‹ L'Art et les artistes (volume 4)Chapitre 49 sur 180 · I. HOMME ENDORMI · texte numérisé non relu

I. HOMME ENDORMI

jeune femme en coiffe blanche. Leurs silhouettes se détachent admirablement sur le fond, et la coin position est à la lois imprévue et a d m i r a b 1 e m e n t équilibrée.

Avec ces horizons bas,Milcendeau fait un peu songer aux grands I lollandais ; et même lorsqu'il peindra des animaux on sera amené involontairement à prononcer le nom de Potter. C'est qu'il v a dans son tableau récent de La Y au h c b l a n c lie . 1 a même patiente étude des formes, la même tranquillitédans l'effet, la même vérité dans le coloris. Ici comme dans les Chaumières, la poésie se dégage de

CHARLES MILCI M»l V

la réalité même, une poésie grave et simple comme demeure bien un artiste de chez nous, et son

un chant de paysan. La Pastorale, si tendre et si réalisme superbe le place dans la plus directe de

puissante, scia l'aboutissement actuel de cette nus traditions.

tendance. Cependant sa personnalité tranche complètement

Si Milcendeau paysagiste fait un peu songera sur le milieu contemporain. On ne peut guère rap-

Potter, peintre d'intérieurs, il fait volontiers songer procher de lui que le regretté peintre Henri Evene-

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à Brouwer. /.it Rixe en est un récent exemple. Deux galants se querellent pour une jolie fille de village, qui les regarde tranquillement. 1' non

seulement le sujet est voisin de ceux traités parle délicieux et grand maître hollandais, mais la lumière est conduite un peu à la manière de ce dernier. Les fonds de .Milcendeau se sont éclaires et allégés, tandis que la peinture devenait plus grasse et plus nourrie Poui le reste, l'artiste

poel. auteur du beau portrait de Milcendeau qui est au Luxembourg, i l ; I ! ;ène Martel. un isolé du tempérament le plus marqué. On pourrait trouver entre .Milcendeau et lui d'assez nombreux points de comparais,.!). Même dans le mener, dans la manière d'étaler des pâtes d'un grain serré, il y a un voisinage certain. Ils ont un goût commun pour les gris, pour les tons contenus. au milieu desquels éclate tout à coup le chant

sonore d'une couleur éclatante. Ht si même j'avais un souhait à exprimer j'aimerais que Milcendeau. maintenant en pleine possession de son métier pictural, revienne à l'occasion aux audacieuses et naturelles orchestrations de ses dessins rehaussés du début, de ce petit portrait de bretonne dont j'ai plus haut parlé. Il me semble que je reconnaîtrais alors l'artiste tout entier, tel qu'il était naturellement, plus riche seulement de l'acquit considérable de longues années de travail.

Je n'ai guère parlé ici. dans tin article forcément rapide, que des compositions et. à part quelques exemples, j'ai un peu négligé les ligures seules. Dans l'œuvre d'un physionomiste comme Milcendeau. elles sont nombreuses. Voici des buveurs et des fumeurs, généralement très vieux, car l'artiste aime la ride qui accuse le caractère. Mais voici aussi des portraits et celui d'un Jeune Espagnol du salon de la Société Nationale de tgi3 est une page de grand style, de coloris sobre et de forte expression. La présentation sur un fond de ciel l'apparente aux belles toiles classiques. Voici enfin des figures délicieuses de jeunes paysannes, car l'artiste est sensible au charme d'une jolie courbe

de face ou de lèvre, et la sensualité fine des vendéennes ne le laisse pas indifférent. Pour tout cela il a employé les métiers les plus divers, crayon, pastel, huile, gouache : à la justesse native de l'œil il a ajouté l'habileté de la main. Ainsi l'on trouve dans les toiles et les gouaches du peintre de nombreux morceaux de nature morte d'une exécution franche et parfaite : grès campagnards entre autres, ou pots de faïence bleue.

•• L'art au fond est très complexe et en même temps très simple, m'écrivait Charles Milcendeau. Le modelé n'existe que dans la justesse des valeurs et des colorations. » Car les lettres du peintre sont pleines de réllexions sur son métier. Inlassablement il s'est efforcé d'en pénétrer tous les secrets, et s'il n'a pas toujours été également heureux dans ses tentatives multiples et passionnées, un œil juste, un tempérament entier, un équilibre très sûr de l'esprit ont toujours préservé les belles qualités de ce petit neveu des Jean Fouquet et des Le Nain, de ce caractériste et de ce réaliste de tradition, dont l'art a non seulement la tenue sobre de l'art de France, mais encore la forte saveur particulière au pays vendéen. Tristan Leclère.

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