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nouvelle œuvre de Max Klingcr, une « Galathce v, d'argent, intéressante comme silhouette, mais dont le travail plastique laisse à désirer. L'exposition est installée dans l'ancien musée grand-ducal, dont Van de Velde a disposé et transformé bien habilement les salles. Dans l'escalier est suspendu l'admirable « Retraite de Marignano », grande toile décorative du suisse Ferdinand Hodler, qui nous donne la preuve qu'on peut, avec la technique moderne, traiter de semblables scènes historiques.
L'intérêt porté à l'art moderne est passé de Weimar à sa voisine léna. La Faculté de philosophie de la respectable et antique Université y a, en effet, l'année passée, nommé Auguste Rodin, docteur honoraire, et aussitôt Rodin — échange de cadeaux — a envoyé à léna une tête de Minerva, qui sera exposée dans la nouvelle Université encore en construction.
La nouvelle maison du comte Kessler à Weimar, est un des plus ravissants musées particuliers d'Allemagne. Van de Velde l'a installé avec le goût le plus achevé ; dispersés dans ses salles, nous trouvons en particulier
beaucoup d'reuvres françaises de l'école toute contemporaine, et des autres écoles modernes, entre autres des tableaux de Maurice Denis, de Gauguin, de Signac, de van Gogh, d'Edvard iMunch ; des sculptures de Maillol, de Minne. C'est une ravissante collection, bien personnelle, qui témoigne du goût le plus cultivé et du sens délicat artistique de sou possesseur,
A Berlin, tout est tranquille encore ; la vie artistique de la capitale dort son sommeil d'été. Le tricentenaire de Rembrandt seul apporta un peu de nouveau. On vit partout exposées des radiographies, des reproductions de ses tableaux, et l'Académie des Arts organisa pour le 1 5 juillet une fête, où le radiographe professeur Karl Kiipping, bien connu aussi à Paris, prononça le discours solennel sur Rembrandt.
Une triste nouvelle pour finir : la magnifique collection Hainauer, riche surtout en précieux tableaux et sculptures de la renaissance italienne, a été vendue cinq millions de marks, et passe à l'Angleterre. C'est une grosse perte pour Berlin!
jNIax Osborx.
BELGIQUE
BRUXELLES, .\nvers et Gand ont. on le sait, à tour de rôle, la charge d'organiser le grand Salon officiel des Beaux-Arts patronné par l'Etat.
C'est à Gand que s'est ouvert, cette année, le Salon, Salon très international, la commission organisatrice ayant, c'est une tradition dans la capitale des Flandres, invité de nombreux artistes étrangers dont les envois n'ont pas eu à subir l'épreuve du yary. Celui-ci n'avait à connaître que des œuvres des peintres et sculpteurs belges, et il s'est montré très rigoureux. C'est à sa sévérité que le Salon doit de donner une impression de bonne tenue, que n'offrent, hélas ! pas toujours ces grandes exhibitions.
Je ne vous parlerai pas longuement des envois des artistes français. La plupart d'entre eux ont figuré déjà aux Salons de Paris. Jf. Henri Martin montre, à côté d'un grand paysage décoratif, une étude et un petit triptyque où la couleur ardente se fond dans la facture spontanée, élargie ; M. Caro-Delvaille, sa Manucure et la délicieuse Femme qui passe ; M. Cottet, la Vue de Ségovic, des portraits, des études, très admirés. Il y a des portraits de Jacques Blanche, Aman-Jean, Guirand de Scevola, Ménard, Dauchez. Le Sidaner, Roll, Pointelin, Billotte, Lauth, Lépère, d'Espagnat, Amburtin, Prinet, Milcendeau Maxence, Desvallières, M"'»' Delvoye-Carrière ont des envois importants.
L'ensemble des envois belges marque, de façon de plus en plus évidente, un mouvement dans l'école, mouvement qui se manifeste depuis quelques années déjà et qui ramène nos peintres à l'étude de la figure humaine. Sans doute, l'école belge a toujours eu des peintres de figure, mais depuis une vingtaine d'années le paysage absorbait un peu trop exclusivement les Flamands. Il attire encore, et c'est fort heureux, des talents puissants ; mais, à côté de nos paysagistes, de nos peintres épris surtout de couleur, est née et se développe une pléiade de plus en plus nombreuse de portraitistes, de peintres de grande composition.
Cette année, au Salon de Gand, à côté de deux tableaux
tragiques et somptueux de Laermans, d'une œuvre nouvelle de Léon Frédéric, Dimanche avant la grand' messe — dans un cabaret de village, une réunion de paysans, lourdement placides, pesamment forts dans la lumière éclatante se rapprochant du plein air, — peint avec une extraordinaire précision demeurée large; à côté des Van Rysselberghe que vous connaissez : la Lecture, la Belle Juliette — ce nu si savamment, si voluptueusement modelé — il y a une abondante moisson d'œuvres sérieuses évoquant la figure humaine. Et toutes ces toiles, en apparence très différentes par l'expression, ont un caractère commun. Dans un livre publié, il y a quelques années, et consacré à la Belgique, M. Charles Morice disait du Belge qu'il est un « accomplisseur ». Et cela est vrai : s'il n'a pas toujours l'imagination très ardente, le Belge possède cette qualité de vouloir faire complètement ce qu'il fait, de ne pas se contenter d'entrevoir ou d'étreindre à demi. Il aime le labeur obstiné et le résultat définitif. La puissance de l'école flamande et la vie persistante de ses œuvres n'ont pas de cause plus profonde : elle a toujours donné des réalisations intégrales, elle a toujourstentéd'égalerla création, de fixer, d'harmoniser la beauté dans tous ses éléments à la fois : couleur, forme, matière ; elle a toujours longuement contemplé et longuement étudié ; et les évocations séduisantes mais fragiles lui ont toujours paruinsuffisantes. Cette préoccupation de vaincre la nature en l'égalant, en recréant les harmonies par elle mystérieusement assurées et qui font surgir la pensée de la matière, la grâce de la forme, qui font l'atmosphère fluide autour de la chair vigoureuse, cette préoccupation demeure à la base des conceptions de la plupart des artistes belges. Ceux-là même qui se transportent dans le rêve n'y voient pas des formes chimériques et inconsistantes : ils y retrouvent de l'humanité et ils accomplissent leur tâche qui est de nous donner, de cette humanité, des images résistantes.
\ cet égard, les œuvres de ceux de nos artistes qui cultivent la grande peinture décorative sont très probantes. Il n'exposent pas tous à Gand : Fabry, Ciamberlani,
Montald n'ont rien envoyé. Mais Levêque et Delvilla montrent de grandes compositions très intéressantes- Delville est un lettré très passionné de philosophie et qui veut dire en ses œuvres plastiques, comme en ses œuvres écrites, de la pensée. Sa grande composition, l'Homme- Dieu, qui montre un tumulte d'humanité douloureuse au pied d'un Rédempteur, veut exprimer un monde. Généralement, en peinture, une pensée aussi vaste absorbe l'artiste et lui fait perdre de vue les moyens et le but de l'œuvre d'art plastique. Ce n'est point le cas ici : dans cet amoncellement de figures, il n'en est pas une qui ne soit exécutée complètement, avec science et avec souplesse, qui ne soit construite et dessinée, dont la forme ne soit scrupuleusement étudiée et fixée. La tendance, l'expression sont résolument idéalistes, mais dans l'exécution l'artiste se rappelle que le peintre n'exprime rien que par des évidences vrai semblables, n'exalte que par de la beauté en laquelle l'homme peut se reconnaître.
M. Levéque, lui aussi, est hanté de vastes pensées. Et lui aussi comprend que les idées ne suffisent point à l'œuvre d'art plastique, qu'il faut à celle-ci, pour exprimer quoi que ce soit, des réalisations complètes de beauté visible, de beauté matérielle. Il est épris de santé, de vigueur, de vie voluptueuse. C'est un dessinateur savant et noble qui cherche à vêtir la splendeur de la forme des délicatesses et de la puissance de la couleur, et de faire vibrer la matière dont les formes sont faites. Rien n'est plus curieux, plus édiiîant. que le cas de cet artiste qui poursuit un rêve et qui veut ardemment lui donner des aspects d'humanité vigoureuse, de beauté concrète et intégrale, qui comprend que tout, tout jusqu'à la matière et à la couleur des choses inanimées, concourt à formuler les expressions de la vie.
Cette volonté de vigueur et d'intégralité fait le mérite de la plupart des œuvres belges exposées ici, de celles même d'impressionnistes comme Claus ou d'artistes à la vision délicate et distinguée comme Mlle Ronner ; elle est dans le beau portrait de femme en rose de M. Pinot, dans ceux de Van Helder, de Gouweloos, d'Isidore Verheyden, d'André Cluysenaer, de 'Wagemans, de Laudy, de Van Haelen, de Colbrandt, de Mlle Venvée et de Mlle Brohée ; elle est dans la solide et émouvante figure de M. Van Zevenberghen, la Convalescente, dans celles, si subtilement enveloppées de lumière.^fde M. Mertens, dans celles de M. Oleffe, de couleur.^voluptueusement amère. dans les claires visions de M. Morren, dans la Confession de M. Collin, dans l'Horticulteur de M. Thysebaert, dans les paysans aux gestes véhéments de :M. Melsen, dans le majestueux Silence de M. Firmin Baes, dans le Philosophe de M. Opsomer, dans le portrait de M. Van de Woestyne, dans le Fumeur de M. VeenmuUer, dans le Camelot de M. Gogo, autour duquel pleure la couleur triste des vieux murs, dans l'Èmigrant de M. Hageman ; elle est malheureusement seule dans le portrait sèchement irréprochable de M. de Lalaing.
Dans la saisissante, l'oppressante Dame en détresse et dans la nature morte d'Ensor, peintes avec tant de fougue, chaque chose contribue également à l'expression de l'en-
semble ; les vigoureux paysages de Gilsoul, leus délicates vues de ville de Taelemans savamment étudiées, les fortes et éclatantes natures mortes de Verhaeren, les magistrales évocations du recueillement des temples de Delaunois, le Victix Chroal de Bernier où le paysage dit tant de mélancolie, les chatoj-antes et fluides et lumineuses marines de Frans Hens, celles de Marcette, celles de Baeseler, celles de Mme Lacroix, les paysages de Mathieu, de M. et de Mme Wj-tsman, de Buysse, l'épique Port d'Anvers de Maurice Blieck, les intérieurs fouillés, de Jansens, ceux de Moors, de Thévenet, tout cela dit, en des personnalités très diverses, usant de procédés très variés, le même souci de ne point se contenter d'entrevoir et de rêver.
Il faut citer encore, parmi les Belges, les paysagistes Jefferys, Roidot, François, Viérin, François Verheyden, Thonet, Gevers, Simonin, De Biemme, de Glumm.Wiethase, Merckaert, Meeuwis. de Sadeleer, Bytebier, Bosiers, Leduc, Houben, Huys ; il faut citer M. Lantoine, M. Middeleer, M. Haustrate, M. Welvaert, M. De Porre, M. L. de Smet, M. Abatucci, M. Mahaux, M. Vaes, avec un intérieur délicieu.x. Mlle de Hem, Mme Wartel.
Il faudrait en citer beaucoup d'autres.
Mais il est temps de signaler l'importante participation de l'école anglaise à ce Salon où elle occupe une large place. Il y a bien quelques Allemands, mais leurs envois sont généralement un peu déroutants, constituent des tentatives étranges d'art hardi mais où manque l'essentielle, l'indispensable harmonie. C'est l'école anglaise qui, avec l'école française et l'école belge, fournit tout ce que le Salon offre d'intérêt.
Il est vrai que l'œuvre capitale venue d'Angleterre et résumant le plus complètement les qualités de distinction de l'école, est d'un Allemand, un Allemand travaillant à Londres depuis longtemps et tout à fait adapté au milieu, mais'un Allemand tout de même : je veux parler de M. Sauter qui expose un admirable portrait intitulé la Belle Dame et où la mise en page, l'attitude, l'audacieuse harmonie des roses éteints du vêtement sur le fond rouge de la chambre où dans le foyer, meurent des tisons, la savoureuse, onctueuse et délicate facture qui donne à la matière toutes ses variétés de valeur, contribuent à dresser une œuvre magistrale, à affirmer un talent personnel dépensé encore dans une petite toile, intitulée Finale, et où, sous le m^-stère du soir, en un coin de ville, errent les feux fantastiques de certains \Miistler.
S'il y a des portraits et des paysages anglais un peu trop sommaires, trop superficiellement séduisants, il y a, par contre, le beau portrait de femme en rose de Lavery, la curieuse, fraîche et puissante Idylle printanière, de Hornel, d'une facture hachée, fragmentée, si précise et si large, d'une couleur si aristocratique ; l'impérieux portrait d'homme d'Austen Brown ; le tableau de Brang\vyn, peint avec frénésie et si étrange de lumière ; le Baby aux blancs si fins de Mlle Mac Nicoll ; les paysages de style élevé, d'exécution serrée, de Grosvenor, de Walton, de ^\'ithe^s, de Mme Dods-Withers, de Priestman, tous d'un art recueilli, concentré.
Gustave Vaxztpe.