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LE COSTUME DE CHASSE

PENDANT fort longtemps il n'y en eut pas. Il semble que seulement sous Louis XV apparaisse une tenue spéciale de vénerie. Du moins le très intéressant ou\Tage du comte de Chabot, La Chasse à travers les Alpes, n'en mentionne pas à ces époques antérieures.

Auparavant, seuls les nobles chassaient à courre. Et comme toute la noblesse portait des armes, vivait de façon guerrière, on sautait à cheval pour chasser comme pour combattre, sans rien a\'oir à modifier au costume que l'on avait habituellement.

Les femmes étaient très passionnées pour ce plaisir barbare, en un temps où leurs plaisirs étaient presque nuls. EUes montaient de belles haquenées, très richement caparaçonnées dans le but d'interposer une étoffe entre la bête et les précieuses toilettes des dames, car elles aussi suivaient les chasses, habillées comme au château, le cou dégagé dans l'échancrure carrée du corsage, et parées de toutes les élégances à la mode d'alors. EUes avaient l'oliphant au côté et savaient en tirer l'unique, mais puissante note.

Une très belle image du xv^ siècle ayant pour légende : (c La chasse des Dames » nous fait voir une châtelaine dans son char couvert, traîné par trois chevaux en flèche, conduits à la main. Elle est armée d'un javelot. Sa mise est somptueuse. Autour de sa voiture caracole un escadron de suivantes ou d'invitées, non moins élégantes, mais toutes nutête, comme elle-même.

Diane de Poitiers, malgré son nom et la magnificence des chasses qu'elle organisait pour Henri II au château d'Anet, ne paraît pas avoir pris part à aucune d'elles. Extrêmement soigneuse de sa beauté, elle devait craindre la brutalité de ces divertissements de plein air, de fatigue, nuisibles à sa délicatesse.

La douce et poétique ]Marie Stuart, épouse du Dauphin, neles craignait pas. Elle se signalait par son

intrépidité. Catherine de Médicis, qui chassait encore à soixante ans, ayant abandonné la « planchette » pour l'arcan, et Marguerite de Valois sont de non moins ardentes chasseresses. Cependant à cette époque, l'exercice cjnégétique était dur. On s'égarait dans les forêts profondes, et alors' il fallait pour se reposer avant de retrouver son chemin dormir n'importe où, roulé dans un manteau, sur le sol, à l'abri d'un chariot, ou sur le banc d'une demeure rustique. Rien n'arrêtait ces amazones. Leurs chevaux, pour mériter « l'estime, » devaient être d'un noir d'ébène ou d'un beau gris, à moins qu'Os fussent bai doré, alezan brûlé ou « Isabelle », avec la raie du mulet, les crins et les extrémités noires.

Louis XIII, fauconnier dès l'enfance, et la grande Mademoiselle, sa compagne, donnent un élan nouveau à la chasse, et commencent à chercher la commodité du costume. Tous deux choisissent des étoffes solides, de teintes neutres, sobrement ornées. Les femmes adoptent de vastes chapeaux très empennés, contre le soleil. La comtesse de Saint-Balmont n'hésitera pas à enfourcher sa monture, jupe retroussée sur des chausses. Elle est, du reste, de mœurs assez cavalières, puisqu'elle se battra contre un officier qui, blessé, n'apprit qu'après le duel le sexe de son adversaire.

Anne d'Autriche, néanmoins, restait fidèle à sa toilette d'apparat. Lîne estampe nous la montre, décolletée, avec de beaux bijoux, de superbes dentelles, toujours tête nue, déployant son éventail contre la lumière fatigante pour ses yeux, tandis qu'un page s'efforce sans y trop réussir de la protéger au moyen d'un parasol. EUe devait être peu redoutable au gibier.

Le règne de Louis XIV ne voit guère de changement dans les usages de la vénerie. Tandis que Mme de Chasteaugeay chausse des bottes, relève ses jupes, monte à califourchon, et se coiffe d'un feutre soutenu par des a rayons de fer », d'autres ont

Plint. Gh'auihin.

CH. A. VAN LOO — halte de cilasse

des amazones et des « capelines » empanachées si élégantes qu'elles les conservent le soir au bal.

C'est en perdant sa capeline sous un coup de vent, que Mme de Fontanges noua sa chevelure d'un ruban auquel le cceur de Sa Majesté demeura du même coup attaché.

La princesse Palatine accentue l'allure masculine de sa mise ; le mélange le plus singulier des ajustements mâles et féminins s'impose durant une courte période. Les princesses d'Orange et de Nassau ont la redingote ouverte, à pans, sur la robe flottante. Elles montent « en homme » sur les selles brodées, des chevaux dont les crinières sont ornées de rosettes.

Louis X\' enfin innove le vrai et si gracieux costume de vénerie, avec le tricorne posé sur le catogan, les vestes, les gilets à jabots. L'rmiforme est vert, à la cour. Le cor a remplacé l'oliphant. Le duc d'Orléans le porte en sautoir.

Marie-Antoinette, peinte par Brovvn en velours bleu, avec un chapeau de paille à plumes blanches, était probablement une diane fort platonique. Comme « habit de cheval » du temps, voici le type de suprême élégance (17S6) : Veste à trois œillets couleur puce, filet de pékin vert pomme. Jupe un peu ronde assortie au gilet, bordée d'un large ruban rose. Cravate de gaze. Chapeau de feutre « queue

serin », garni de velours rose et de quatre plumes vertes. Gants de peau jaune. Souhers de peau rose avec nœuds verts. Profusion de boutons sur toutes les pièces du costume.

La période révolutionnaire disperse les équipages et leurs propriétaires. La poursuite du gibier se démocratise. La foule chasse le loup et le sanglier pour sa défense. Robespierre, à pied, va « rater » les perdrix. Contre le fauve, on se sert de l'arc et de l'épieu. Plus de luxe. On verra Mme de Drack, les cheveux coupés, en blouse, coiffée d'une casquette, se jeter passionnément dans les battues.

Mais les femmes ne se soucient plus de la chasse, en général. Barras, entiché de façons aristocratiques, essaie de ressusciter l'ancien passe-temps des nobles. Mlle Lange et ses amies montent à cheval sans chapeaux en « casaquins ». — ^larie-Louise, plus tard, conservera le même costume.

C'est la Restauration qui nous apporte les modes anglaises, la jupe de drap, la veste garance, le « hautde-forme», et les culottes, l'habit rouge qu'affectionne le duc de Berry.

Ceci nous conduit doucement à l'Empire second, à la tenue actuelle, au charmant petit « lampion », que nulle ne coiffera jamais plus franchement, plus crânement que la duchesse douairière d'L^zès, la reine actuelle de la vénerie.

Mme Georges Regx.a.l.

Échos des Arts

^^ous sommes heureux de constater le très grand succès obtenu par l'Exposition Artistique de l'Isle- Adam-Parmain, présidée par M. Paul Bureau, avocat à la Cour d'appel de Paris, collectionneur d'art, qui a fermé ses portes le mois dernier.

Organisé à la mairie de Parmain par M. Paul Bureau, président ; M. Delangle, secrétaire-trésorier ; MM. Pierre Deville, Haumont, Quignon, Octave Volant, artistes peintres ; M. Adolphe Geoffroy, sculpteur ; M. Dèzermaux, architecte de l'Assistance publique, ce Salon, où figuraient environ deux cents œuvres présentées avec goût et formant un harmonieux ensemble, offrait plusieurs envois de réelle valeur et d'artistes aimés et connus.

Nous avons remarqué notamment les paysages de M. Quignon, des moissons et des chaumières à Neslesla-Vallée, les portraits de JIM. Haumont, Boeswillwald, Charles Cousin, les scènes humoristiques de M. Pierre Deville, les vues du domaine des Vanneaux et de Champagne. de M. Octave Volant, les toiles de MM. Adler, Allègre, Brunet, Henri Célos, Faivre, Furt, Gagliardini, Jonio, de Mazade, Péters-Destéract, Prell, Tattegrain, Mlle Jeanne Chauvin, MM. Henri Coulon et Pierre Mercier, avocats à la Cour d'appel de Paris, Mlles Bourges, Suzanne Emmer, Nilès- Langlois, Germaine Quignon, les aquarelles signées Delbeuf , Deslignières, Drops, Charles Geoffroy, Main, Morice. Morlet- Lombard, Navarre, Vanier, les sanguines de MM. Lucien David et Nikanor, les miniatures de Mmes Labesse et Vion-Gautier, les gravures de M. Rios, les lithographies de M. Léandre, les marbres de M. Boissonnade, etc., etc.

Nos félicitations aux exposants et aux organisateurs de cette intéressante décentralisation artistique qui a lieu annuellement et qui mérite tous les encouragements.

un précédent numéro ; M. Ferdinand Servian a écrit pour le catalogue une introduction très documentaire; la conclusion est à citer : « ... Influences grecque et romaine, influences italienne et flamande, qu'est-il resté de vos incontestables bienfaits ? Dans l'alambic mystérieux oii se transforme, de siècle en siècle, l'intellect des générations, que trouvonsnous aujourd'hui! Vos brillantes qualités se sont pour la plupart peu à peu fondues avec la logique, la clarté et le naturel qui caractérisent le génie français. Seul, le souffle de l'antiquité semble encore passer sur le front lumineux de la Provence... Nous pouvons dire que les membres de la grande famille artistique de la Provence ont commencé à avoir entre eux une certaine affinité de vision à partir du jour où, débarrassés des tutelles étrangères et des t\Tannies de la mode, ils ont pu conquérir leur indépendance et leur liberté. »

A Savognino (Grisons) on vient de placer une inscription commémorative du séjour de .Segantini, le peintre italien, qui vécut là de 1886 à 1894.

Il y a longtemps qu'on s'efforce d'éveiller dès le premier âge chez les élèves le goût des beaux-arts et le sentiment esthétique. A ce point de vue l'administration de la rue de Valois vient de charger le peintre décorateur Jambon de reproduire en petites maquettes semblables à celles des décors de théâtre, les salles historiques de nos châteaux de France, et M. Luc-Olivier Merson de faire une série de tableaux d'histoire, qui seront reproduits à des milliers d'exemplaires.

C'est un projet intéressant dont la réalisation commence à Bruxelles, au pays de M. de Lovenjoul, — le Musée du Livré. Des collections y seront réunies en vue de l'étude et de la propagation de l'enseignement professionnel et de la diffusion des connaissances concernant le Livre. Des expositions et des conférences seront organisées par séries ; une publication périodique sera le journal officiel de tout ce qui se fera au Musée du Livre. Chaque année, à la Saint-Nicolas, s'ouvrira dans son local une foire aux livres, à laquelle pourront concourir les libraires de tous pays,

Le monument du poète breton, François-Marie Luzel, dû à l'initiative des Bleus de Bretagne, a été inauguré le mois dernier à Plouaret, sur la place de l'Eglise. La façade principale porte cette inscription : « François-Marie Luzel, né à Plouaret, le 6 juin 1821, décédé à Quimper, le 25 janvier 1875. » Sur les faces latérales, on a écrit en français et en breton les lignes suivantes : n Ce monument a été érigé sur l'initiative des Bleus de Bretagne, par les Bretons reconnaissants. »

'' Refusé aux Salons, bafoué par la critique, ridiculisé par les confrères,' tel fut le sort de Puvis de Chavannes à ses débuts et même pendant toute une longue période de sa vie. Il mourut comblé de justes honneurs, et l'on vient de poser une plaque commémorative sur la maison où il s'est éteint, 89, avenue de Villiers.

Une des attractions de l'exposition de Marseille est la section de l'art provençal dont nous avons déjà parlé dans

Ah musée du Luxembourg. — Depuis le 8 septembre dernier, les visiteurs du Musée des artistes vivants ont, de nouveau, accès dans la salle réservée aux Écoles étrangères qui a subi quelques remaniements non sans intérêt.

Nombre d'oeuvres acquises ces temps derniers ont pris place sur la cimaise à côté d'autres toiles déjà exposées. Les Ecoles allemande, espagnole, italienne, russe, suisse sont représentées par des œuvres assez ■ significatives, et une douzaine des artistes exposants figurent — si nous avons bonne mémoire — pour la première fois au musée du Luxembourg.

C'est aussi le cas de M. Félix Borchardt, maître de l'Ecole impressionniste allemande, dont le Portrait de genthman-farmer évoque le souvenir de son récent portrait de Guillaume II, de sensationnelle mémoire. Le Jardin de Grenade, de Santiago Rusinol donne une image vibrante de paysage espagnol. Les Vendanges de Sorolla y Bastida (don de l'auteur) fait également honneur à l'Ecole espagnole. Le portrait du peintre souple et brillant qu'est Boldini, la Liseuse de Balestrieri et le Jeune Homme de Mancini composent le nouvel apport de l'Ecole Italienne à cette Exposition.

On remarque égalenient les Pommes de terre de M. de Souza-Pinto, le seul artiste portugais dont les œuvres figurent au Luxembourg.

Les Portraits d'Ignacio Zuloaga, qui étaient au dernier salon de la « Nationale », et deux aquarelles de Carlos Schwabe, perpétuant des visions d'épouvante, retiennent l'attention des visiteurs.

Dans des vitrines, de belles et fines médailles et plaquettes de M. Aug. de Saint-Gaudens, complètent l'Exposition.

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