‹ L'Art et les artistes (volume 5)Chapitre 9 sur 186 · CLOUET · texte numérisé non relu

CLOUET

à l'aventure de saint ilartin et du pau\Te diable, une légende d'après laquelle Satan se serait déguisé en mendiant pour tenter le saint ; et celui-ci aurait d'un coup d'épée,

enlevé la moitié de son manteau. Mais il se pourrait encore

et cela nous paraît plus probable — qu'il s'agit du fameux épisode de la vie du Cid où le héros tendit héroïiiuement la main au lépreux. »

Les bizarreries de Greco sont moins déconcertantes qu'on l'a prétendu : il est tout à fait dans les mœurs de la peinture ancienne et dans l'esprit de l'époque de faire contempler les quarante martyrs

pieds nus sur la glace, par des grands d ' Espagne au milieu desquels apparaisse nt « Don Carlos , jeune, en blanc costume de cour, et derrière lu Philippe II plus sombre.» Et j'aime qu'il ait donné à son Christ chargé de la croix, ces « mains maladives et paresseuses , aux doigts effilés, aux ongles aristocratiques » , mains orientales, mains grecques s'il en fut, comme jaunies et polies par le roulement continuel des cigarettes ou du chapelet d'ambre, mains d'autrefois de Marco Basaïti comme mains récentes de Nicolas Gysis, et que je retrouve dans la réplique de ce même tableau en la possession de don Aureliano de Beruete à Madrid. Et quelle étrange composition que cette « symphonie en bleu mineur » du Mariage de la Vierge, qui semble avant tout un mariage de draperies et un parallélisme de têtes et de mosaïques. Et puis voici cette Sainte Famille où « tous les \-eux et les nez sont de travers » ni plus ni moins que chez l'ultra moderne Norvégien Edvard Munch ; et ces Adieux du Christ à sa Mère, une Vierge « au profil élégant et fin.

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