‹ L'Art et les artistes (volume 5)Chapitre 12 sur 186 · GRECO — P0KI1^\IT DE CAR.\BI · texte numérisé non relu

GRECO — P0KI1^\IT DE CAR.\BI

à Paris, à l'âge de 7 ans, auquel nous préférons du reste et de beaucoup le charmant gamin Mozart âgé de 12 ans. en perruque poudrée, de Jean-Henri Tischbein, peintre attitré du landgrave de Hesse- Cassel vers 1776.

Et voici les reuvres allemandes introduites. La série en est de choix : une Décapitation de Saint Jean avec des Hérode, Hérodiade et Salomé du xvi*^ siècle et une Vénus et l'Amour d'un coloris éclatant et d'un type très individuel; un Enlèvement d'Amymoné, issu de l'école de Diirer et pi'océdant d'un de ses cuivres fameux ; puis surtout une Sainte Trinité de Georges Penez (1500-1550) d'une composition bien extraordinaire :

« Dieu le Père, vêtu comnie un pape, coiffé de la trirègne, a reçu son Fils dans ses bras, sou Fils unique encore saignant des plaies de la Croix. Au-dessus de ce groupe, une colombe déploie ses ailes blanches et symbolise le Saint-Esprit, tandis que des Anges en larmes emportent la couronne au.x épines rédemptrices. L'expression douloureuse du Christ, malgré sa tête vulgaire, son nez camard, ses lèvres lippues, est d'un effet saisissant. Les extrémités, sauf celles des anges qui semblent retouchées, sont d'une facture parfaite, et, pour les mains, elles rappellent celles des grands maîtres allemands Holbein et Diirer. »

L'Ecole italienne est assez nombreuse et four-

i;art et les artistes

FISCHBEIX — MOZART ENFANT

nirait matière à des discussions interminables dans lesquelles je n'aurai garde de m' aventurer ici, car je vais droit à un superbe Véi'onèse, Judith tenant la tête d'Holopherne, qui m'a fortement l'air d'avoir été arraché par la violence à un ensemble décoratif ; puis à deux portraits de Tintoret, un sénateur vénitien et ce Marc Antoine Barbaro, le héros si cher au cœur de Charles Yriarte. Aussi bien cet article est-il écrit avant tout en vue d'attirer l'attention des connaisseurs et des spécialistes sur ce Musée en formation aux confins de l'Europe et pour encadrer les reproductions qui nous ont été consenties. Il va sans dire que l'on n'entre pas au Palais Royal de Bucarest comme dans un édifice pubHc et qu'il n'est loisible ni de faire déplacer les tableaux ni même de beaucoup s'attarder.

Nous n'en devons pas moins des remerciements respectueux au roj-al propriétaire de tant de belles œuvres qui a bien voulu autoriser nos visites et a ordonné qu'un exemplaire du bel ouvrage de M. Léo Bachelin nous soit remis. - Je sais de même un gré infini à mon vieil ami Bachelin d'avoir bien voulu se faire mon guide et m'autoriser à me servir de son texte en toute latitude. Enfin, je n'oublierai pas l'amabilité avec laquelle

-M. Alexandre D. Steriadi, Directeur des Résidences royales, et le Bibliothécaire actuel de Sa ^lajesté, 'SI. ^larcel Godet, ont bien voulu iKius faire ouvrir des appartements clos pour tout l'été.

Et lorsque, sortant du palais, mes yeux encore pleins de la forte vision des chefs-d'œuvre espagnols qui sont la bonne aubaine d'une visite à cette Galerie, tombèrent sur la beauté fière et vigoureuse de la vie populaire roumaine éparse au plein soleil des rues, une étrange association d'idées se fit dans mon esprit.

Les colons romains que Trajan implanta en Dacie n'étaient-ils pas eux aussi surtout des Espagnols ? Mêlés aux anciens habitants du pays, ils ont engendré cette forte et saine race roumaine, si bien faite pour être racontée par des peintres de la lignée de Velasquez et de Murillo.

Que tous ces tableaux espagnols jouent donc dans les destinées futures de l'art roumain, le rôle même que les Ibères des légions romaines ont joué dans la formation de la nation roumaine. Et nous voici rêvant d'un art roumain, succédané à la fois de la Galerie Charles P'' et de Grigoresco, de la tradition occidentale intronisée par le couple roval et de la vieille tradition archaïque bvzantine. Espagne et Roumanie, les

KEYXOLDS — KOBINETTA

deux extrémités latines de l'Europe rejointes jiar l'agrafe de quelques chefs-d'œuvre! Et voyez l'étrange destin des œuvres de ce Theotocopouli oriental qui, perpétrées à r Extrême-Occident , reviennent à l'Orient, proche du lieu d'origine de leur auteur !

Presque aussi étranges que celui de ce Souverain allemand dont le nom demeure à tout jamais associé à l'histoire de la résurrection de ce pays latin, sis à l'embouchure du flenve géant qui, à son premier parcours, mire les fîers pignons du château de Hohcnzollern-Sigmaringen.

William Ritter.

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