‹ L'Art et les artistes (volume 4)Chapitre 72 sur 180 · A1 VE DES EAUX · texte numérisé non relu

A1 VE DES EAUX

elle été commandée? On pouvait supposer tout cela judicieusement, mais sans sortir de l'hypothèse et de la conjecture. Aujourd'hui, la question est tranchée, résolue. Le Tiepolo du Musée d'Edimbourg n'est qu'un fragment et son complément, morceau ino imparable de maîtrise et de \ irtuosité. est retn mvé.

Vers la fin de l'année 1912, un marchand parisien qui est a\ ant tout [\n amateur d'art érudit et éclairé. M. Charles Brunner, achetait en Angleterre un tableau provenant de la collection de M. W. \. Baird et qui avait de fortes ressemblances avec le hallebardier de l'esquisse de Stuttgart. Le personnage était identiquement pareil, agrandi dans le même rapport de proportions que les autres figures du Moïse d'Edimbourg. Cependant la toile s'étendait davantage sur la droite et différentes additions avaient été laites au modèle original : le bras gauche, coupé légèrement par le cadre, avait été complète ; le corps du chien avait été entièrement termine et se détachait sur un fond de roseaux. A gauche, quelques herbages et une haute tige de massette avaient été ajoutés.

(les observations ne turent pas relevi d'abord. Dans le Cicérone de Leipzig Janvier 1913), M. Hermann Uhde-Bernays, signala l'œuvre et la présenta comme un portrait d'homme inconnu.

Il la déclara admirable, digne en tous points d'être assimilée aux plus célèbres ouvrages de Tiepolo, mais sans faire de rapprochement avec le Moïse sauvé des eaux.

Un mois plus tard, dans le même journal. M. Fred C. Willis, revenant sur le sujet, y apportait des lumières et. cette lois, taisait d'intéressantes comparaisons entre le tableau mystérieux et ceux des (.alênes de Stuttgart et d'Edimbourg, des comparaisons l'amenaient à celte conclusion que le Tiepolo du .Musée d'Edimbourg avait dû avoir primitivement le même développement de composition que celui de Stuttgart et que le hallebardier provenant de la collection d'un amateur écossais. en avait naguère fait partie \ ' retranché

cette figure, on l'avait complétée de manière à lui donner l'aspect d'un portrait. Pourtant les deux morceaux ne se raccordaient pas. « Pour reconstituer entièrement l'œuvre, écrivait .M. Fred C. Willis. il manque le paysage qui s'étend entre la figure accessoire et legroupe principal. < >ù doit-on rechercher ce troisième fragment qui doit être un peu plus étroit que celui de Paris ? Probablement en Ecosse, car le grand tableau est vraisemblablement arrive dans le Nord avant d'avoir été morcelé? Sack dit que le Moïse d'Edimbourg était encore à Venise, au 1 ivant

1870, mais, d'autre part, la notice du catal de la Galerie Nationale Ecossaise déclare qt tableau sortit le 22 mai 1*41 de la collection de

Thomas Hamlet, Denham Court, et fut donne en à équilibrer la figure. Le même souci d'arrangecadeau, en 1X4S, à M. Robert Clouston. » ment avait fait peindre quelques tiges de roseaux

sur la gauche. M. Fred C.Willis avait donc deviné • • juste.

Ces diverses remarques mirent en éveil la Mais, M. Brunner fit bientôt uneautre découverte

LE HALLEBARDIER (ETAT ANTÉRIElp)

perspicacité de .M. Brunner. Il confia la toile qu'il à laquelle on ne s'attendait guère II acquit la

avait en sa possession à un restaurateur éprouvé conviction que cet ouvrage supplémentaire avait

qui enleva le vernis brunâtre et lourd dont elle été exécuté sur la partie même qui reliait la figure

était recouverte. Ce travail terminé, on s'aperçut accessoire au sujet principal et qui représentait le

sans peine qu'une bande avait été rapportée sur la paysage alpestre, la nappe d'eau et un groupe de

droite et que le coude du personnage ainsi que l'ar- pécheurs traînant leurs filets. On s'était indubi-

rière-train du chien avaient été rajoutés de manière tablement servi ce morceau, et cela pour utiliser

UN TABLEAU DE I IEPi >l i i RETRi d VI

l'étendue assez vaste du ciel qui, elle, n'avait pas été profanée.

Les repeints furent facilement effacés, ce qui prouve que ces transformations ne doivent pas remonter à une date extrêmement lointaine et un rentoileur remit 1rs choses à leur place.

colorés. Quelques notes d'un jaune clair et bien il s'accordent d'autre part avec le bleu du ciel, un bleu fin, argenté et que l'on retrouve attiédi dans les fresques de la villa Valmarana et du palais l.abia. Le paysage, si miraculeusement découvert, est charmant. Les blancs neigeux du

LE 11 VLLEBABDIE I' I i I \ ;

Le complément du Mof.se d'Edimbourg est Baldo sont onctueux, et les roseaux verdâtres, les

maintenant reconstitue, bout 5 est Rien n'\ bruns du terrain de premier plan opposent une

manque. Il ne reste plus qu'a rapprocher ces deux gamme sourde et riche aux notes lumineuses de

:aux pour rendre au tableau de I iepolo la figure et du ciel.

l'aspect qu'il eut lorsqu'il sortit de l'atelier. Nous avons cru de notre devoir de révéler à nos

Le hallebardier du Moïse vaut d'être vu. lecteurs cette résurrection heureuse d'une œuvre

Les tonalités du personnage offrent l'harmonie qui appartient au grand art.

simple de verts et de roux que font valoir des gris ! sard

nuit d'été sur les ions a new-york (eau-forte)

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