‹ L'Art et les artistes (volume 4)Chapitre 50 sur 180 · ÉTUDE DE VENDÉENNE · texte numérisé non relu

ÉTUDE DE VENDÉENNE

LA FETE lu VILLAGE

EDUARDO CHICHARRO

la renaissance artistique qui se développe Espagne depuis une vingtaine d'années, les premières t e n d a n c e s a p pa ru re n t nettement et uniquement réalistes. d'un réalisme presque trop extérieur. Il fallait cela pourécras e r l'a c a d é misme depuis si longtemps triomphant.

Aujourd'hu i que l'Ecol e e S pagn ol e

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finitivement affirmée avec la force d'une descendante directe des xvic et xvn1 siècles, de Goya et de Rosales, elle peut, sans abandonner

l'appui de l'étude réaliste, se tourner vers le

spiritualisme qui est le tond de l'esprit de sa

i mus les dernières expositions de Madrid

te se manifeste ainsi un mouvement

idéaliste très prononcé. Très peu de peintres

peignent encore comme Sorolla ■■ ce que tout le

monde voit. s> Certains, tel Romero de

arrivent par la profondeur de leur idéal à une

suite de mysticisme ; par son analyse si exi

nairement personnelle de la réalité. Zuloaga

confine et. par leur dévotion à cette

même réalité, les Zubiaurre recommencent avec

une science d'une sûreté impeccable l'oeuvre

ne des prin

Sur Luis ces artistes, leurs émules et leurs

imitateurs, règne une même dominante qui les

apparente et les réunit malgré leurs diversités et leurs dissemblances : un respect profond de leur art et une conscience de sa mission qui les fait dédaigner tous les tapages réclamiers des indépendances paresseuses, et un amour sincère et intelligent de leur métier qui le leur fait apprendre patiemment et le rattache à celui de leurs grandes traditions. La peinture espagnole est ainsi aujourd'hui la seule qui soit gardée intacte des élucubrations passagères de la mode, la seule dont les artistes forment un groupe véritablement homogène et national au-dessus de l'idéal particulier de chacun desquels se voit l'idéal commun de la race. Elleestune Ecole dans le sens que ce mot prend appliqué à l'art du temps de Velazquez, et son type le plus représentatif, celui qui dans son œuvre résume tout l'art espagnol et rien que celui-ci, est c e r t a i n e m e n t lui. Chicharro.

Par l'influence de son œuvre, Chicharro est devenu en quelque sorte le chef de la jeune peinture espagnole et l'équilibre qu'il sait garder

entre l'idée et sa réalisation matérielle fait de sa direction la plus apte à transmettre et accroître l'héritage des grands maîtres de l'âge d'or.

Sa production peut se diviser en trois parties bien distinctes : les œuvres se rapportant aux paysans de Castille, les œuvres décoratives, et les études de lumière artificielle et de mouvement. Dans les trois il allie magnifiquement l'objectivité de sa vision, les pensées que cette vision développe en lui et les sentiments de sa propre personnalité. Il ne s'est contraint ou forcé dans aucune et chaque tableau est son expression complète au moment où il fut créé. Sa partie « castillane » étant la plus importante, c'est des résultats obtenus

LA DANSELSt: « [MPERIO »

par elle que découlent les résultats des deux autres.

Un artiste n'est vraiment grand que s'il suit ses sources naturelles, car c'est par elles seules qu'il peut arriver jusqu'à lui. Chicharro l'acompris dans son instinct de grand artiste et. Castillan, il s'est donné tout entier à sa terre; il s'est laissé absorber par elle et elle le lui a rendu en le faisant sien, en se dévoilant pour lui. Au contraire de Zuloaga qui prend la race et l'amène jusqu'à lui, la soumet, Chicharro se laisse prendre par elle et, au lieu de la résoudre en sa pensée, courbe sa

pensée devant elle. Il ne p.'ie pas le modèle pourle niveler ou le hausser à son propre esprit ; il tâche d'arriver jusqu'à l'esprit que le modèle porte afin de se confondre dans sa réalité et de la donner toute en se donnant lui-même. Et il v arrive.

Cette réalité donnée pensivement laisse dans l'âme de l'artiste toute son âme invisible. La race qui l'a pris s'est laissée à son tour attirer par les correspondances intimes qu'elle avaitavec l'artiste sorti d'elle. C'est toute la Castille, son atmosphère même qui vibre dans l'œuvre de Chicharro, et c'est tout son idéal que Chicharro a recueilli en infiltrant peu à peu sa pensée dans la terre qui fit lever ses germes.

Cette Castille, hors les sentiments qu'elle peut développer chez un artiste à elle par les sensations qu'elle lui ofi're, a d'ailleurs, visible pour tous, par cet infini de désert qu'elle présente, une grandeur qui donne à ses moindres reliefs un éclat de chose séculaire. Ses pavsans à la figure creusée comme le sol avare qui les use semblent, dans l'immuabilité sauvage de leur vie, venir d'un Passé inchangeable. Ils ont l'air un peu bestial des gens qui ne

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sentent pas. ne vivent pas la vie mais la laissent passer, indifférents, sans grandes joies ni grandes peines, sans émotions, les veux toujours fixés vers la terre rebelle d'où leur sueur tire mesquinement le pain élu lendemain qui est la seule préoccupation, la seule raison qui les tasse exister consciemment. Ils ne peinent ni s'élever ni descendre, ni même entrevoir de grands bonheurs ; leur âme recouverte par leurs > 01 pS épais de brûles, leurs sens engourdis et tournes constamment du même côté de misère, ne peuvent subir d'attendrissement et les pertes les plus douloureuses ne sont pour eux qu'un moment to m bédé leur \ ie. C'est pourtant de ces rustres, de leurs attitudes et de leurs gestes que < Ihicharro non seulement ferades œuvres d'une puissance i ndépassable, mais encore apprendra toute la poésie émouvante des i ■■ na nces splendidement belles de ses panneaux

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décoratifs. 11 y a dans les attitudes et les gestesde ceux qui ne se connaissent pas toute la grandeur de l'instinct. 1 tans l'attitude d'un paysan au (M'es de sa charrue il y a toute la majesté de la vie éternellement recommençante, toute l'immuabilité des actes naturels. Dans le geste d'une paysanne int sa main sur sa poitrine semble se concentrer toute l'invocation, tout l'appel invisibledes hommes vers la nature qui les nourrit et qui les tue.

L'inconscience de ces attitudes et de ces -estes les tait pareils aux laces que présentent les pierres OU les arbres, (les expresis d'hommes ne vivant que de la terre peuvent seules faire apparaître les expressions des hommes qui vivaient près d'elle dans la vente des lois qu'elle leur enseignait. Le paysan vêtu d'épaisse bure qui casse son détonné sur le champ qui doit le nouri

si beau que le ( irec qui courbait

élégamment les belles proportions de son corps car il est aussi vrai et aussi naturel; la paysanne qui. un cierge dans sa grosse main violàtre, précède un Christ monstrueux est aussi belle dans l'esprit de son acte que la déesse femme qui portait des (leurs à Pallas Athénée. L'une est près de la cathédrale et l'autre du temple; la vérité des deux sanctuaires est égale puisque leur sol même les a élevés.

L'harmonie d'Athènes est morte avec son peuple mais l'esprit de sa vérité existe chez tous ceux qui vivent ordonnés par leur sol. Chicharro, le latin épris de clarté et d'eurythmie, l'a compris dans son instinct de c r é a t e u r d e Beauté. Il s'est agenouillé sur l'Acropole, il s'est e n i v r é à l'harmonie unique du rythme païen, mais il a élevé un autel au r\'th me retrouvé.

Les paysans de Ca s t i 1 1 e l'ont asservi, et comprenant toute la valeur de ce servage imposé et v o 1 o n t a i r e . il s'est laissé envahir complètement par lui.

Sans arrêter son âme au pittoresqueextérieurque ces paysans présentent et qui

fixa ses veux, il l'a courbée devant la grandeur religieuse de leur relation avec la terre où ils marchent. Il les a vu, ces paysans, sur les paysages sahariens de Castille comme ces blocs de granit qui se dressent indissolublement sur les plaines ; comme il tait partie de leur race. lointainement venu d'eux, il a pénétré leurs rapports sans le mirage de l'imagination étrangère et peu à peu, très lentement, très nettement il les a entendu lui montrer sur leurs gestes de rustres l'harmonie qu'il avait cherchée dans le raffinement d'autres civilisations.

Son dernier tableau de Castille, cette Douleur qui triompha à la dernière exposition de .Munich.

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