PORTRAIT DE CH.ARLES IX
blême sous le voile matronal ». La Nativité provient de la Galerie d'Orléans et fut vendue à Londres en 1851. C'est encore un étrange tableau, et il est presque inutile avec Theotocopuli de le constater ! [Mais vraiment ici dans le coloris encore plus que dans la composition déjà si surprenante, il passe un vent de folie : « Tonalité générale sombre et blafarde comme dans les autres tableaux du maitre. Les notes rouges, vertes, brunes, noires et blanches qui se heurtent et se contrarient, s'orchestrent en une fugue sinistre et sauvage. » Je n'oublierai jamais la danse, gambadant au ciel dans un bruissement d'ailes et de banderoles, de ces étranges anges-albatros, aux mollets et aux bras en pâte de guimauve, suspendus au-dessus de cette crèche entourée de pgrtraits contemporains de Phlippe 1 1 (dont le peintre lui-même), saisis par la lumière rayonnant de l'enfantelet et la subite intrusion adorante d'un ange «aux grandes ailes d'un vert exquisement pâle et rose ». L'artiste devait tenir particulièrement à cette œuvre : il l'a signée en grec en toutes lettres. Reste encore le portrait de Diego Covarruvias, docteur de l'L'niversité de Salamanque, d'une si sereine ps\Thologie et d'une si tranquille assurance : cela a une tenue toute vénitienne. Et quelles extraordinaires mains, comme improvisées jiar Tintoret et où gîte cependant cette étrangeté inquiétante qui fait du cas de Theotocopuli une si fascinante énigme. Peinture où il y a tantôt de la démence calme, tantôt de l'épilepsie ou de la danse de Saint-Guy et toujours une âpre aspiration vers une sorte de volupté de la Souffrance! Et il ne serait pas bien difficile de démêler quelque chose de grec, malgré tout, dans l'âme de cet exalté si bien appariée, semble-t-il, à celles d'un saint Ignace ou d'une sainte Thérèse. En apparence! Car, au fond, il y eut en ces deux saints un côté de raison pratique et de bon sens ordonnateur qui a toujours fait défaut au maigre Imaginatif agité qui, vers 1625, mourait à Tolède, exilé depuis son enfance des rives italiotes dont il mêlait une lueur de réminiscence chato\-ante aux affres religieuses de son ascétique nouvelle patrie. Je me suis beaucoup attardé à ce tabernacle de tableaux bizarres qui jiour moi est le centre, le pivot de cette collection, alors que des œu\-res de santé et de vie sont là qui attendent. [Mais le Imt de cet article est d'attirer l'attention sur les singularités marquantes de cette galerie lointaine plus que d'en énumérer les œuvres analogues à celles qui se rencontre.it un peu partout, ces