CHARLES W. HAWTHORNE
Il n'y a pas bien longtemps encore que l'enseignement et l'inspiration de la plupart de nos artistes américains venaient de la France, parce que nos jeunes gens allaient à Paris apprendre leur métier. A présent nous possédons à New-York une très bonne école des Beaux- Arts, et c'est là que Charles Hawthorne, à l'âge de [8 ans. a commencé ses études. Comme sa famille n'était pas assez riche pour le défrayer de toutes les dépenses nécessaires à la vie coûteuse de New-York, il travaillait pendant le jour pour gagner de l'argent et le soir il suivait les classes de Vincent du Monde et de George de Forrest Brush. Mais, aussitôt qu'il apprit les rudiments du dessin, il alla dans
l'atelier de William Chase qui tut son vrai maître. « Je lui dois plus qu'à n'importe qui au monde. 11 possède le don d'éveiller l'enthousiasme de ses élèves pour le plus haut idéal de l'art. Loin de tuer leur individualité dans la peinture, il la fait croître. »
Les premières esquisses de Hawthorne, annonçant un tempérament très personnel, intéressèrent vivement son nouveau maître, qui fit de son mieux pour développer le génie de son élève et l'aider dans la lutte contre les difficultés de la vie. Après quelques années de labeur assidu de la part de son élève, il lui proposa d'accepter une position comme professeur d'enseignement dans son école, et là Hawthorne ne fut pas long à
CHARLES W. HAWTHORNI
avoir une influence considérable sur les jeunes artistes de New- York. Pour ses vacances il allait au petit \ illage de Provincetown, à Cape Cod, .Massachusetts. Ce village, situé au bord de la mer. avec son va-et-vient de pêcheurs aux vêtements de couleurs chatoyantes, ravit son imagination d'artiste. Quelque temps après, il décida de se separei de William Chase et d'établir une école d'art à Provincetown où il pourrait enseigner pendant l'été. The Su m mer A rt School oj Pi ovince-
town a réussi brillamment. Hawthorne a toujours voulu rendre à ses élèves le même service qu'il avait reçu de William Chase, a qui il o
it'onde reconnaissance. Tout en éveillant
leur enthousiasme pour le Beau, sans leur ; ses idées personnelles, il cherche à les taire suivre leurs tendances individuelles. Beaucoup jeunes ai listes peinti es ont étudié
avec ce maître consciencieux, après avoir \ u de ses tableaux dans les expositions d'art de leurs villes
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natales. Ils admirent sa manière de sentir et la technique de ses toiles; ils y trouvent le dessin précis, terme, une facture large, franche, solide, sans minutie comme sans truquage. Heureusement. Ilawthorne possède une santé robuste et une personnalité très forte. Il peut corriger les toiles de ses cent élèves et leur donner une conférence sur l'idéal de l'art sans rien perdre de sa force ni de la fraîcheur de ses conceptions. Plusieurs de ses meilleurs tableaux, qui expriment les plus protondes vérités, (tirent peints entre ses heures de classe. Pendant une dizaine d'années il enseigna seulement durant les quatre mois de l'été, réservant les autres mois pour voyager, s p é c i a 1 e m e n t e n France, en Hollande et en Italie, afin d'étudier les maîtres d'autrefois. Profondément épris de Venise, il subit sans résistance la séduction du Titien de qui il parle avec une admiration sans bornes. Comme tout homme moderne, Hawthorne doit beaucoup aux grands siècles du passé.
Nonobstant, après quelques années, durant lequelles il a réfléchi autant qu'il a produit, son individualité a triomphé.
Au lieu d'être écrasé rê
par son contact avec
ces maîtres, son talent en est sorti plus large, plus solide, sa vision est devenue plus profonde, plus sincère, et à présent son art est tout à fait personnel. Ses œuvres en sont les témoins convaincants.
Hawthorne est né peintre : il adore l'harmonie des couleurs; elle est pour lui comme la musique d'un grand orchestre. « Elle me donne », m'a-t-il dit un jour. « les mêmes sensations qu'une svmphonie de Beethoven. Cet effet est produit sur moi par la juxtaposition de certaines couleurs. Quand je travaille, je cherche ces teintes infinies, je les arrange jusqu'à ce qu'elles chantent pour moi dans une harmonie parfaite — cela n'est
pas facile — quelquefois je change mes teintes un tout petit peu chaque jour, pendant des mois, mais enfin j'arrive à y trouver le quelque chose qui me plait. »
Cet artiste n'est pas un « réaliste » dans l'acception ordinaire du mot, il « compose » ses tableaux, mais il s'astreint à l'observation constante, scrupuleuse de la vérité. Très poète, très ému devant la nature, il possède le génie, non seulement de voir la poésie de toute vie, même la plus humble, mais celui de nous la faire voir dans ses œuvres, dont la plupart furent peintes à la campagne, où son âme s'inspire de l'âme de la terre. Pendant plusieurs années il s'est consacré particulièrement à la peinture des pécheurs ; car les hommes qui vont en mer.
les femmes qui demeurent sur ses bords, comprennent m i e u x que nous autres les grands mystères de la nature ; ainsi leurs corps, leurs visages sérieux, immobiles, expriment quelque chose de plus grave queceuxdes modèles ordinaires — ce n'est rien de très tangible.
ni de très explicable, mais la rare sensibilité de ce peintre peut le saisir et le révèle dans ses tableaux. Peu importe que l'artiste soit « idéaliste » ou «réaliste», qu'il peigne en plein air ou dans son atelier, qu'il fasse clair ou sombre, tout cela c'est de la technique. < )n demande davantage à celui dont les œuvres doivent survivre à son siècle : et c'est justement parce que Hawthorne ne s'occupe pas de ces choses, ni de faire les portraits de ses modèles, mais qu'il cherche à exprimer des qualités élémentaires qui appartiennent à des types universels que ses toiles révèlent des vérités significatives; qu'elles nous attirent, qu'elles valent la peine d'être étudiées, comme par exemple Le Trousseau. Ce tableau touchant où l'on peut voir les pensées émouvantes d'une jeune fille pour qui
Coll. Ralph King ERIE