CHARLES VV. HAWTHORNE
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son trousseau est l'inconnu, le mystère de l'amour. Et à côté d'elle, la mère qui coud, la couturière qui fait belle la robe de noce avec ses vieilles mains tremblantes. A les voir ne dirait-on pas que ces deux femmes pensent aussi à leurs beaux jours de rêves ? Quand ce tableau fut exposé au Salon de 191 1, le prix Thomas />'. Clark
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lui fut accordé à l'unanimité au premier tour de scrutin. Honneur sans précédent dans l'histoire de l'Académie de New-York. Le musée Metropolitan a fait l'acquisition de cette charmante toile, d'un style et d'une émotion si élevés, malgré la familiarité du sujet.
Le Retour des Pécheurs est peint avec la même simplicité de facture, pas de détails superflus. Les tètes sont bien modelées, termes, solides; et on
sent la force écrasante de la mer derrière ces deux humilies vivants. Les poissons même semblent appartenir à cette force créatrice.
Il y a un public à qui cette peinture parait fade, parce qu'elle ne poursuit pas la «joliesse», parce que l'artiste cherche la beauté dans le caractère, dans l'expression, et non dans les traits réguliers de la figure.
L'année dernière, Hawthorne exposa pour la première fois à Paris, au Salon National des Beaux-Arts.
Il débuta avec deux tableaux sur lesquels un de vos admirables critiques d'art dit :
« Il a peint, avec la plus riche simplicité, deux toiles qu'il ne servira sans doute à rien de décrire, car toute leur beauté tient au sentiment qui les a inspirées. L'une s'appelle La Fille du Pêcheur : c'est une enfant au visage pâle, aux veux bleus, aux yeux inoubliables, en robe rouge de paysanne, et qui. sur une table de bois, place deux poissons dans une assiette. L'autre tableau s'appelle Les Amoureux : ils sont devant un ciel déjà nocturne, le cadre les coupe à mi-corps, ils semblent rentrerd'une promenade. En réalité, fille du pécheur ou amoureux, ce sont axant tout des visages recueillis, où les yeux dévoilent le cœur. Nous pensons qu'un Richard, qu'un Whistler eussent aimé ces deux toiles, si modestes, et pourtant si grandes. » Lt Edouard Sarradin déclare que « par la beauté et l'homogénéité de la matière, par la finesse du coloris, par la qualité charmante du sentiment, ces deux toiles sont parmi les plus accomplies du Salon ». L'accueil si sympathique, les honneurs qu'il
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reçut — à la fermeture du Salon, il fut élu Associé de la Société Nationale des Beaux-Arts — l'ont rempli de reconnaissance. Mais, quoiqu'il apprécie tout éloge, il reste toujours mécontent de ses efforts et s'occupe constamment de sa technique. Il pense comme votre grand maître Rodin. que « rien ne supplée à la persévérante étude. A elle seule le secret de la vie se livre». Aussi ne recule-t-il devant aucun labeur pour mieux comprendre les vérités éternelles de la création. Il veut être avant tout bon ouvrier. « L'homme qui possède son procédé ». m'a-t-il dit. « qui connaît à tond son métier, peut exprimer ses idées sans s'en rendre compte. S'il n'a rien de valeur à dire, cela se voit dans ses œuvres. » Heureusement, il est encore assez jeune pour que son avenir puisse nous donner une bonne récolte.
Né en LS72, Hawthorne appartient à la même famille de New England que notre célèbre écrivain Nathaniel Hawthorne. Beaucoup de nos artistes américains sont d'origine puritaine, comme Winslow Homer. George Fuller, Elizabeth Nourse et presque tous nos grands littérateurs. Quoique New- York soit le centre de notre vie artistique tant à cause de ses grandes écoles de Beaux-Arts et de la richesse de ses connaisseurs que de son immense population cosmopolite, on dit que c'est de Boston qu'il faut attendre la véritable renaissance de la peinture américaine. Dans cette ville centrale des anciens Puritains, il y a un groupe d'artistes remarquablement fort — Tarbell, Benson, Woodbury. Decamp, Paston — qui sont regardés partout comme les hommes de l'avenir. 11 y a aussi à Boston beaucoup de gens riches qui s'intéressent
profondément à tous les développements esthétiques. Le St.Botolph Club consacre une salle de son Club House à des expositions de Beaux-Arts Ses membres, hommes très cultivés, invitent les artistes particuliers à y montrer leurs œuvres. Honneur bien recherché, parce que toute la haute société de Boston va les voir. Le Club défraye de toutes les dépenses, même des frais d'expédition de n'importe quelle ville — soit-elle d'Europe. — C'est là que j'ai vu pour la première fois les toiles de Charles Hawthorne. Elles m'impressionnèrent tout de suite à cause de leur vérité et du charme de leurs couleurs. Depuis ce temps-là, j'ai suivi son développement artistique avec un intérêt très vif, et je me réjouis sincèrement de son succès éclatant. Tous nos grands musées ont acheté de ses tableaux et dans nos expositions l'artiste a remporté tous les prix.
Je ne veux pas me faire l'apologiste de M. Hawthorne. ni son défenseur, ni son critique. Mon désir est de le présenter comme je l'ai trouvé dans ses œuvres. Malheureusement, les reproductions de ses toiles n'en rendent guère la poésie, la splendeur des couleurs; mais néanmoins ces reproductions sont les meilleurs interprètes possibles de ses pensées et les preuves éloquentes de sa sincérité et de son travail.
Si nous possédons jamais un art national, nous le devrons à des artistes comme Charles Hawthorne. qui nous font entrer dans la vraie route : — rôle traditionnel et nécessaire— l'étude de la vie actuelle, l'infiltration de lame américaine dans les œuvres d'art.
A. Seaton-Schmidt.