‹ L'Art et les artistes (volume 5)Chapitre 106 sur 186 · L. CAVALIERI — soleil couchant · texte numérisé non relu

L. CAVALIERI — soleil couchant

SUISSE

T A dix-neuvième e.xposition municipale des Beau.x-Arts

^^ s'est ouverte à Genève le 25 août.

C'est, après les Salons de printemps et d'automne, le premier essai que l'on tente d'une exposition d'été et je ne puis encore vous en dire le succès. Je doute qu'il soit très brillant car les étrangers, dont ou escompte la présence, viennent chercher chez nous, moins des tableaux et des bustes, que des lacs, du grand air, et de la montagne. Peu importe d'ailleurs le succès financier de l'exposition, car l'intérêt artistique en est assez vif. Je crois pouvoir résumer assez exactement les caractères généraux de cette exposition en disant qu'elle marque un retour assez sensible à la figure et à la composition au détriment du u morceau de

nature » dont l'e.xclusivisme a fini par las.ser tout le monde ; rme rupture assez prononcée avec les analvses outrancières de l'impressionisme d'une part et, d'autre part, dans le paysage même, avec la manière rude, roide et dure de l'école bernoise en vogue jusqu'à ce jour, pour revenir à la belle et large traditiondesmaitrespaysagistesfrançais. Ce ne sont là encore que des symptômes, mais des symptômes réjouissants.

Il semble bien, en effet, que nos meilleurs artistes secouent enfin la règle de fer que faisait peser sur eux l'inconsciente domination d'une personnalité artistique puissante et forte, mais étroite et exclusive, celle du maître bernois, JI. F. Hodler.

Ce n'étaient plus dans leurs œuvres, que vigueur, roideur, morceaux de nature, musculature germanique et rj'thme impérieux. Les voici, aujourd'hui, qui reviennent tout doucement à leur vraie nature, à plus d'élégance, de distinction et de finesse, à moins de force et à plus de grâce, à moins d'anguleux contours et à plus d'enveloppe moelleuse. Notre public, qui n'a jamais beaucoup goûté les symbolismes compliqués et revêches ni les roides simplifications de l'art germanique, voit avec enchantement le retour de ses peintres à un art plus brillant, plus joyeux et plus souple.

Il fait fête aujourd'hui à des oeuvres de rêve, de grâce et de fantaisie envolée comme V Offrande à V Amour au très délicat artiste Otto Vautier et à des oeuvres de sûreté technique, d'harmonie élégante et de virtuosité coloriste comme les Jeux de la Bise de M. J.-P. Simouet. Si la chose ne dépendait que du public, ces deux toiles exquises passeraient directement de la salle d'exposition au musée Bath qui est notre Luxembourg et notre Louvre tout à la fois. On a aussi beaucoup goûté et admiré une grande toile militaire les Gloires de l'Escadron, où l'excellent illustrateur Louis Dunki a mis toute sa fougue d'invention, toute sa science consommée du cheval et, du même coup, des ressources de coloriste impressionnant et brillant qu'on ne lui connaissait pas à ce degré. L'oeuvre est forte et belle et mérite le succès qui l'accueille.

On remarque aussi, mais avec moins de sjanpathie bienveillante, une grande toile symbolique que M. F. Hodler a intitulée V Impression et qu'il a jugé nécessaire d'expliquer par cette parenthèse peu lumineuse : « Forme et sentiment semblables. Quatre femmes brunes, voilant leur peau bistrée et leurs muscles d'acier avec de vagues pagnes d'un bleu dur, s'avancent eurythmiques sur une prairie semée de grosses fleurs rouges. » Et voilà. Comprenne qui pourra le symbole ; M. F. Hodler garde là son dessin puissant cerné d'un trait dur, son sens du rythme, sa simplification hardie, et c'est beaucoup. Lescritiquesd'Outre-Rhindécouvriront, sans aucun doute, le sens caché et l'intention secrète de ce rude manieur de symboles.

Parmi les compositions intéressantes de ce Salon, je signa-

lerai encore les Dryades et Narcisse de M. H. Coutau, page sobre et élégante, et V Appelait Printemps de M. S. Pahnke, d'un dessin très pur et d'une allure agréablement classique. Les nus audacieux de M. A. Hugonnet (Sommeil et la Chemise enlevée) ont donné au Salon une note vive, hardie et neuve qui a beaucoup plu.

Le portrait, après avoir été presque complètement délaissé pendant de longues années, renaît vigoureusement à la vie. Parmi les portraits excellents, qui ne sont pas les plus nombreux, il faut citer en première ligne celui du poète-chroniqueur Jules Cougnard par M. Charles Giron ; celui du philosophe Ernest Naville, en robe de chambre de poil de chameau, par Henry van Muyden ; et le brillant portrait de Jeune Femme que M. Armand Cacheuxa revêtu de tant de grâce et d'intelligence par sa souple et spirituelle facture.

Le département du paysage, le plus abondant dans toute exposition suisse, montre en bonne valeur les talents très personnels et très justement appréciés de MM. Alfred Rehfous, H. Davoisin [la Mare), A. Perrier, A. Hermenjat, A. Franzoni et A. Silvestre. II nous révèle en M. Georges Guibentif {les Falaises du Rh6ne)un paysagiste heureusement doué, d'une belle vision large et calme, d'un sens décoratif très sûr, qui ne nuit pas au sentiment intime de l'artiste. Des noms nouveaux paraissent, sur lesquels il y aura lieu de revenir un jour, ceux de MM. J. Hellé, L. Clermont, G. Kohler.

La sculpture, sans être encore bien riche, est moins pauvrement représentée qu'à son ordinaire. On y admire quelques beaux morceaux de vigueur et une intéressante maquette (l'Initiateur) de Niederhaeusern (Rodo). M. James Vibert expose une étude curieuse plutôt que belle, et presque caricaturale à force de fidélité, d'après un des peintres dont j'ai cité le nom. Parmi les sculpteurs suisses-allemands, il faut mentionner MM. Paul Amlehn (Près de la fontaine), Aug. Heer (le Bossu) et G. Siber (Tête de jetcne Fille).

Rien de transcendant aux Arts décoratifs, et rien que d'insignifiant à la rubrique : Architecture.

Gaspard Vai.i.ettk.

ORIENT

IJ» GTPTE. — Oxyrrhynchuz. — Rien n'est nouveau sous le *^ soleil. Le dicton populaire vient de recevoir une nouvelle confirmation par l'étonnante découverte faite dans la ville d' Oxyrrhynchuz, célèbre au iv^ siècle de notre ère par la conversion en bloc au Christianisme de ses 40 000 habitants qui, presque tous, embrassèrent l'état monastique.

Dans le petit village de Bernézé qui se trouve sur l'emplacement de la ville où tous les édifices publics et les temples consacrés aux idoles se transformèrent, il y a seize cents ans, en couvents et en monastères pour héberger moines et religieuses, ou a mis la main sur une tablette datant de l'époque où les Lagides régnaient en Egypte.

C'est la note d'un des facteurs ruraux de l'époque qui avaient charge de desservir les villes et les villages de l'Eg^-pte-Moyenne. Les dépôts consignés, d'une part, les lettres distribuées, d'autre part, sont méticuleusement relatés sur ce document très curieux et d'un haut intérêt archéologique. Nous y apprenons, en effet, que le facteur avait reçu un rouleau de papyrus et une lettre à l'adresse du roi. un deuxième rouleau de papyrus à l'adresse d'Antiochus le Cretois, deux lettres pour Apollonius le Diaecéte et divers plis et missives pour des personnages de moindre importance.

La tablette désigne en même temps le jour et l'heure de

la remise de ces lettres, de ces rouleaux et de ces plis et édifie complètement les archéologues sur la régularité du service postal, en Egypte, sous le régne des Ptolémée.

Grèce. — Cérigo. — Il est, depuis longtemps, à la connaissance du monde des arts que des galères romaines chargées de marbres et de bronzes coulèrent à pic, au premier siècle avant Jésus-Christ, dans les parages d'JEgilia, aujourd'hui Cérigotto, la plus méridionale des .les Ioniennes, située à 44 kilomètres de Cérigo, l'ancienne Cythère.

Après quelques fouilles entreprises au bord de l'île, des pêcheurs d'épongés hellènes découvrirent dans les eaux de Cérigo, un véritable musée. On se rappelle l'émotion de tous ceux qui s'intéressent aux choses de la Grèce antique à la nouvelle que plusieurs statues de marbre avaient été retirées de la mer Egée et envoyées au musée National d'Athènes où elles se trouvent actuellement exposées.

Les unes, rongées par l'eau de mer qui a transformé le marbre en grossière meulière et les membres délicats en informes moignons, ne présentent plus que des œuvres dépourvues d'intérêt artistique. Les autres, enfouies dans le sable du rivage, sont assez bien conservées et laissent espérer des découvertes précieuses.

En même temps que les marbres, les pêcheurs d'épongés

amenèrent des morceaux de bronze. Ces morceaux rassemblés, on eut vite fait de s'apercevoir qu'ils appartenaient à une œuvre d'art d'un travail superbe. Immédiatement, le musée national d'Athènes demandait à Paris un artiste de haute valeur pour la reconstitution du bronze. M. André, le célèbre « colleur », artiste unique en son genre, partit pour la Grèce où, après plusieurs mois d'un travail patient, érudit et consciencieux, il rendait à la statue de bronze sa splendeur première. Un Ephèbe disent les uns, Paris décernant la pomme affirment les autres. Quoi qu'il en soit, Ephèbe ou Paris, ce bronze, grandeur nature, fait aujourd'hui une des principales attractions, sinon un des ornements les plus merveilleux, du Musée d'Athènes si riche, pourtant, en chefs-d'œuvre.

Sachant combien rares sont les statues de bronze que l'antiquité nous a léguées, le gouvernement hellénique fut, depuis cette découverte, travaillé par la pensée de poursuivre à fond ces fouilles marines qui lui réservaient peut-être la surprise d'une collection de bronzes unique au monde.

Il s'est, à cet effet, entendu avec la société génoise de renflouement qui dispose d'un matériel spécial, d'un personnel exercé et de scaphandriers munis du nouvel appareil respiratoire qui permet de rester dans l'eau, longtemps et à de grandes profondeurs. Deux navires, sur son ordre, quittèrent Gênes au mois de juin dernier pour le repêchage de la cargaison que le naufrage des galères qui la dirigeaient vers l'Italie avait conservée à la Grèce.

Ces fouilles sous-marines recommencées avec ordre et méthode, dans la deuxième quinzaine de juillet, ont déjà donné des résultats aussi brillants qu'inattendus. D'après une dépêche d'Athènes, en date du 31 juillet, « les scaphana driers de Gênes et de Livourne, chargés de retrouver a les restes des galères romaines coulées à pic à Cérigo, « ont découvert une galère contenant onze admirables « amphores. »

Des recherches minutieuses, à l'endroit où l'on a découvert VEphèbe, sont poussées activement.

TuRorfiE. — - Constantinople. Musée Impérial ottoman. — Le nouveau pavillon-annexe du Musée Impérial ottoman dont, au mois d'avril dernier, j'annonçais la construction, vient à peine d'être terminé que la direction, devant les envois incessants et importants arrivant de tous les points de l'Empire, s'est trouvée dans l'obligation d'agrandir le nouveau musée. A cet effet un crédit supplémentaire de 3 000 livres turques (69 000 francs), lui a été accordé par le ministère des Finances.

Il est à prévoir, malgré cet agrandissement, que le nouveau pavillon-annexe destiné aux Antiquités Islamiques sera bientôt trop étroit pour contenir tous les trésors que la province, chaque jour, expédie à Constantinople.

En effet, rien que le mois dernier, aux environs de Samsoun, dans le village dénommé KaraSamsoun, on découvrait des antiquités d'une importance artistique telle que Halil Bey, Directeur adjoint du musée Impérial, partait pour les lieux mêmes, afin de surs'eiller l'emballage et accompagner l'expédition des trouvailles.

Un autre fonctionnaire du Musée Impérial s'est embarqué pour Alexandrette. Il a mission d'examiner les nombreuses cassettes exhumées du fond d'une grotte. Ce sont des objets très artistement ouvragés et remontant aux premiers temps de l'Islam.

D'autre part, Aïdin envoie au musée de Stamboul les objets découverts récemment dans le village de Salvatli, au cours des travaux de canalisation d'eaux et consistant eu lampes à suspension anciennes et en pièces de monnaies antiques ; un des directeurs adjoints du musée, qui se

trouve présentement en mission à Sivas, lui expédie un vieux tapis d'une très grande valeur archéologique découvert dans la mosquée du Caza de Keupru ; Alep lui fait tenir quarante pièces d'or aussi précieuses que rares ; le petit village de Turkmen du Caza d'Azizié lui adresse un grand nombre de monnaies antiques, en argent, de l'époque des Seldjoucides que des terrassiers viennent de trouver; et Alexandrette lui dépêche les nombreux objets antiques en terre cuite déterrés par des ouvriers chargés de forer un puits.

Stamboul lui-même apporte son contingent. Des maçons en creusant les fondations d'une bâtisse dans le quartier de Tchemberli-Tach mettent à jour des colonnes de marbre superbement sculptées ; le jardinier de Ferrah- Hanum, riche propriétaire du quartier de Chéhir-Emin, en défrichant un coin abandonné du jardin trouve un petit vase en or, en forme de lampe, renfermant trente-six pièces d'or antiques.

Et ce n'est pas tout. Des envois de Mossoul, de Bagdad, de Rliodes, d'Afrodissias, composés de caisses renfermant des antiques, — statues et bas reliefs, — sont en route pour Stamboul.

Il est plus que probable, pour peu que cela continue, qu'avant l'achèvement des agrandissements projetés S. E. Hamdi Bey se trouvera contraint de demander encore un crédit pour la construction d'un nouveau pavillon.

Tel qu'il est aujourd'hui, le Musée Impérial Ottoman se compose des trois palais suivants :

I" Le Tchinili-Kiosk, exclusivement affecté aux antiquités islamiques, d'où son nom :

A'SSARI ISIAMI MousEssi;

2° Le Musée Impérial Ottoman proprement dit, destiné à la collection des sarcophages, unique au monde, et aux collections très importantes de l'Assyrie, de la Phénicie et de l'Egj^te ;

3° Le Nouveau Pavillon- Atmexe, qui sera le musée des époques antiques, d'où son appellation : A'SSARI Antike Mousessi.

S. E. Hamdi bey. — Ne quittons pas le Musée Ottoman sans parler de la haute distinction dont vient d'être l'objet S. E. Hamdi Bey, son Directeur et Directeur Général des Musées Impériaux : Brousse, Smj-rne, etc.

A l'occasion du 25* anniversaire de sa nomination à ce poste, le gouvernement français vient de lui décerner la croix de grand-officier de la Légion d'honneur. Les insignes lui ont été remis, au Musée même, par le commandant Berger, au nom de S. E. M. Constans, notre ambassadeur près la Sublime Porte. En lui accordant cette croix, la France a tenu à témoigner à S. E. Hamdi Bej' de la haute considération dans laquelle elle tient l'artiste émérite, le grand érudit, et l'homme persévérant qui, en l'espace de vingt-cinq années, a doté la Turquie d'une Ecole des Beaux-Arts et d'un Musée pouvant, grâce à ses antiques et à ses sarcophages, rivaliser avec les plus riches musées de l'Europe.

En même temps que notre gouvernement reconnaissait ainsi les travaux fort appréciés du monde savant et la science consommée en matière artistique du directeur du Musée Ottoman, l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres, à laquelle s'associait la direction de nos Musées Nationaux, décidait de frapper une médaille â son nom et chargeait son secrétaire perpétuel de lui transmettre par lettre des félicitations officielles.

Le gouvernement allemand et celui des Etats-Unis lui ont également conféré des distinctions honorifiques, et Guillaume II lui a fait transmettre, par l'entremise de S. E. le baron Marschall von Bieberstein, ses félicitations impériales.

Diverses sociétés savantes et de hautes personnalités artistiques se sont unies pour rendre hommage à l'homme dont la vie entière a été consacrée à l'Art.

L'Art et les Artistes s'associe à ces manifestations de sjTnpathie et prie S. E. Hamdi Bey de recevoir ses plus sincères félicitations.

Constantino[>le. — Le commandeur d'Arouco, architecte de S. M. I. le Sultan et député au Parlement italien, vient de remporter un très grand succès à l'exposition internationale de Milan. Les croquis, plans et dessins qu'il y a envoyés ont reçu la plus haute récompense dévolue à l'architecture. Le comité des Beaux-Arts lui a décerné le prix offert par S. JL le Roi d'Italie.

Grand succès également à la même exposition pour l'artiste italien Fausto Zonaro, le peintre particulier d'Abdul Hamid Khan IL Ses nombreux envois, qu'une médaille d'or viendra sûrement récompenser, ont attiré et retenu l'attention du public cosmopolite qui se pressait, continuellenient, dans les salles des Beau.x-Arts. Les journaux italiens, sans exception, ne tarissent pas d'éloges sur la valeur de l'artiste. Ils sont unanimes à reconnaître dans les toiles du peintre les qualités de conception et d'exécution qui font de Zonaro un des maîtres incontestés de l'école Orientale. On a surtout beaucoup admiré son triptyque le Bain turc qui fut vendu en 1904, à la dernière exposition de Londres et sou Barbier en plein air qui fait partie de la galerie de S. E. Munir Pacha.

Adoiphe Thalasso.

L'Art dans la Mode

Page 1