‹ L'Art et les artistes (volume 4)Chapitre 47 sur 180 · LE BUVEUR ET LA MORT · texte numérisé non relu

LE BUVEUR ET LA MORT

c'est encore Fouquet qu'il évoque. Il semble que l'artiste n'aurait eu qu'à s'en tenir là. qu'à appliquer à des sujets divers cette manière splendide et sobre, pour créer toute une suite de chefs-d'œuvre. 11 n'un lit rien pourtant. L'inquiétude contemporaine le gagne un peu. Et surtout il est désireux de s'assimiler tous les moyens de son art; il est désireux de pénétrer les secrets du clair-obscur : il est désireux d'acquérir les richesses de la peinture. Ces belles images du début ne lui suffisent pas ; et ce n'est que par un long détour qu'il reviendra peu à peu vers elles, et qu'il se découvrira à lui-même patiemment.

Voilà donc Milcendeau étudiant plus longuement le modelé, insistant sur les ombres, poursuivant la forme dans tous ses accidents, et arrivant par là-même à charger son papier de noirs, à pénétrer dans le domaine du clairobscur. Plus sculpturaux, ces dessins ne sont pas moins beaux que ceux de la première période ; et l'artiste a souvent dans les fonds largement frottés, des réussites superbes. Ceci nous mène vers 1900. Les sujets sont toujours les mêmes: les types vendéens, aux yeux bridés, aux bouches ironiques et voluptueuses, aux nez droits, aux mentons et aux fronts pleins et

volontaires, se succèdent devant le crayonneur. Le décor s'esquisse, décor de rue. d'intérieur (m de cabaret. Sujets inépuisables d'ailleurs et qui auraient pu suffire entièrement à la carrière de l'artiste. Nul n'est mieux de chez lui; nul n'a mieux compris le caractère un peu rusé mais non sans bonhomie du paysan. Et pourtant tout à coup Milcendeau quitte sa province pour l'Espagne.

Il part en 1901 pour I.edesma avec le peintre espagnol Iturrino. Est-ce lassitude, ou simplement désir de voir de nouvelles formes, désir qui est au tond de tout homme, et plus encore au fond de tout artiste? Je crois bien pourtant qu'il n'y a pas là un simple hasard, un simple entraînement passager. Si l'on examine les types de la côte française, dans le \ord comme dans l'Ouest, on constate sans peine la survivance de caractéristiques très marquées de peuples exotiques, arrivés là jadis par mer. En Vendée au moins autant qu'ailleurs ce phénomène est sensible. Et il y a entre les paysans vendéens et les paysans espagnols des ressemblances certaines. Milcendeau allait donc peut-être retrouver à Lcdesma les descendants d'ancêtres communs. Néanmoins la part de nouveauté le désoriente un peu. Assurément il a rapporté de

LE FI Mil I'

CHARLES MILCENDEAI

ce premier voyage lui certain nombre de pastels et ele gouaches de qualité rare; mais je préfère pour mon compte les œuvres plus mûries du deuxième séjour, telles que la Petite Gitane ou ['Homme monté sur un âne. Aussi bien force m'est dans cette rapide revue de passer assez rapidement sur ces parties accessoires de l'œuvre de l'artiste. Un autre voyage en Corse, encore un pays de gens du bord de la mer. lui fournit les sujets d'une

heureusement, librement, sans trop d'insistance; car. c'est peut-être là le défaut de Milcendeau. le désir de mieux taire, l'obstination volontaire l'entraînent quelquefois trop loin, et il n'y a pas toujours dans ses œuvres assez de sacrifices. Défaut admirable à notre époque d'esquisses et d'à peu près! Que de fois «m aimerait pouvoir taire pareil reproche !

Deux Intérieurs moi, tient l'artiste triomphant

LE HAHHIKK ht' VII. I \ ,1

nouvelle série. Intérieurs sombres à l'excès peutêtre, mais têtes de grand caractère comme toujours, voilà ce qu'on trouve en cette suite.

Maintenant la curiosité du voyageur est satisfaite : il est revenu dans son pays. Depuis longtemps il s'était essayé à l'huile; il s'y met d'une façon définitive. A côté des scènes corses il expose une figure de paysan d'Ile de France, des environs de la l-'erté qui marque un retour aux premières inspirations. Cet Homme au Verre de Vin fait encore songer aux peintures françaises d< di I ouquet. J'ai gardé le souvenir d'une toile peinte

des difficultés du nouveau métier qu'il pratique. La pâle est maniée avec lenteur, mais avec une sûreté rare ; tel détail d'homme de profil et coille d'un chapeau pointu parait tout à fait réussi. Les parties dans la pénombre ne sont pas moins heureuse '■' ideau, très attentil à l'étude mes, ne l'est pas moins à celle des valeurs. En lui i le tableau de /..! Vendange atteste i nuation des mêmes recherches de clair- Cependant à côté de ces effets d'intérieur. Milcendeau s'est mis au paysage. Ai ■ les types du pays natal, c'est celui-ci même qu'il

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