PIED DE CROIX DE SAINT-OMER
Autour de la base hémisphérique — particulière à l'Art du Nord français — on voit les quatre Evangélistes et leurs symboles ciselés par un artiste qu'égale le graveur des émaux champlevés du fût. D'autres curiosités • évoquent l'orfèvrerie de la Renaissance dans les Flandres : des colliers portant l'oiseau qui servait de prix de tir à l'arc, un autre collier de maître d'une corporation d'orfèvres, fait de blocs d'argent brut figurant des intérieurs où se voient les scènes de l'extraction et de la mise en œuvre du métal précieux (collection comte Kerkove). N'oublions pas quelques ivoires gothiques, dont un diptyque: Adoration des Mages et Crucifixion (xiv^ siècle) qui possède encore sa polychromie, et les deux aquamaniles en dinanderie (xvi'^ siècle) : lion et chien (collection Léon Cardon).
Enfin, citons une remarquable suite de tapisseries gothiques, de la Renaissance et modernes. Scènes religieuses ou de la Fable ; verdure avec la suggestive inscription : Mon désir croest de myeulx en myeulx ; tapis où les Ursulines de Douai, eii 1641, brodèrent, parmi des fleurs, des animaux et des oiseaux, une suite de personnages qui sont indifféremment : RECOVRS AV CIEL, P ALLAS DEESSE DE SAPIENCE ou ISIS ROI NE DEGIPTE (sic).
Après les discussions que suscitèrent tels et tels artistes primitifs de la région du Nord, l'Exposition d'art ancien et moderne de Tourcoing, par l'éclectisme des membres de son comité et leurs sympathies réciproques , nous enseigne une fois de plus qu'entre France et Belgique, il n'existe pas de frontières.
AXDRÉ GiRODIE.
TÊTE DE CHRIST Pierre (XVI'î siècle)
Le Mouvement artistique à l'Etranger
ALLEMAGNE DU NORD
WEiMAR, la ville de Goethe, est devenue depuis quelques années un refuge de l'art moderne allemand. Le sol merveilleux de cet incomparable champ de culture s'est laissé labourer encore une fois. Le début de l'invasion moderne à Weimar date du jour où Frédrik Nietzsche quitta, avec sa sœur, la ville voisine Kaumburg, pour la capitale de la Thuringe. M^^ Elisabeth Forster- Nietzsche y acheta, pour soigner le philosophe malade, une villa, tout en dehors de la « Résidence », au haut d'une colline. C'est là que mourut Nietzsche, eu 1900, et la maison fut transformée par sa sœur en un « Musée de Nietzsche », qui compte maintenant au nombre des buts de pèlerinage de Weimar. Peu après l'art suivit la philosophie. Graj Harry Kessler, un des personnages les plus charmants parmi les amateurs modernes allemands, fut appelé à la direction du Musée des Arts et des Arts appliqués, délaissé depuis longtemps^ qui, grâce à lui, reprit un essor brillant. A la même époque plusieurs artistes émiuents s'établirent à Weimar : Henri van de Velde, le maître belge de tous les arts décoratifs, Belge, mais qui se compte tout de même au nombre des Allemands; Hans Olde, l'un de nos meilleurs et de nos plus originaux peintres (il devint directeur de l'Académie) ; Ludwig von Hofmann, l'auteur de ces tendres et lumineux motifs décoratifs et de ces pastels ravissants qui nous montrent dans un monde de rêve et de couleurs en joie, des adolescents et des jeunes filles nues; enfin Adolf Brutt, un de nos sculpteurs les mieux doués. A Weimar même, quelques artistes avaient déjà pris parti pour l'esprit moderne. En tète le baron Ludwig von Gleichen-Russweren, propre petit-fils de Schiller (il fut le fils de la plus jeune fille du poète), qui fut le premier élève de Claude Monet en Allemagne, peintre doué de la vue la plus subtile et la plus cultivée. Il est mort voilà quelques années. Puis Christian Rohlffs, talent bien original, qui, de lui même, en arriva à l'étude des problèmes impressionnistes. Il vit maintenant à Hagen en Westphalie, où un riche collectionneur et amateur a fondé un musée particulier et un centre artistique dans ce pays d'industrie. Ensuite TKeodor Hngen, le peintre sain et loyal des collines et des champs de l'Allemagne du centre, qui aujourd'hui encore professe à Weimar. Ne nous étonnons donc pas que l'Ecole d'Art de l'Etat ait pris un rapide essor. Il y vint de nombreux élèves, et leur foule fut doublée, lorsque les cours furent ouverts aux dames (ce qui n'est, par exemple, pas le cas à Berlin). Le centre fut, après comme avant, la maison de M""" Forster-Nietzsche, où Van de Velde ordonna et installa, avec un goût remarquable, les archives, et pour laquelle Max Klinger fit son buste de Nietzsche, dont l'inauguration en 1903 fut, symboliquement, la fête inaugurale du nouveau-Weimar. Peu après, la ville de Gœthe fut le théâtre d'un grand événement : Les jeunes artistes, libres, aux tendances modernes de toute l'Allemagne (comme fiposte au gouvernement impérial qui, à propos de l'Exposition de Saint-Louis, cherchait à mettre de côté les personnalités
modernes, marchant à l'avant-garde), y fondèrent « l'Association des artistes allemands ». Il est particulièrement intéressant d'apprendre que le jeune grand-duc Wilhelm- Ernst von Sachsen-Weimar accueillit très aimablement les révolutionnaires et offrit à dîner en son château aux présidents de la nouvelle association. Il se rangeait ainsi au côté des jeunes princes allemands qui, comme le grand-duc de Hesse-Darmstadt et dernièrement comme le roi de Saxe, se montrèrent les amis du libre développement de l'art nouveau, tandis que le Kaiser, on le sait, s'est à diverses reprises et sans détour déclaré l'adversaire résolu des modernes.
C'est sa troisième exposition que l'Association des artistes allemands organisait cette année à Weimar (la première eut lieu en 1904 à Munich, la seconde en 1905 à Berlin), et elle y montre, non seulement qu'elle compte parmi ses membres des artistes éminents déjà célèbres, mais aussi de jeunes talents pleins de promesses. C'est là le résultat le plus satisfaisant de cette exposition. Entre autres, Max Beckmann a. un jeune Berlinois presque inconnu jusqu'ici (je le signalais dans la livraison de juin à propos de l'Exposition de la Sécession de Berlin), dévoilé un fort talent dans un grand tableau « Jeunes hommes au bord de la mer ». Signalons aussi Paul Bach, Theodor Elfert, Robert Engels, Eugen Feiks, Karl SchmoU von Eisenwerth, Rudolphe Sieck ; il y en aurait encore beaucoup à ajouter à cette liste. Voilà des espérances.
Des autres, je ne dirai que quelques mots, Un des plus intéressants est Amandus Faure (Stuttgart), qui peint des scènes de théâtre, de café-concert et de cirque, foule avec des voitures vertes, nègres dansant le cake-walk, et partout un fond sombre pour mieux en faire jailhr les formes éclairées fantastiquement. Dora Hitz, l'élève et l'amie d'Eugène Carrière, a peint, dans un portrait excellent, la silhouette élancée et piquante de M'i' Gerhart Hauptmann. Graf Kalckreuth a exposé son propre portrait grandeur naturelle, il est parfaitement réussi. Hans Olde, un portrait encore : celui d'une femme de lettres vivant à Weimar, Adelheid von Schorn. Max Liebermann, une boucherie, datant de 1873, avec un accord délicat entre le jaune des comptoirs et le rouge des viandes sanglantes, et une cour de cordiers, de 1904, d'une couleur admirable. Herniann Schlittgen, connu par ses gracieu.x dessins des « Fliegende Blâtter », un « joueur de guitare », de couleurs lumineuses, et une ravissante académie. E.-R. Weiss (qui vit maintenant comme RohKfs à Hagen), une audacieuse composition, « Ile d'amour »: un jeune couple nu, debout sur une grosse motte de terre environnée de fleurs qui se balance sur la mer bleue, dans un soleil éclatant. Mais tous les autres chefs du mouvement moderne en Allemagne sont aussi à leur rang; les généraux : Stuck, Corinth, Hofmann, Dill, Habermann, Leistikow, Uhde, Trùbner, et la foule des vaillants lieutenants du nord et du midi de l'Allemagne. Un riche assemblage d'reuvres graphiques s'y joint. Parmi les sculptures se trouve une