‹ L'Art et les artistes (volume 4)Chapitre 97 sur 180 · DECORS NOIRS ET OR AVEC INCRUSTATIONS DE PIERRES FINES · texte numérisé non relu

DECORS NOIRS ET OR AVEC INCRUSTATIONS DE PIERRES FINES

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CLÉMENT MÈRE

J'ai souvent regretté, pour ma part, que les meubles modernes soient conçus, exécutés avec une sorte d'abondance dans les proportions; ils semblent créés pour des salles d'exposition, afin d'équilibrer les masses de la sculpture et les débordements de la peinture; seules des maisons de campagne, grandes comme des châteaux, seraient capables d'accueillir ces objets dont chacun prétend à lui seul accaparer l'attention et témoigne, pour tout dire, d'un manque de sociabilité. Clément .Mère. lui. n'est pas un paysan du Danube; son art n'est pas encombrant, indiscret; tout ce qu'il tait pourrait tenir dans un cabinet exécuté par lui. et dans lequel on trouverait inépuisablement, comme en un coffret des Mille cl lue Nuits, tout cet arsenal élégant qui est un indice de bonne compagnie.

L'architecture de ses meubles est extrêmement

simple, dénuée de toute complication puérile: Clément Mère n'a pas cherché à mettre la charrue devant les bœufs, ni les pieds d'une table en l'air. Content d'adapter un modèle connu, d'une utilité éprouvée, à la mesure d'un appartement déterminé, il a mis. comme les excellents artisans d'autrefois, toute son ingéniosité dans la matière, dans l'ornement, dans la belle et précieuse exécution. Des formes dérivées de notre style Louis Ml ou du style Adams. élégantes, d'attaches fines. parfaitement françaises, traditionnelles, à condition toutefois que ce mot ne soit pas synonyme d'ennui et de lourdeur; mais regardons-les dans la somptueuse complexité de leur substance. Voici un cabinet à deux corps : haut sur pattes, lin, tel quel il se présente comme un coffre à deux portes, posé sur une table; mais le bois d'amaranthe est recouvert de cuir laqué; des filets de corail aussi

CLEMENT MERE

rouges que les graines du sorbier encadrent les panneaux qui ont la couleur des forêts de hêtre à l'automne; les battants s'ouvrent et tout l'intérieur, les tiroirs minuscules sont d'érable gris; on imagine ce meuble dans une pièce tendue de violine, il contient des accords comme il en existe dansles fleurs de fuchsias, rouges et violettes. Voici un secrétaire : il rappelle les bonheurs-du-jour et pourrait servir à la fragile personne de Pomme d'Anis, vêtuede linon, écrivant là-dessus les tables aimable de son oncle : mais i d 'érable or, ti le té de char me bleu, couvert de cuir laqués bien, avec une plaque de milieu en ivoire, et des applications d'ivoire dans inzes. Voici un bureau: l'ébéne macassar est tendu de cuirs laqués bleu turquoise à fond légèrement noir et rose; et l'artiste se complaît àraffiner si m

dessein avec des applications d'ivoire incruste de

pierres fines, des boutons d'ivoire pour les compartiments, un dessus en I einte et brodée.

enfin un coffre, également en ébène macassar : de grandes fleurs de magnolias décorent le cuir laqué qui recouvre les panneaux; c'est déjà la marque d'un

|ue d'avoir choisi pour la préciosité de cette petite ai

i\. le magnolia qui est précisément une fleur charnue, aux pétales épais, d'une belle substance rosée: et quand les portes s'ouvrent, elles apparaissent plaquées d'un érable gris, sur lequel sellent de petites plaquettes d'ivoire à fond OÙ évoluent des danseuses, d'après les

is de Franz YValdraff.

Devant les médaillons d'ivoire d'après les gouaches le Iran/ Waldrafl. je pense aux médaillons de Wcdgwood qui s'ms-

PANNEAI I' Bl l i

crivent dans les commodes de Riesener en bois de rose. I levant les panneaux tendus de cuir laqué. je pense à ces meubles couverts de laque chinoise, que le x \ 1 1 1 L siècle aimait tant, là ce n'est pas diminuer le talent de Clément Mère que de l'apparenter à ces maîtres et de retrouver dans son œuvre, non pas un pastiche de la leur, mais un respect des mêmes principes, un pareil I re bien etbe;

bserve, à différentes époques, i ;oûi pour les bois étrangers, pour les combinaisons de la marqueterie; ce goûtamène une recherche du brillant et du poli, l'usage des laques de la Chine ; le vernisseur devient 'auxiliaire de l'ébéniste ; et des tapissiers secondent les menuisiers en émit les damas, les étoiles de soie de laine, les tissus les plus riches et les plus simples. I carts et les indiennes à compléter les petits chefsd'œuvre de l'ébénisterie.

( le qu'il v a de particulier à Clément \\ère. c'est qu'il est •i vernisseur i tapissier : c'est l'habileté avec laquelle ce peintre-né ajoute aux inventions d'un ébéniste ellesd'un brodeur. d'un lissier.

d'un ivoirier, d'un relieur. Il dit ouvent : >^ Dessiner un meuble, c'est bien, /'dire sa matière, c'est mieux. « Donner à une matière un certain lustre, des couleurs, des rellets. taire en sorte qu'elle sous les jeux changeants de lalumièn

u'elle réalise dans la monotonied'un appartement où l'on vit chaque jour, d'ui que l'on touche sans cesse, une infinité de suggestions, voilà véritablement qui est taire œuvre d'artiste, non pas seulement à la façon d'un artisan qui polit une ; mmunique à

son travail, le plus humble, u^ peu de :

t ii' i ■

l'Ai'.

BOITES EN IVOIRE OUVRAG1 El ET1 I EN CI II' LAQUE NOIR ET TURQUOISE A FOND D OR

qu'il a dans le cœur, mais aussi à la manière d'un évocateur de formes, d'un poète qui. avec une cadence, une césure, un rythme, une sonorité détachée ou prolongée, vous ouvre des horizons sur la campagne. Celui qui. pastichant les époques

disparues, s'év e r t u e à e n donner l'illusion avec des bribes pourries et décrépites.à fabriquer des éventails avec de vieilles soies, des écrinsavec des morceaux de galuchat fripé, r e s s e m b 1 e à ces causeurs d u S e coud ban pire qui r é p è t e n t 1 a même anecdote et m e d ( i n n eut 1 a nausée d'un t e m p s q u e j'aime ; mais C e 1 u i qui.

admirant les laques, les scies, les cuirs

marqueterie chêne. I ■

laque de cuir pourpre l I rjes anciennes

g] iv ci turquoise uj

à fond d'or. ^ rel uires, essaie

de les recréer à nouveau dans leur esprit sains et robustes, et de faire dire à ces choses bien vivantes un peu de nos rêveries, de nos états d'âme, celui-là ne rabâche pas une chanson et ne tait pas toujours la même révérence de vieux beau fatigué. Clément .Mère s'en va dans un quelconque magasin de nouveautés; comme une petite femme excitée le jour des coupons, il cherche, il fouille dans le tas et finit par trouver au comptoir des doublures pour jaquettes, une soie souple, d'un vert amande, d'un gris, d'un beige, d'un violet qui lui plaisent. Il l'emporte chez lui ; là-dessus il se met à peindre; les Japonais, les Chinois, les quattrocentistes qui ornaient les bannières des confréries, peignaient eux aussi sur de la soie; mais ce qui sort du pinceau de notre homme, ce n'est pas un saint, ni une icône laïque, ni un de ces décors floraux stylisés chers à l'Ecole Nationale des Arts décoratifs et aux ateliers de Nancy ; mais je ne sais quelle fantaisie qui suggère plus qu'elle ne définit. Des surfaces marbrées et veinées nous évoquent ces canaux vénitiens, aux eaux épaisses, grasses et moirées d'huile, où les rellets des maisons mettent des lueurs mourantes; des nervures et des cercles concentriques, que répète et que précise, ici ou là. une spire brodée en soie, vous font apparaître devant les yeux la tranche fraîchement sciée d'un tronc d'arbre. Un instant on croit regarder dans la profondeur changeante d'une opale, puis des forêts de coraux à travers l'azur de l'eau, à marée basse et par un temps calme...; puis le sillage d'une barque sur la mer phosphorescente; lui gris d'étain, de cet étain que Rodenbach appelait le clair de lune de l'argent, une coulée de plomb

CLEMENT MERE

BOITES IVOIRES INCRUSTEES D A KG EN1 I ! LAQUES El I

à ^ôté d'un bleu de nuit, c'est la nuit mystérieuse concombres verts ei I nme des [ oteries,

qui suit dans la fable la danse de NyiT)| liée : telle les aubergines \ ioletteà et mates comme un grès, étoffe OÙ l'on retrouve toute la palette des jaunes. les piments de feu pareils à de la eue rouge, les orange, jaune d'or, jaune vert, c'est l'automne; si une tache de turquoise bleue se montre dans l'intervalle, c'est un lac dans l'écartement des branches chargées de feuilles presque mortes...

, 1e nuance se diversifie, se fond ou s'exaspère à l'infini: elle contient, à elle seule, toute une palette; par le sortilège d'un rouge framboise, d'un fil d'argent, d'un til d'or, d'un violet, cela devient tout à Coup un Coucher de soleil, une voie lactée d'argent, un midi, un crépuscule; il v a là-dedans du necromant, (dément Mère invente à mesure qu'il compose, et l'on dirait qu'il s'exalte à mesure qu'il imagine. Il ces et. 'lies chinées, qui VOUS rappellent successivement des damasquinures, des agates herborisées

on distingue des fibres d'herbe, des agates

• euses ponctuées, sont de véritables tableaux.

dignes d'être encadrés d'un filet d< ux ;

et leur puissance de révélation lait, à mon avis, leur supériorité décorative, car elles peuvent nous révéler sans cesse de nouveaux spectacles, tandis que nos regards, au ci intraire, se lassent des tonnes arrêtées et précises d'un tableau ou d'une sculpture. Il en est de même de ces bibelots que Clément Mère touille dans l'ivoire, dans le bois, qu'il v ermt. qu'il tend de cuirs laqués, qu'il complique d'applications d'argent, de pierres précieuses, les tonnes dessinées par lui. creusées dans la masse de IV

qui donne la beauté inhérente à la matière pleine et non aux pièces rapportées. tout penser à de- fruits; les tomates .1 la peau tendue, avec un point lumineux sur la pause; les

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