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HOLLANDE

A Amsterdam le Comité de la Société «OostenWest », a eu la bonne idée d'organiser une exposition très complète et très soignée des produits de l'art appliqué des Indes Orientales Hollandaises.

Ces merveilleuses Iles de la Sonde contiennent une nom breuse population paisible et distinguée en tous points, qui met de l'art au.x moindres objets, comme le firent les Grecs, les Japonais, etc.

Si cet art se rattache à l'art hindou et musulman, il n'en a pas moins un caractère local prononcé, et ses produits sont généralement pleins de charme, d'oriqinalité et d'imprévu.

La belle Revue Elsevier' s vient, le i^r septembre, de consacrer un article soigné à la fabrication des « koffo's », ces étoffes ou nattes très souples et légères aux couleurs doucement harmonieuses, tissées principalement dans les Iles Sangir (Moluques), avec des fibres d'une espèce de bananier. Elles servent de rideaux, de portières, de pagnes.

L'Exposition en montre un beau choix.

Puis viennent les vêtements très simples : le « saroung », pièce d'étoffe tissée, comme toujours, à la main; à Sumatra, eusoie,argent et or; à Java, exclusivement teintes (« batik») au moyen de « converses » de cire, épargnant le dessin compliqué et traditionnel, destiné à être plongé dans une cuve de teinture végétale. Ce travail considérable doit être répété chaque fois à nouveau, entièrement, comme dans la gravure en couleurs, pour chaque application d'une nouvelle nuance. Le résultat de ces manipulations est délicieux : ce sont des arabesques fantaisistes en des tons puissants ou rompus, mais toujours essentiellement harmoniques.

Les armes, « klewang », « rentjong », ou « kriss », aux lames merveilleusement damasquinées, matées de façon à imiter le moirage des damas, incrustées parfois d'or, ont une valeur spéciale pour les indigènes, comme les lames des sabres en ont une au Japon. Les poignées, les fourreaux, souvent en or, sont ciselés, repoussés, ornés de pierreries, avec un art parfait, qui suggère parfois celui de la Renaissance italiennne.

Et les cuivres, gravés, fouillés, comme les bois, durs, résistants ; les bijoux, en or rougeoyant, en argent, bruni ou mat, ou bien en alliages divers, acquièrent une valeur considérable par le travail exquis qui ennoblit le métal qu'il transforme.

L'ensemble de cette Exposition est de premier ordre, et du plus haut intérêt. Elle aura largement contribué à faire apprécier cet art des Indes, connu seulement depuis quelques années en Hollande, découvert récemment en Allemagne, pressenti en France, où une collection bien arrangée et choisie obtiendrait un succès considérable. Le Musée des Arts Décoratifs ne se prêterait-il pas à une tentative de ce genre?.,.

La Société Hollandaise d'Aquarellistes vient d'ouvrir sa trente-et-uniême exposition.

Ce corps d'élite, fondé par un petit groupe d'artistes, assez homogène, parmi lesquels les maîtres de l'époque, Josef Israels Bosboom, Jacob et Willem Maris G. Bisschop, Mauve, et Blommers, dont plusieurs sont déjà morts, se recrute exclusivement par invitation. Chaque année, ou à peu près, les fondateurs nomment parmi quelques artistes hollandais, quand il s'en .présente qui tombent dans les termes voulus, de nouveau.x membres, qui ont d'emblée tous les droits des anciens.

Des peintres non hollandais peuvent être membres honoraires, et Tadema, Herkomer, Harpignies, Lhermitte, Emile Wauters, Liebermann, etc., en sont.

Pendant longtemps on a crié aux fondateurs : « Place aux jeunes ! » non sans résultat. Aussi, dans les dernières années, la plupart des « jeunes » artistes de Hollande exposent ici, tels Bauer, Witsen, Breitner Veth, Haverman, Verster, Isaac Israëls, etc., tous « jeunes » comptant quarante ans, bien sonnés !

Chaque été, vers la fin d'août, l'e.xposition annuelle de

cette Société offre un intérêt particulier, en Hollande.Dans ce pays, il n'existe pas de « Salons » officiels. Seules Amsterdam, Rotterdam et Arnhem ont des Expositions internationales triennales, celles-ci ayant été supprimées depuis longtemps à La Haye.

Il est donc tout naturel que, dans cette ville ovi les cercles seuls et quelques marchands exposent, ce groupe puissant et représentatif de l'art national, attire considérablement l'attention. Aussi ce salonnet est-il l'événement artistique de l'année.

On ne sait pas assez que la plupart des peintres hollandais sont en même temps des aquarellistes de premier ordre, travaillant, poussant l'aquarelle, comme une peinture à l'huile, en tâchant toutefois d'en éviter les lourdeurs, et de faire des lavis particulièrement élaborés, tout en conservant le charme léger et fluide de la peinture à l'eau, sans en avoir l'aspect superficiel.

Le doyen de la Société, Josef Iraëls, le vaillant et toujours jeune octogénaire, expose trois œuvres qui ont bien des qualités individuelles de sentiment pénétrant, d'harmonie et de coloris simple, mais lumineux. Mesdag, avec ses marines, Mme Mesdag, avec des fleurs, et surtout avec une nature-morte puissante et riche de tons, se montrent pleins de zèle, comme d'habitude. De Willem Maris, une aquarelle, de Blommers une autre, dépassent les dix mille francs, ce qui est beaucoup pour une petite feuille de Whatman, d'artistes en pleine force de production.

Alphabétiquement je nomme Akkeringa, un nom à retenir, d'un habile et délicat peintre, à l'huile comme à l'eau; Arntzenius, Lecomte, les Roelofs, des aquarellistes pleins de fougue, de brio et de charme.

Tout un panneau est pris par un mort, de Josselin de Joug, enlevé dans la force de l'âge. Ce portraitiste de réputation en Hollande se délassait en allant chercher des sujets bien différents dans des usines, traitées magistralement, ainsi que ses chevaux à l'abreuvoir.

Bauer, l'aquafortiste, traite d'une façon un peu monochrome l'Inde Anglaise et l'Alhambra, mais toujours avec une rare entente de mise en scène.

Parmi les paysagistes, notons : Bastert, E. Bosch, Duchattel, Mastenbrock, Steelink, et, en premier lieu, Witsen, avec ses vues du vieil Amsterdam, qui disparaît.

Briet expose un Intérieur de ferme, remarquablement travaillé et harmonieux, évoquant les maîtres anciens ; van Essen, des animaux, lions, oiseaux et chiens, très habilement exécutés ; Haverman, des « maternités » ; Henkes, des tVT^es de petite ville ; Isaac Israëls, des types parisiens, pleins de vie, d'une fraîcheur d'expression très grande. W. Maris, le fils de Jacob Maris, des femmes de pêcheurs hollandais, de même que W. Shùter ; Thérèse Schwartze, des portraits au pastel, d'une habileté consommée, et, pour finir, placé au milieu des Italiens Biseo Cipriani et Joris, Zilcken montre toute une série de façades vénitiennes, se mirant dans l'eau glauque.

Une Exposition très belle, de la maison van Wisselingh et Cie, de Londres et Amsterdam, s'est close peu de jours avant celle des aquarellistes, dans le même local. Il y avait ici, à côté de tableaux, etc., des meilleurs artistes hollandais, des œuvres excellentes de Daumier, Barye, Corot, Daubigny, Monticelli, Millet et Fantin-Latour.

De Fantin, dix-huit numéros. A côté de fleurs exquises, un portrait de Mme X.., d'une distinction subtile, œuvre de premier ordre, aussi digne d'un musée que les portraits de M. et Mme Edwards, de la Galerie Nationale à Londres.

Zilcken.

ITALIE

LE coup farouche porté à l'Exposition de Milan par l'orgueil impitoyable du feu. et la décision rapidement prise par les organisateurs milanais de bâtir à nouveau les pavillons détruits, montrent que l'activité industrielle italienne s'acharne à la tâche et qu'elle a une très grande confiance en elle-même.

Ceux qui visitent l'Italie de nos jours, rapportent tous cette impression, qui est devenue déjà banale, d'un grand réveil industriel de l'Italie. Ce réveil est indéniable. La péninsule est remuée par une puissante volonté de s'enrichir. Elle multiplie ses industries, les perfectionne, les rend de plus en plus dignes de figurer dans les marchés où les grandes nations envoient les témoignages de leur force, de leur activité sans répit. Dans l'Italie du nord, surtout, le « réveil italien » est considérable et toutes les industries modernes y trouvent leurs représentants et leurs adeptes feri-ents. Seulement il est bon de ne pas trop généraliser et de ne pas étendre les bienfaits de l'initiative purement industrielle à tous les domaines des réalisations contemporaines. Il ne faut pas croire que l'Italie ait aujourd'hui une littérature puissante, une philosophie puissante, un art puissant. Il ne faut point confondre l'art et l'industrie. Et si celle-ci, en assurant le bien-être d'une nation, facilite tous les moyens de réalisation, laboure le terrain où d'une semence idéale les nouveaux génies d'une race doivent germer, il ne faut pas oublier que des nations tout à fait florissantes au point de vue purement matériel, peuvent aussi garder longtemps, très longtemps, un rôle tout à fait secondaire dans le grand concert intellectuel d'une civilisation. L'Exposition de Milan aura témoigné sans doute d'une nouvelle vigueur de l'heureux pays, qui. fécondé par tous les vents, par tout l'esprit des races, de l'Orient et de l'Occident, donna la Renaissance. Quant à son exposition d'art en particulier, il faut se borner à reconnaître que l'Italie fait aujourd'hui de très belles promesses. Elle en réalisera quelques-unes dans un avenir prochain, peut-être.

En attendant, constatons sans peine que le spectacle de sa force sûre, donné dans le malheur qui l'a frappé en une partie de sa manifestation milanaise, est assez intéressante et significative.

L'incendie détruisit les deux pavillons, l'italien et le hongrois, de l'Art décoratif. Le pavillon italien fut entièrement détruit. Le [dommage, calculé en millions, a été considérable ; calculé en intérêt artistique, il demeure assez sérieux. Car dans une exposition moderne d'Art décoratif, fût-elle de la moindre importance au point de vue de l'innovation, il y a toujours une contribution, si minime soit-elle, au développement de notre sens esthétique, dans le sens exact de notre an.xieuse recherche d'un style. Si on comprend la double et absurde expression d'Art décoratif (car tout art plastique est décoration) dans son sens contemporain et ordinaire, on s'aperçoit que la vie d'un peuple est présentée dans un admirable raccourci par un art qui ne résume pas moins que la volonté d'être en beauté de toute une collectivité. Ce qu'on appelle assez sottement le « grand Art » indique le suprême degré d'élévation spirituelle de la collectivité ; tandis que « l'Art décoratif » indique la patience quotidienne dans la recherche des embellissements de tout ce qui nous entoure, nous sert, est devant nos yeux, dans toute la diversité de notre existence journalière. L'Art décoratif, l'Art appliqué, l'Art industriel, doit charmer tous les instants de notre vie, il doit créer en beauté nos céramiques, nos meubles, nos tapisseries, nos bijoux, et tous les objets que nos mains touchent.

Bien que le génie de Rodin lui-même s'applique avec un amour infini à la création de vases admirables, où le très

grand artiste exerce à la fois sa vertu de sculpteur et le sens profond de sa géométrie esthétique, il est évident que l'Art décoratif, par son application minutieuse, où souvent le métier a plus d'importance que la vision, canalise surtout la multitude de volontés esthétiques que l'Art. » le grand Art ». exclut de sesreprésentations synthétiques. En outre, l'application même de l'Art décoratif à tout ce dont nous devons nous servir, révèle en quelque sorte la manière d'être d'une collectivité, sa façon de se satisfaire, sa vision du bien-être esthétique, tandis que l'Art en général révèle la mesure de son enthousiasme. Loin d'être un « art inférieur », l'Art décoratif est au contraire éminemment représentatif dans le sens émersonien du mot.

La destruction des deux pavillons de l'Exposition de Milan est donc à tout point de vue regrettable. L'Italie a poussé un grand cri de douleur, car elle avait accompli là xm effort des plus sérieux dont les résultats, s'ils n'étaient pas entièrement satisfaisants, étaient au moins très nobles. La Hongrie s'était révélée avec une force particulière, une personnalité si bien précisée devant toutes les races conviées au grand Marché, que les fins amateurs d'art ne pardonneront pas de sitôt au feu d'avoir assouvi sa rage sur tant de beauté. Mais les deux races ne restent pas sous l'affaissement de ce coup du sort. Les deux nations doivent jeter de nouveau dans le grand creuset où l'esthétique du monde cherche ses formules, le meilleur de leurs activités multiples.

Mémento des hommes, deschoseset des publicatioss d'Art. — Le frère du comte Sacconi, l'architecte chargé de l'exécution du monument de Victor-Emmanuel II, à Rome, fait un procès au gouvernement italien, au sujet des travaux qui ont été poursuivis après la mort de son frère.

On fait beaucoup de bruit en Italie autour de ce monument, et ce n'est pas vraiment le moment de discuter une œuvre d'art inachevée, que des Italiens ne redoutent pas d'appeler « merveilleuse », tandis que de trop nombreuses polémiques se poursuivent pour la continuation des travaux. Les Italiens considèrent ce monument comme le grand oeuvre de leur unité politique. Tous les bruits qu'on y fait autour ont donc un caractère qui intéresse leur sentiment national et esthétique. C'est pourquoi des partis se sont formés pour et contre le choix des artistes qui doivent continuer l'œuvre de M. Sacconi, et c'est pourquoi rinitiati\-e prise par le frère de l'architecte est extrêmement curieuse.

Celui-ci demande que toutes les œu\Tes architecturales accomplies après la mort de son frère, soient démolies. Ces œuvres, dit-il, ne répondent pas aux dessins et aux modèles laissés par l'artiste, et constituent par cela même une véritable profanation.

La presse semble généralement appuyer les arguments de M. Sacconi, en déclarant que les artistes dernièrement appelés n'ont pas le droit d'apporter des changements à l'e.xécution de rœu\'Te,mais,au contraire, ils doivent suivre les indications fournies par les dessins laissés par l'architecte qui a conçu le monument.

On se révolte aussi contre la décision du gouvernement, qui, au lieu d'interroger le public, par une sorte de référendum sur quelques points essentiels de l'exécution, a nommé une commission royale, composée officiellement, qui serait la maîtresse absolue de la situation. Quelques artistes demandent qu'un chef soit nommé, semblable à Phidias char,gé du Parthénon, ou à Rodin chargé (certes dans un avenir non lointain) de la Tour du Travail, capable de s'en

tourer de toute une foule d'artistes de son choix, qui l'aideraient à la réalisation de l'œuvre monumentale.

La grande difficulté pour l'artiste appelé à diriger le monument à Victor-Emmanuel serait, naturellement, dans l'exécution d'une œuvre conçue par un autre. Quel grand artiste, vraiment grand et conscient de sa propre valeur, voudra oublier sa personnalité créatrice et critique jusqu'à accepter la vision d'un autre pour la réaliser comme si elle lui appartenait entièrement, en supprimant ainsi toute sa faculté de jugement ?

■ — Il est intéressant de signaler les e.xtraordinaires raisons présentées par un amateur italien au sujet d'un monument à Segantini. M. G.-B. Klein prend argument de l'inauguration^du tunnel du Simplon, pour lancer sa proposition. « Le Simplon, dit-il, rend plus étroits les rapports commerciau.x entre l'Italie et la Suisse. Mais l'Art doit aussi servir à augmenter les relations internationales entre les deux pays.

Puisque Giovanni Segantini était d'origine italienne et aimait à s'appeler suisse par moitié, il peut exercer une action de fraternité entre les deu.x peuples voisins. » Par conséquent, M. G.-B.

Klein demande à la presse italienne et à la presse suisse qu'une souscription soit ouverte dans les deu.x nations, afin d'élever

un monument à Segantini sur la montagne de l'Engadine oià il a composé son célèbre triptyque. Dans sa lettre adressée au Journal de Genève, M. G.-B. Klein fait bien valoir qu'avec son art Segantini ci a fait une réclame éternelle à la Suisse », et que k Giovanni Segantini doit sa gloire à la beauté des paysages de l'Engadiue et de l'Oberhalbstein »...

— Le ministre de l'Instruction publique a acheté à l'Exposition de Milan différentes œ-uvres qu'il destine à la Galerie nationale d'Art moderne de Rome. Parmi les œuvres de peinture, nous remarquons une ii

M. L. Cavalieri, où l'artiste montre encore une fois sa valeur évocatrice et son élégante compréhension plastique des grands spectacles de la nature, et particulièrement de la mer. Le ministre a acquis en outre des toiles de MM. Pennaplico, Volpe, Pelizza, des aquarelles de M. Carlanda, et des sculptures de MM. G. Cellmi, Fontana.Falciati, Bassano Danielli.

A Milan, on a ouvert un concours ( Prix i.ooo francs) pour une fresque représentant un portrait d'un des artistes suivants : Giotto, Signorelli, Botticelli, Perugino, Giorgione Daniele Crespi, Canova. La fresque doit servir à décorer les portiques de Musée de Brera.

— Le Comité de l'Exposition d'Art ancien de l'Ombrie, à Pérouse, a ouvert un concours pour une affiche. L'affiche

doit porter les armes de Pérouse, de Foligno, Terni, Spolète, Rieti et Orniète, villes principales de rOmbrie, avec une composition allégorique.

— Dans l'Ecole de Saint - Jean - l'Evangéliste, à Venise, a eu lieu l'inauguration d'une E.xposition de matériaux de construction et de décoration, et de dessins de construction.

— Dans les environs de Cividale, près de Venise, on a découvert quatre tombeau.x romains d'une grande valeur. Dans l'un des tombeau.x on a trouvé une lanterne

très simple, sans aucun ornement, déposée aux pieds du mort.

— A Castenaso, près de Bologne, on a découvert aussi des tombeaux romains, qui contenaient les squelettes d'un homme, d'une femme et d'un enfant. Dans le tombeau de la femme, on a trouvé une petite bouteille sphérique étrangement décorée par des cercles gravés, les restes d'un bijou à petites boules de pâte de verre, et une bague en argent.

— La Galerie Nationale de Rome vient d'accepter quelques œuvres du peintrenapolitainGioachinoToma, données par le fils de l'artiste défunt.

RiCCIOTTO C.*S CDD.

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