‹ L'Art et les artistes (volume 4)Chapitre 40 sur 180 · XI OI'K II-' UNI · texte numérisé non relu

XI OI'K II-' UNI

ART

aux canons le vitrai] de Saint-Philippe. L'âne et lo Neuf ont disparu, la crèche aussi, un creux de rochers a pris la place de la cabane ruinée au toit perce et au-dessus de laquelle s'arrêta l'étoile mystérieuse. La disposition traditionnelle des personnages n'est pas davantage respectée : à gauche la vierge agenouillée et s'inclinant, à droite le groupe magnifique et harmonieux de saint Joseph et d'anges en extase. Dans la partie upérieure du vitrail une théorie d'anges révèlent aux >ergers paissant leurs moutons que le Dieu sauveur des hommes vient de naître.

El dans toute l'oeuvre on devine le souci dominant d'équilibrer les groupes de personnages et d'opposer harm o n i eu s e m e n t les c o u 1 e u rs . Ces d e u x exemples nous paraissent significatifs. La Nativité de Saint-Philippe de Birmingham n'est peut-être pas l'œuvre la plus poignante, la plus p a r t a i t e d e Burne-Jones, elle est une des plus caractéristiques. D'aucuns lui ont reproché un certain hiératisme des personnages, un peu de conventionnel dans les attitudes.de monotonie dans les visages. Encore que nous ne souscrivions pas à toutes ces critiques, force nous est de reconnaître qu'elles sont en partie fondées.

Là était le danger. A se préoccuper trop de l'ensemble décoratif, l'artiste risquait de négliger parfois l'expression, la vie même des personnages.

Mais qu'on nous permette de rappeler que Burne-Jones fut essentiellement un décorateur,

n, Vot E. Mâle, l'Art religieux en France au XIII' siècle ; et , ,,. ,. ,

Didron, Manuel a ie chrétienne. et clue n0Lls devons 1 étudier comme tel. avec

2) On pourrait les rapprocher aussi de la Nativité dessinée en SCS qualités qui SOlU bien personnelles, et ses 187? pour un vitrail de l'église de Torquay qui marque bien une j. . . , ,

Ltre les deux autres : un souci d'arrangement insuffisances qui sont souvent dues a la torme

i de simplification bien plus visible que dans le carum d'art qu'il avait choisie. On ne saurait exiger

de 1803, mais aussi une préoccupation de l'expression des visages ....

que Ion ne retrouve plus au même degré dans le vitrail de 1887. d Une tapisserie Ornant un ITRir OU d'un vitrail

lien 1) De là l'extrême variété de son inspiration et cette tendance à la simplification décorative que des théologiens n'eussent pas admise.

Voyons par exemple comment il a traité le thème de la Nativité dans tin carton de l'Art Gallery qui date de i863 et dans le vitrail de l'église Saint-Philippe exécuté en 1SS7 (2). La première remonte à l'époque où Burne-Jones se dégageait à peine de l'influence de Rossetti tandis qu'en [887 l'artiste complètement libéré était en possession de tous ses moyens.

I tans les deux cas c'est le même souci d'évoquer une scène protondément humaine et d'une émotion poignante. C'est en une attitude d'adoration .

mais aussi avec le geste de tendresse infinie d'une mère, que la Vierge se penche sur l'enfant Jésus gisant sur la paille. La divinité ou la sainteté des personnages n'est attestée que par les cercles d'or qui les nimbent ou par les anges musiciens qui glorifient l'en fan t-l)ieu.

.Mais à mesure qu'il prenait conscience de son talent. Burne-Jones affirmait son originalité et s'éloignait déplus en plus des interprétations traditionnelles dans le désir de se borner aux détails essentiels pour que l'oeuvre devint plus

décorative. Le carton de [863 aurait pu être signé par un primitif italien : Eilippo Lippi ou Bernardino Luini. par exemple, mais des chanoines du xiuc siècle eussent condamné comme contraire

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CATHÉDRALE d'oXFORD

(vitrail de la foi, l'espérance et la charité)

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L'ART ET LES AKT1STES

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dans une église les qualités de minut' précision, l'expression très fouillée et très réi

que nous nous attendons à rencontrer lui tableau de chevalet. L'art décoratif a des nécessités qui lui sont propres et ne peut se passer de certaines conventions. Par définition même il procède surtout par simplification, ne retenant que l'essentiel, et le tort de nos peintres-verriers modernes esl de ne l'avoir pas toujours compris et de nous offrir des peintures sur verre quand nous leur demandons des vitraux.

Burne-Jones connaissait les exigences spéciales et les limites de la tapisserie et du vitrail. Ce n'est certes pas par impuissance que le peintre du Roi Kopkétua ou du Chant d'Amour a renoncé à dessiner avec précision les décors, ou qu'il a donné aux personnages deses cartons cette expression uniformément lointaine et absente, ces grands yeux et ce regard perdu dans une vague songerie que nous voyons si bien chez les Chevaliers partant pour la Queste du Graal. Il a voulu condenser toute une légende, toute une «geste» héroïque ou gracieuse dans une attitude pour que la significaton de l'œuvre apparaisse clairement et que les murs ou les fenêtres ne nous donnent pas

leuse iliste

dans

cette impression de grouillement désordonné, de vie confuse si pénible à supporter. De belles légendes et de beaux symboles exprimés par des personnages au visage serein, aux gestes rares et harmonieux, tel lui apparaissait le programme d'un art vraiment décoratif.

Et voilà pourquoi il ne fut pas un peintre de l'action | i |. L'étude de ses cartons, pour la Queste du Graal est concluante à cet égard . Il n'a pas cherché à peindre les exploits miraculeux de ces coureurs d'aventures que furent les chevaliers de la Table Ronde, les batailles épiques, les duels farouches contre les géants, les embuscades, mais plutôt quelques scènes symboliques qui lui semblaient résumer tout le charme de la légende :

Le Départ tics Chevaliers, un départ empreint d'une gravité mélancolique et impressionnante; ce ne sont pas de jeunes hommes qui se ruent vers l'aventure, mais des chevaliers élus de Dieu qui savent toute la grandeur et la sainteté de leur mission.

L'Échec de Gauvain. Gauvain et son compagnon Yvain parviennent à la chapelle en ruines qui renferme le Saint-Graal, mais

Le livre d'esquisses conserve à la Bibliothèque du Bntish jm (Salle des Estampes) contient un assez grand nombre iquis de batailles, de mêlées, qui prouvent que Burne-Jones : pu être un grand peintre de l'action s il 1 avait voulu.

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