‹ L'Art et les artistes (volume 4)Chapitre 61 sur 180 · LION DEVORANT UN ARABE · texte numérisé non relu

LION DEVORANT UN ARABE

élégante et forte, ces aplombs fermes et élastiques qui réactionnent lorsque les chevaux « encensent» sous le harnais très observé. Mais dès 1824. l'année des Massacres de Sein, voici une aquarelle représentant un Cheval effrayé par l'Orage : libre sous un ciel sombre que sillonne tin éclair, il se cabre; le vent d'orage agite ses crins, et. mouvement très personnel que le peintre reprendra souvent, sa tête reployée sur l'encolure rejetée de côté contrarie l'élan de tout le corps emporté. La hardiesse en est inaccoutumée, l'arrangement brusqué d'accent osé. Tout l'œuvre durant, des poses de ce sens font de Delacroix un peintre d'impressions violentes poussées à leur extrême puissance.

On ne les rapprochera pas du stvle de Durer, qui sous leur obscur mutisme charge ses bêtes des pouvoirs maléficieux que le moyen âge religieux leur imputa ; admirateur passionné de Rubens, il n'évoquera même plus le souvenir des lions débonnaires traînant des chars escortés de chevaux à la robe fleurie, aux croupes opulentes, et malgré son outrance dans l'accent de la fureur ou de l'effroi, malgré des ressources d'effet très étranges, il ne côtoiera pas l'impression de

ces ieu\ res gravées ou peintes dans lesquelles Goya indique avec tant d'humeur les taureaux furieux ou l'ébattement burlesque de certains ânes avec tant de folie et de stupre : ce que le grand français tire de lui-même est violent et triste, rarement éclairé d'une pensée de bonheur, si tragique toujours, que c'est la seule vitalité qui représente l'élément fiévreux et passionné dans cet œuvre élevé en monument à l'éphémère de tout.

Dans les Massacres de Scio (18241 ; un cheval syrien, gris pommelé, le naseau enflammé.

l'œil frénétique, le mors écumant, la tète mutine, se cabre au milieu des cadavres et des mourants, la crinière hérissée par la brise qui promène sous le ciel calme l'odeur des charniers et du feu ; sa croupe, ramassée sous le fardeau léger de cette vierge attachée à l'arçon, dont le torse est un si grand chef-d'œuvre, est prête d'un soubresaut, à l'entraîner sous les incitations de son dur cavalier; son avant-main soulevée, d'une observation absolue de justesse, terminée par un sabot tin se silhouettant sur le fond clair où sévissent les massacreurs, le cheval oppose là toute sa vie surgissant au milieu de la mort : c'est un des plus beaux qu'ait peint Delacroix avec celui du premier plan de la Mort de Sardanapale 11827); 'eurs formes sont de grande race; un souci de réalité

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