L.-G. CARRI
de ig ans. avec lui bon métier de décorateur, épris des bêtes et des plantes, conquis par les Japonais. Reçu premier à son deuxième concours des Beaux- Arts. médaillé en [899, il suivit les leçons de Bonnat et les conseils de Luc-Olivier Merson, mais il ne voulut jamais concourir pour le prix de Hume. Les sujets académiques lui déplaisaient. En revanche, il contribua à assouplir d'autres épreuves, c e C a h c 0 u r s Chenavard par exemple, dont il fut deux lois lauréat (2e prix :
au lieu de choisir, selon la tradition, un thème classique ou religieux, il affirma sa maîtriseetson
I ndépe n dan cedans des scènes modernes et réalistes : Les Côtiers 1903 et le Marche arabe ( 1 90 5) .
Entre temps, il était d e v e n 11 associé de la Nationale et il avait lait s, ,n premier voyage en Algérie.
A cette époque, M se débat encore dan s la recherche et l'inquiétude.
Tourment
une grande curiosité humaine, en quête du détail
révélateur, du geste expressif, il délaisse l'Ecole.
II vit dans le commerce privilégié de quelques grands artistes, comme Besnard, mais il dédaigne le succès facile, la vogue prématurée, il regarde et il travaille. Il n'appartient a aucune coterie, il se mêle à la foule et se donne tout entier a la nature, à la vie. Ses croquis, ses eaux- 1- a tes. ses t
ce sont les scènes de sa propre existence. Il fréquente les cochers, il s'accoude au zinc
MATERNITÏ (FUSAIN El PASTEL)
il peint les gilets striés, les troènes rougeaudes sous les chapeaux blancs. Il s'attarde aux terrasses des cales, cravonne le consommateur devant la table ronde cerclée de métal, il profile le cordonnier assis devani son échoppe, tirant l'alêne. Sans trêve, c'est toute la rue qui passe. : la marchande
de primeurs, le terrassier, le charretier, le sergent de ville et l'ouvrière.
Voici, dans un rest .1 u r a n t d e nuit, devant les glaces embuées, la femme au \ isage plâtré, aux .eux morts sous les sourcils peints : l'artiste la saisit, sur le vit", sans indulgence. .Mais il y a aussi, au parc Monceau, des allées bien \ertes où se joue, sur la chair nacrée des entants, le caprice des ombres et de la lumière. Surtout ce sont les I qui attirent Léon Carré : il passe des heures entières au Jardin des Plantes, devant un aigle ou un héron, attendant. pour I e fixer, le retour du même m ou sèment, du même regard. Pendant ses vacances en Ardenne, il enfourche les lourds chevaux du pays et s'en va peindre, dans la forêt, le retour lierons, les attelages arrêtés le long des routes, au coucher du que rentrent
les vaches, ('.'est un merveilleux animalier, et
de 19
commencent les annuels en
Algérie. Léon Carré rapporte d'Afrique, en 1905, une série de croquis qui lui sont achetés par l'Etat pour le Luxembourg. I. 'amour des voyages l'entraîne vers le Sud; le goût du réel, la soit d'humanité, l'inclinent vers l'étude des milieux
aussi complexe, aussi varié que les races ellesmêmes. La peinture de Léon Carré n'est pas figée dans une splendeur rigide et dorée, dan- une tonalité uniformément éblouissante, elle a ses alternatives de lumière et d'ombre, ses couleurs
et des races. Son exotisme n'a rien de la turquerie ardentes et ses couleurs plates, neutres, toute la traditionnelle, de la camelote levantine : cet artiste
n'est pas un de ces fabricants d'Orient aux formules faciles. Les Venises et les Bosphores noyés dans une brume d'or, à la Félix Ziem, ne l'attirent pas plus que les r 0 m antiques compositions d'Eug. Delacroix ou de Fromentin. Si j'avais à étiqueter sa tendance, je dirais que son orientalisme est un orientalisme e t h n i q u e . 1 1 étudie les races qui se bousculent sur la côte méditerranéenne, il cherche à démêler leurs caractères dominants.
Qu'ils soient arabesouespaçnols.
il est surtout curieux d'hommes.
Sa v i s i 0 n est dépouillée de toute idée préconçue, de toute littérature. Le