JEUNE TIGRE JOUANT AVEC SA MÈRE (LITHOGRAPHIE
de celui à robe pie dont le sabot butte sur le parapet du pont où la mêlée afflue, effroyable, forcenée. On connaît les dessins prodigieux qui préparent ce tableau, la cruauté des gestes, ces corps à corps d'hommes blessés ou désarmés, tous les stigmates horribles du combat rendus par le pathétique d'un tel peintre.
Les toiles de Delacroix sont comme la floraison de ses dessins, renfermant déjà sous leurs mailles enchevêtrées, soit dans les nuances grises des « mines de plomb» vibrantes de lumière, soit dans les traits d'une plume chargée, furieusementactive, les souplesses d'un modelé d'ensemble tachant d'une façon décisive et caractérisant une action.
A distance un motif de Delacroix s'écrit dans l'atmosphère de son effet; ni la somptuosité des
composition les scrupules de son étude première, il v revientà chaque instant. Au catalogue Robaut les fauves abondent vers i S 3 S . (Au Maroc il peint entre autres en iSo2 cette Lionne aux yeux hagards, au pelage flambé de roux.) Ailleurs ce sont des chats, des études patientes comme tel au minois blanc, pattes veloutées, un peloton de laine près de lui. des aquarelles comme la Tête de Lion i iSq3) et la Tête de Chat ( [855 i du Louvre, d'un faire si riche d'accidents indicatifs de la nature des fauves, si transposées aussi, et cette lithographie de 1S44, Lion dévorant un Cheval, une expression de furie dans ses veux lixes, grondant encore en déchirant sa victime dont la tête est lamentable d'inertie et de détente. Le sentiment domine toujours le sujet.
LES Wl\l\l\ DANS L'ŒUVRE D'EUGENE DELACROIX
N'est-ce pas le leitmotiv de tant d'eeuvres aussi que ce vertige de la mort dont témoignent des pages comme ce ''.lierai terrasse par une Lionne mordant sa proie au poitrail, celle-ci, les quatre pieds battant le vide, roulant sur le dos. ne regardant plus son agresseur, mais bien dans un lointain dont ses yeux agrandis, ses naseaux renâclant indiquent la viduité effrayante ; l'écrasement du mufle mordant de la lionne, est d'une lièvre que l'on retrouve dans ce Lion déchirant un Cadavre, dans ce Liondévorant un Lierre legs Thomy Thierry i856); des miracles de peinture souple font frisonner toute la lace du fauve de détails pleins de vie : les yeux, les larmiers, le front, la crinière d'un magnifique brun fauve changeant et s'opposa n t a\ ec le lièvre gris (? :
en lin ce Combat d u n L i o n e t d'un Tigre dont le dessin à la plume est sal. monstrueux.
où toute précision est fausse, mais ce que nous Ions force, violence acharnée, absolu dans le hérissement
touffu de Cette r\\ \\ 1ER
masse m o lisante. On cède devant le nombre des merveilles a citer. Je pense encore a ce Cavalier attaque par un Lion, de 1849, concentrant le style de Delacroix dans un bloc harmonieusement sculptural; le lion attaque au poitrail le cheval, écrase sa croupe sur le sol; de cette base s'élèvent les détails mobiles de la tête féroce du fauve, de l'Arabe qui regarde effrayé et s'agite pendant que sa monture affolée lance la tète au plus haut de la composition mouvement très personnel a Delaretrouvons dans la Chasse au e legs Chauchard), dans les chevaux d'Apol-
lon plafond du Louvre . Dans le nombre il faut citer en [855 un squelette de cheval et l'année précédente, des écorchés de panthères et de chevaux, affirmations de ce que cette conscience exigeait d'elle pour se posséder mieux en plein rêve. Caractère aussi dominant que celui de son envolée, que cette règle à laquelle il retournait s'assujettir avant de reprendre les toiles nouvelles où il obéirait à son démon familier, inventant des compositions grandioses et tumultueuses : la
Justice de Trajan (1840 où les tètes des chevaux sont si fringantes, si rare aussi le ton isabelle du cheval sellé d'une peau de ti^re : l'Entrée des Croisés àConstantinople 1841 . allégorie desconqui 1 les lourds chevaux des paladins d'< lecident.
insolites dans ce ir, foulent de g»: leurs sabots les H dépouilles de cet Orient que leurs cavaliers semblent ne point CO m p re n d re .
invasion d'une race ignorant celle qu'elle subj u g u e ; q u e 1 1 e beauté \ ariee de l'effet et des tonalités du cheval arabe pai qui bronche,
et dont la croupe fait un si bel accord avec les noirs de la tète de celui qui piaffe derrière; à la Bibliothèque du Palais Bourbon, la marche furieuse du cheval d'Attila 18441, synthétisant la dévastation inlassable et éternelle du vandalisme: les chevaux a l'encolure mouvante des Enlèvements de /
es fauves et les chevaux de la Chasse aux Lions. iSf>q ; ( d'un Abreuvoir, 1857 ; ce terrible cheval de 17/eliodore, les Chevaux se battant dans une Ecurie arabe. 1 à cette jument dans le tableau
d'Ovide clie; les Scythes qui donne ici ce rare
apa isement qu on ne peut peut guère citer que dans le Daniel dans la Fosse aux Lit m s, [84g
et dans le pendant de ['Attila, Orphée vient enseigner aux Grecs les
Arts de Li Paix : toutes ees œuvres se groupant autour de cette grande merveille qu'est le plafond d'Apollon.
Par l'appui du thème de l'animal, le peintre de la lutte entre la vie et la mort donne ici une
œuvre sublime : les dieux y ont une violence terrible, certes équilibrée par celle des bétes et des monstres qu'ils viennent anéantir : roulant les volutes vertes de son corps, le serpent Python dressant le col et sifflant des vapeurs de sang. mêle sa blessure rouge à l'eau glauque; Apollon le crible de traits : ses chevaux au poil clair, s'élancent sans bride dans le ciel neut : ivre de vitesse, l'un d'eux dresse la tête et hennit ; le char vole sur une nuée qu'il écrase au-dessus du marais de fange verte où tombe un tigre ; à l'opposé deux divinités furieuses attaquent un monstre membre comme un fauve colossal ; la lumière lutte contre les ténèbres et leurs progénitures; le nuage mouvant se déchire au passage des dieux déchai-
l.l I DE DE l-IONNE
nés ; de belles déesses nues paraissent suivies d'amours volant sur des ailes charmantes, les couleurs les plus tendres de la palette s'irisent à côté des plus violentes et des plus fortes, les plus malsaines refoulées aux contins de la composition par le soleil qui rayonne. Delacroix a réuni là : dessin en mouvement, formes délicieuses des femmes, brutalité des monstres, animalité active de la lorce musculaire, expression trouble des ombres, pestilence de l'eau, fulguration de la lumière et de la couleur, suprématie du feu purificateur, exprimant les éléments et les êtres non pour leur représentation immédiate, mais pour prendre en eux des termes de comparaison qui lui permissent de faire allusion à son tourment, à ce songe que les mots ne peuvent décrire complètement, que les formes et les tons dans leurs modulations serrent de plus près, mais qui existe plus réellement encore par une effluve rôdant parmi l'effet d'ensemble, comme l'âme du peintre qui n'aurait point quitté la terre pour toujours. Roger Reboussin.
Sargé, 2.1 décembre iqi3.
Ph. E. Druet. Coll. Rouart.
( heval arabe
BOMBARD1 i ;
Le Plafond du Théâtre de Rennes
BMi levard de Port-Royal, quartier des ( iobelins. I a maison est d'apparence bourgeoise, vestibule en simili-m ' s vitrées de verres de couleur par lesquelles on peut voir la vie en jaune. en bleu, en i i i que l'on voit surtout, c'est une petite cour, une courette OÙ verdissent ques arbrisseaux, ce jour-là poudrés de neige. \u Fond, des portes d'atelier. La porte à gauche, t-on du. Elle s'ou\re au coup de sonnette, et un peintre breton appâtait. Julien l.emorJant. I rablement connu par de grandi itions murales exposées en 1007 au Salon d'Automne. Les fameux caractères de la race sont, cette écrits sur la physionomie de l'artiste qui m'ouvre sa porte: douceur patiente, fermeté obstinée. songerie tempérée de malice... mais ce n'est pas pour taire le portrait de Julien Lcmordant que je suis venu ici ce matin. D'ailleurs, il n'est pas seul.
et mon attention est forcément appelée, à peine ) compagnon. < l'est un chien du mont Saint-Bernard, blanc comme un ours blan quelques taches, haut et fort, le crâne rond aussi comme le crâne d'un ours. Il est jeune et il a encore les bous ycu.X de la jeunesse. Tout de suite. lète et sa lourde patte. Mais ce n'est pas non plus pour le portrait du chien que né à tr.ners la neige le boulevard de Port- Royal, bien que peut-être il puisse me servir de guide au retour, si les flocons et les . umulent.
Du vestibule nous passons dans l'atelier. Celle lois, il n'y a plus d'avenue grise et blanche, de . de mont Saint-Bernard, de chien, ni même d'artiste. Il y a la Bretagne au soleil, dans les nuages gris et dores, qui emplit la salle de sa danse et de sa naité.