‹ L'Art et les artistes (volume 4)Chapitre 95 sur 180 · DAVID CARICATURISTE · texte numérisé non relu

DAVID CARICATURISTE

lis historiographes de David, les mieux docul—i mentes, ignorent que le peintre de N lut en 1793 caricaturiste aux gages du Comité de Salut Public et qu'au moment même, où, dans un beau geste de désintéressement accompagné de grands discours il offrait son tableau de .M a rat à la Convention il émargeait grassement au budget pour des travaux moins artistiques mais assez rémunérateurs pour lui permettre ces officielles libéralités

Ses dessins de eostumes républicains, enti compositions secondaires, lui étaient payés douze cents livres et on lui remettait, le i\ germinal

de l'an II. un bon de cent mille livre

travailler aux objets de décoration destinés aux

Fêtes nationales». Malgré ces avantaj

n de Surintendant des Beaux-Arts à celle de Conventionnel était loin d'être une sinécure... elle était pleine d'embûches et il fallait chaque jour taire preuve de civisme. ce à qi merveille, i

rendant d'inappréciables services d'artistes qu'il sauva en les taisant travailler •:iité.

I fut-il réellement aussi ardci nairc qu'il le parut ? ou ne fut-il qu'un habile

L'AR'

I LIS ARTISTES

diplomate? Certains le prétendirent, qui chantonnaient sur son passage :

.lu ne connais pas bien .m iustc Ce qu'ont lait Marat et Chalier, Mais de Nuis deux je vends les bustes : C'est ce qu'il faut dans mon métier.

Qu'importe, quand j'ai de l'ouvrage, Qui je tiens dans mi m magasin :

Avant de l'aire leur image Je vendus celle de Mandrin.

En tout cas. David, dédaigneux de ces insinualions, ne s'en vengea pas, n'usa jamais de son crédit contre ceux qui l'attaquaient, et le je ne sais quoi d'angoissé et de pénible qui se remarque dans tous ses ouvrages de cette période, démentant cette placide sérénité mercantile, témoigne att contraire qu'il se rendait compte de ses responsabilités et de la gravité de l'heure.

Comment d'ailleurs aurait-il pu être autre et agir différemment ? Il tut toujours lui impulsif au premier chef malgré la correction froide de ses tableaux. Son ardeur passionnée pouvait bien être corrigée par son amour de la rectitude des lignes, mais il était avant tout et surtout influençable par l'atmosphère et l'ambiance. Il était certainement aussi sincère en déclamant pendant la Terreur « qu'un vrai Républicain n'a besoin pour vivre que de 1er et de pain « qu'en écrivant sous l'Empire à Daru « qu'on savait bien qu'il n'était pas facile à contenter et qu'il lui fallait cent mille trancs pour chacun des tableaux qu'il préparait pour le Couronnement».

La Convention avant estimé que le meilleur moyen de taire connaître ses idées au peuple était de les répandre au moyen de « cette sorte d'écriture parlée et colorée qu'est la caricature convenant à merveille aux illettrés», s'adressa naturellement, pour atteindre ce but. à celui de ses membres qu'elle voyait toujours occupé, même pendant les séances les plus orageuses, à croquer le profil d'un collègue, d'un ami, ou a caricaturer un ennemi, en quelques coups de crayon rapides et fugitifs.

Ln conséquence, le [2 septembre 1 7g3 , le Comité de Salut Public, présidé par Carnot, Barrère, Billaut-Varennes, etc.. invita « le Député David à employer les talents et les moyens qui sont en son pouvoir, à multiplier les caricatures qui peuvent réveiller l'esprit public, et faire sentir combien sont atroces et ridicules les ennemis de la Liberté et de la République ». David se mit aussitôt à l'œuvre et quelque temps après il soumit au Comité le plan des deux gravures ci-jointes, accompagné de l'état des frais qu'elles occasionneraient à savoir : «la gravure cinq cent cinquante livres, les trais d'impression douze

livres et le papier quinze livres, soit en tout cinq cent soixante dix-sept livres. La feuille non coloriée reviendra donc à o tr. 3o le cent et coloriée à o Ir. 5o le cent ».

Le dessin remporta les suffrages du Jury et le 29 floréal de l'an II le décret suivant lut rendu sous la signature de Carnot : « Le Comité de Salut Public, stir la présentation qui lui a été taite par le citoyen David, peintre, de deux caricatures de sa composition, l'une représentant une armée de cruches commandée par Georges, mené par le nez par un dindon. L'autre représentant le Gouvernement anglais, sous la tonne d'une figure horrible et chimérique, revêtu de totts ses ornements royaux ; arrête que l'artiste David remettra au Comité cinq mille exemplaires de chacune de ses caricatures; savoir : cinq mille en noir et cinq mille coloriées et qu'il lui sera donné en indemnité un mandat de trois mille livres à prendre sur les cinquante millions dont le Comité peut disposer». 1''

David caricaturiste est aussi novateur que David peintre. Il a supprimé dans ces pochades, la manière gamine, farce, frondeuse. La raillerie rieuse, enfantine et spirituelle décrite par les Goncourt a disparu, pour faire place à une rigidité de lignes, à une froideur de pince-sans-rire, à une maestria et à une complication décomposition tout à lait nouvelles. Le badinage «talon-rouge» s'est effacé devant la plaisanterie un peu scatologique et grasse du vieil esprit gaulois. David est un caricaturiste qui n'a pas « le sourire ». ce n'est pas un humoriste; c'est seulement un artiste qui a mis dans ces deux œuvrettes sa froideur ardente et compassée, sa fermeté de dessin et son souci de l'exécution qui ne laissait rien au hasard. (Test pourquoi malgré leur crudité, ces deux gravures sont infiniment moins outrancières, plus distinguées, supérieures, enfin, à la plupartde celles qui pullulèrent à l'époque.

David aurait cru se diminuer en ajoutant a son dessin une légende, se contentant d'un texte explicatif. Il a trouvé que des ligures et de la composition seules devait ressortir l'idée, celle-ci n'étant jamais selon lui qu'une «intention, un projet mis au service d'une exécution savante et sûre : celle-ci devant rendre celle-là compréhensible et saisissante ».

De multiples raisons permettent d'affirmer, quoiqu'elles ne soient pas signées, que ces planches lurent gravées par Denon. qui fut pendant toutecette période le collaborateur assidu et habituel de David. Il est fort probable même que ce tut en

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