra très détaché de toute pratiquereligieuse.
Il ne fréquentait aucune église, il avait pour le clergé anglican en général et sa doctrine une sympathie des plus médiocres et il exprima très nettement sa
'•'luné d'être incinéré. Mais est-il besoin de dire qu'il n'avait à aucun degré cet esprit anticlérical qui a rendu M. Homais immortel. De ses convictions passées il avait conservé un esprit vraiment religieux et nous entendons par là. non seulement une parfaite tolérance pour les croyances des autres, mais ce qui est infiniment [Mus rare :
précier certaines de ces croyances. Ses préférences allaient plut* i une religion ? fondée uniquemenl sur le di
1, qui serait purement humaine en un mot.
asgâsm btc eancf a ccctltn
^jy*jMiig-f»-^r<^iiiiiruiLl
V I III ■ Kl' VI I
beauté, qu'elle fut dans la nature, dans lesgestes OU les idées des hommes, mais chrétien ? c'est plus contestable.
Il a\ ait été frappé parce qu'il y a d'éternellement vrai el humain dans les Nativités, les Piétas, les Mises au tombeau, mais il ne les a pas induites comme l'aurait tait un artiste v raiment croyant. Il a interprété h de la Bible et les pieuses légendes delà v ie des saints comme les artistes de la Renai interprétaient les païens. Il ne s'agissait pas pour lui d'illustrer un dogme comme pouvait le taire un FraAngelico int dans la paix du cloître entre deux oraisons, ni même de tenter d'édifier les fidèU simplement de créer de la beauté et de taire naître une émotion dans des âmes humaines. I t c'est ce qui lait l'originalité de son art religieux, nullement prisonnier des dogmes; il a interprété à sa fantaisie, modifiant ou respectant à son gré les traditions, sacrifiant certains en ajoutant d'autres pour que son œuvre soit plus riche d'émotions ou plus décorative. Il n'était point, comme les artisans du moyen âge, tenu de se conformer aux canev as très détailles précis parfois qu'élaboraient des théologiens, ni de respecter certaines formules d'ate-