‹ L'Art et les artistes (volume 5)Chapitre 11 sur 186 · GRECO — LE MARIAGE DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

GRECO — LE MARIAGE DE LA VIERGE

paysages, ces natures mortes et ces fleurs de Flandres et de Hollande par exemple, même ce bouquet de Jan Breughel qui à lui seul est une fête. D'autres iraient tout droit d'emblée au grand Rembrandt ou au grand Ribera, l'un des plus beaux qui soient. Nous v voici.

11 existe sur ce Combat d'Hercule contre le Centaure, dont l'historique est aussi mouvementé que la composition, un document que nous nous ferions scrupule de ne pas citer : c'est une lettre de Charles Blanc à l'ancien propriétaire du tableau, M. Bamberg :

« Depuis vingt ans environ que je n'avais pas vu ce prodigieux morceau, il était graré dans ma mémoire ; cependant j'en ai été surpris et remué comme le premier jour. Quand on ouvrit au Louvre le musée Espagnol, ce tableau fit un émoi extraordinaire parmi les artistes et les amateurs, et, de fait, jamais le maitre n'avait été aussi fier. Il semble que le style soit incompatible avec une exécution aussi empâtée, aussi matérielle, aussi réaliste ; et pourtant l'Hercule a l'air d'une figure de llichel-Ange. C'est un pur Ribera, aux chairs pantelantes. Avant qu'on eijt fait ouvrir les volets de votre petit pavillon, cette peinture étonnante éclairait l'obscurité de la chambre. Je n'ai jamais rien vu de pareil, et me suis empressé d'en parler au Conseil supérieur d'enseignement que Niewerkerke présidait. 1 ons ces Messieurs ont été charmés de la savoir en France. »

REMBRANDT — ham\x implor.\xt sa grâce

Volé lors de l'exposition de la galerie espagnole du Lou\Te par un voleur pressé, qui coupa la toile le long du cadre pour l'emporter roulée, ce tableau longtemps disparu surgit à nouveau en Angleterre où le baron Taylor l'acheta et c'est de lui qu'il était passé aux mains de M. Bamberg. C'est de l'avis unanime la pièce capitale de la Galerie Royale, et qui n'est égalée en importance que par le grand Rembrandt provenu de la collection de l'Électeur de Cologne, de laquelle il était sorti en 1764.

Sur celui-ci c'est "SI. Bode qu'il faudrait entendre. Il s'agit de VHaman implorant sa grâce, décrit pour la première fois dans le Catalogue raisonné de John Smith (Londres 1834-1842), vol. VU, page 14. Chacun connaît la. Carmencita de Sargent. Eh bien! c'est le même effet violent : une robe jaune, une robe tout en or sur un fond de ténèbres. Et sur cette robe de soie vieil or toute la lumière. C'est Esther assise en haut, à gauche, sur un trône, « coiffée

d'une couronne précieuse, moitié casque moitié diadème, d'une magnificence et d'une bizarrerie étranges. » En arrière, dans l'ombre, Assuérus enturbanné, de son sceptre la protège, la désigne ou peut-être la discute et la marchande. En bas la face humiliée et les mains suppliantes d'Haman s'approchent du pied de la jeune femme couronnée, projetées du rouge grave de vêtements somptueux dans la lumière ambrée qui émane de la robe. C'est l'une des compositions parmi les plus significatives du maître, et à qui n'a aucune idée de Rembrandt c'est par elle que je le souhaiterais au mieux révéler.

La Toilette d' Esther de Gerbrandt van den Eckout (1621-1674) nous conserve dans le même ordre d'idées, de fait et de ra3'onnements ; mais cet élève de Rembrandt assure la transition du grand maître aux petits maîtres, et déjà je me fais scrupule d'avoir abandonné trop vite l'école espagnole dont quelques œuvres rares sollicitent une attention plus soutenue.

Un Antonio del Rincon d'abord, le probable introducteur de la peinture à l'huile en Espagne, le probable disciple en Italie du sauvage Andréa del Castagno et du bariolé Ghirlandajo, puis le peintre attitré des rois catholiques Ferdinand et Isabelle. Son Christ bénissant la Vierge est un tableau tout primitif encore, où se voient « sur un fond vert sombre le Christ et la Vierge inscrits dans un cercle dont la bordure est ornée d'étoiles d'or » ; il provient aussi de la Galerie Espagnole de Louis-Philippe et de la vente londonienne de 1853. Enumérons à grands traits : Une Pietâ de Luis de Morales, pleine de tendresse ; un portrait de grande dame de Sanchez Alonso Coëllo, « debout en velours noir sous une charmille verte jadis, aujourd'hui presque noire, mais où les roses sont restées roses » ; une Vierge aux Anges de Vincente Juan de Juanes, de son vrai nom Vincente Juan Macip, une des gloires de Valence, œuvre d'une composition archaïque pleine de détails charmants : fleurettes, instruments de musique et paysages; une Fuite en Egypte de Juan Fernandez Xavarrete, l'un des initiateurs du naturalisme espagnol ; et omettant de discuter des Murillo et des Velasquez sur lesquels il faudrait attirer l'attention des spécialistes, MM. Justi et de Beruete, je saute à une Flagellation du Christ d' Alonso Cano qui est encore l'une pièces insignes de la Galerie Charles F''.

des

« Les mains liées derrière le dos, un Christ en la plénitude de la beauté virile, attend patiemment que le bourreau, aperçu à droite par une large baie carrée, ait préparc les étrivières. La figure, nue jusqu'à une simple draperie autour des reins, s'enlève sur un fond sombre, inondée de lumière frisante qui en fait valoir la beauté sculpturale et la chaude carnation. La tête inclinée du Christ, voilée par les cheveux noirs qui tombent sur la nuque et les épaules avec le désordre de l'abandon et la tristesse du deuil est d'une beauté saisissante en sa résignation. Impossible de ne pas reconnaître dans la pose noble, dans le modelé merveilleux de ce corps, le peintre statuaire ami des belles formes grecques, qu'était Alonso Cano. »

L'Ecole française s'ouvre dignement au Palais Royal de Bucarest sur un portrait sobre et hautam dans sa simplicité de Charles IX par François Clouet. Des Poussin et des Claude Lorrain la discussion pourrait être intéressante mais ardue : tandis que voici une charmante série de scènes champêtres de Xicolas Lancret, peintes sur cuir gaufré d'or, qui durent orner jadis quelque boudoir. Et voici Greuze deux fois peintre de musiciens, d'un magnifique C/zciirt/îc;- de Gluck dans la force de l'âge, et au pastel d'un Mozart enfant, lorsqu'il fut amené

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