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P. CANONICA — MONUMENT FUNÉR.\IRE

commencement d'une autre, sont dans ces figurations éternelles, sorties des mains de Michel-Ange toutes ardentes d'une fièvre gothique d'exaltation typique.

Aujourd'hui, la grande majorité des artistes ne cherche point le i( type » à représenter. Elle s'arrête à l'effigie toute superficielle de la pensée .sociale ou littéraire à exprimer, de la physionomie extérieure et toute éphémère d'un être à immobiliser, de l'académie à accomplir. Leurs œuvres ne nous révèlent point tout un temps ainsi que le font celles de toute la Renaissance. Seuls les meilleurs, les vraiment grands, ne trouvant plus dans leur âme la signification religieuse de quelques douleurs ou de quelques joies, car l'antique religion a déserté leur temple intérieur, se forgent un culte personnel et très significatif de la vie ; d'autres, parmi eux, observent et arrêtent quelque « type », qui étant en même temps physique et animique, exactement extérieur et profondément intérieur, porte en lui-même le signe reconnaissable de son époque. Les deux maîtres qui résument admirablement ces deux grandes tendances, sont, toute comparaison de valeur à part, Rodin et Constantin Meunier.

Mais l'ombre de l'homme des rudes labeurs n'est pas la seule à planer sur notre énorme trouble contemporain. Les siècles nous ont légué des « types » demeurés à peu prés intacts, qui portent les signes d'un long raffinement, c'est-àdire d'une très longuesélection destraits faitepar les angois-

santes ou victorieuses vicissitudes des temps : ces « types » traînentlsur la vie comme souvenir séculaire d'élégances, de beauté non encore morte, de mélancolie sereine, dédaigneuse et tendre à la fois ; ce sont les physionomies des rois, des reines, des grandes dames de notre aristocratie occidentale.

Avec moins de puissance que Jleunier pour ses laboureurs, M. Pietro Canonica en a arrêté les traits dans le marbre, en a composé une galerie qui contient indéniablement une signification de son temps.

Son art est digne de la tâche. Il est fait de délicatesse et de tendresse, tout en trouvant comme il convient la précision des lignes qui font la ressemblance globale du modèle et de l'œuvre. Et M. Pietro Canonica semble avoir compris que trois éléments du corps surtout contiennent le secret d'un être, que trois aspects de la chair renferment et révèlent tout le mystère de l'âme ; les mains, la bouche et les yeux. J'ai rarement vu chez un sculpteur un tel souci de rendre ces trois éléments : il y sont représentés assez souvent, sinon toujours et leur concordance est parfaite. Les portraits de la princesse Doria-Pamphih- et de la duchesse de Gênes, surtout, apportent un témoignage qui intéresse, je crois, toutel'esthétique de l'artiste, et ne peut pas passer inaperçu.

Dans toutes ses statues, d'ailleurs, M. Pietro Canonica montre son amour pour les mains. Les mains sont vraiment la partie la plus vivante de ses marbres, elle sont toutes vibrantes, elle renferment toute la « musique » particulière de l'être représenté, elles sont parfaitement mélodiques.

Deux œuvres récentes du sculpteur piémontais montrent sous une autre lumière son esprit. Malheureusement, presque toutes les œuvres de ce sculpteur contiennent un e.xcès de pathétique qui nuit à l'émotion subtile. L'une est un monument funéraire — car, ainsi que M. Bistolfi, M. Canonica chérit la tendre poésie de la mort — et représente une Picta. Dans sa composition unifaciale, ce monument, où trois groupes s'harmonisent dans la douleur est plein d'austérité et de gracieuse douleur. Au centre, le Christ, tombé sous le poids inerte de sa chair meurtie, semble exhaler le secret de sa mort, devant sa mère debout, droite, rigide, qui le contemple. Je pense que la vision de M. Pietro Canonica n'a pas été consciencieusement métaphysique. Car on pourrait voir là la chair morte d'une créature tombée sur elle-même, attirée irrésistiblement par la volonté d'absorption de la terre, et par la bouche ouverte, comnre en un dernier élan, exhaler son secret à l'unique créature debout, la mère, à la femme qui est l'expression charnelle de la terre. Mais la rigidité de la femme semble ici trop s'isoler devant son fils mort, elle regarde plus qu'elle ne ressent. Les deux autres groupes sont des anges ondoyant dans une vague tristesse, qui encensent le couple saint, ou lèvent l'hostie, symbole de la vie qui s'éternise en transsubstantiation. En dehors de toute métaphysique, la réalité à la fois calme et douloureuse des statues, la finesse du modelé d'harmonie douce des proportions donnent à l'ensemble une gravité assez particulière, gravis dum suavis. Cependant je crois qu'un élément de parfaite union manque aux trois groupes, un élément qui les aurait réunis dans cet indéfini de la vision, dans ce vague du rêve se dégageant des contours un peu moins précis, ce vague plastique dont j'ai parlé plus haut.

L'autre œuvre est celle du Fouilleur. exposée à Milan.

L'artiste semble, dans cette œuvre, suivTe un chemin différent et plus large. Une pensée anime la statue, et lui donne une signification des plus intéressantes. Le Fouilleur est un homme jeune, beau, courbé sur une pierre que le hasard de la route semble lui offrir. Il est appuyé de la

main droite à un bâton, de la gauche il s'empare de sa trouvaille, qui est un chapiteau ionien. Le symbole est évident, il rappelle la Renaissance découvTant la sagesse dans le sol qui cachait les antiques trésors de la beauté. Mais ce symbole plus que littéraire est étroitement lié à la masse sculptée, il est en elle, il fait d'elle une œuvre fortement réalisée, qui intéresse vivement tous ceux qui suivent avec sympathie l'évolution d'un des plus jeunes et des plus célèbres sculpteurs italiens.

IIemesio des hommes, des choses et des ptelica- Tioxs D'iKT. — Les restaurations delà basilique de Saint- Marc sont poursuivies avec diligence et avec bonheur. On avait été assez impressionné par quelques défaillances apparentes de la statique du monument. Tout danger semble maintenant écarté. Pendant les réparations, exactement durant le transport de la voûte du Patriarque, les ou\'riers ont découvert une petite monnaie de cuivre , qui n'est autre chose qu'un « quartarolo » de Enrico Dandolo. Cette monnaie, extrêmement rare, permet d'affirmer que

les mosaïques de cette voûte et vraisemblablement aussi desautresdu même style, datent de 1195 à 1205. La monnaie de Dandolo a été déposée au nouveau musée de la basilique, créé par les architectes Manfredi et Marangoni, pour la conservation des importants matériaux extraits de la Basilique.

— A Milan, on a ouvert une nouvelle exposition des maquettes présentées au concours pour le monunient de Verdi. L'année dernière, un concours semblable ne donna aucun résultat satisfaisant. On avait constaté avec surprise que les meilleurs statuaires italiens avaient négligé d'honorer de leur ciseau leur dernier grand musicien. On espère qu'ils s'en sont souvenu cette fois-ci. à moins que l'oubli n'ait pas une signification esthétique, assez e.xplicable d'ailleurs.

— M. Eugène Gignous, un peintre lombard, est mort dernièrement, laissant de sa longue carrière d'artiste quelques œuvres d'un certain intérêt.

RlCCIOTTO C-4XLD0.

ORIENT

EGYPTE. — Hêliopolif. — Nous avons vu le mois dernier que, d'après des tablettes découvertes à Bemézé, le service postal était fait dans l'Egypte-Moyenne, sous le règne de Ptolémée, aussi régulièren\ent qu'il se fait aujourd'hui en France.

Une nouvelle trouvaille permet d'affirmer l'existence des notaires dans l'Egi,-pte Ptolémaïque. D'après les papyrus découverts, ces derniers temps, dans la zone d'Héliopolis, il résulte que des contrats notariés étaient dressés pour les actes principaux de la vie auxquels on voulait donner une forme authentique, et que ces contrats dûment enregistrés constituaient des actes ayant valeur légale. Ces papyrus relatent aussi que le notariat était répandu dans toute l'EgA'pte-Médiane, mais qu'il n'était officiellement reconnu qu'en Thébaîde, et s'étendent longuement sur les pouvoirs et l'organisation de ces officiers civils.

JL Bouché-Leclerc dans la dernière séance de l'Académie des Inscriptions et Belles-I^ettres a fait, à ce sujet, des commimications qui ne laissent aucun doute sur l'existence des anciens notaires égyptiens.

Oxyrrhyui^iiz. — Après les étonnantes découvertes faites dernièrement à Dnyhrchinens, par le Docteur Hunt et le Docteur Grengell qui mettaient à jour des trésors littéraires inédits de la Grèce antique dont quelques-uns tels la tragédie d'Euripide : Hypsipyles, des péans de Pindare et des poésies de Sapho vont paraître incessamment à Londres, les savants archéologues anglais ont encore une fois eu la main très heureuse. Ils viennent de trouver aux environs d'Ox>Trhynguz, à sept pieds sous terre, im dépôt de cent trente et une boîtes cylindriques contenant des papi,T-us qui datent des 11^, iii^ et iv^ siècles de notre ère. Entre autres oeuvres importantes, il a été e.xhumé de cette nouvelle trouvaille les douze livres de l'Histoire complète de Grèce par Thcopompe de Chios, disciple d'Isocrate, dont nous ne possédions que de rares fragments, un panég\T:ique non connu d'Isocrate, des fables inédites de Phèdre, et, parmi les auteurs latins, des oeuvres de Salluste et de Cicéron.

La nouvelle télégraphiée à Londres a suscité le plus vif intérêt dans les m.ilieux artistiques et littéraires.

Ctkéx.ûofe. — Benghazi. — .\ Benghazi, une des cinq villes de la Pentapole où la fable place le fameux jardin des Hespérides, on découvrait, dernièrement, une statuette

en marbre représentant r.\phrodite Anadyomène. Cette statuette reproduisait absolument le chef-d' œuvre de Praxitèle : la Vénus de Cnide. ilême était la pose et même le mouvement : la déesse, sortant des eaux, entièrement nue, tenait ses voiles suspendus au-dessus d'un vase. Le marbre était brisé au milieu des genoux, et le bas du corps, malgré d'activés recherches, n'avait pu être retrouvé.

Depuis lors il se fait grand bruit en Allemagne et eu Italie autour de cette trouvaille, rendue précieuse par les différences sensibles qui existent entrele marbre de Benghazi et les copies de l'œuvre de Praxitèle exposées au musée Pio- Clémentin de Rome et à la Gh-ptothèque de Munich, et réputées, jusqu'à ce jour, comme les meilleures répliques de l'original perdu. La principale et la plus caractéristique de ces différences est que la trouvaille en C\Ténaïque présente ce je ne sais quoi d'aphrosien qui contribuait immensément au charme indéfinissable et très personnel du chefd'œuvre de Praxitèle, qui se retrouve dans la reproduction des médailles de la Vénus de Cnide, et qui fait défaut aux répliques de Rome et de Munich.

On se demande très sérieusement si on ne se trouve pas en présence d'un premier essai original du célèbre sculpteur, et si le marbre de Benghazi n'a pas ~i rvi de maquette à l'œuvre dé.finitive inspirée par Phri,-né et qui fut une des gloires de la ville de Cnide.

D'ici peu nous serons définitivement fixés sur ce point qui intéresse au plus haut degré le monde des arts.

Grèce. — Délos. — Se dégageant de plus en plus des ténèbres du passé, Délos surgit, chaque jour, plus imposante et plus majestueuse au milieu de ses décombres et de ses ruines, dans le silence recueilli de ses rues et de ses temples exhumes. Comme une Pompéi Orientale, l'ile autrefois célèbre par les naissances fabuleuses d'Apollon et de Diane, commence à se dresser au milieu des flots bleus de l'Archipel. Sur les quatre-vingts kilomètres carrés qu'elle mesure, les principaux points sont mis à découvert et la ville proprement dite est entièrement déblayée. Les temps ne sont pas éloignés où Délos sera, pour l'Orient, le pèlerinage artistique, par excellence.

Cette exhumation fait le plus grand honneur à l'Ecole française d'Athènes, à M. Holleaux. son directeur et au duc de Loubatquisubventionnaroyalem.ent ces grandes fouilles amenant, chaque jour, la découverte de chef.s-d'œuvre.

Les dernières trouvailles de cette terre si riche en trésors enfouis sont aussi importantes que sensationnelles.

Dans le voisinage du Lac-Sacré on a déterré six grands lion? archaïques en marbre, six chefs-d'œuvre, d'une telle pureté de style et d'un mouvement de vie si intense que M. Holleaux n'a pas hésité à déclarer que « c'est une trou- « vaille unique et qui n'a pas son équivalent en Grèce '>.

Après avoir mis à jour et méticiileusement fouillé un temple inexploré, la pioche des chercheurs a rencontré une superbe tête de Dionysos. C'est là une trouvaille merveilleuse, car elle constitue la plus belle figure qu'on ait découverte à Délos depuis seize ans, et une des têtes les plus parfaites qui existent dans toute l'Hellade. L'art de Scopas y est manifeste et on peut, sans crainte de se tromper, considérer le marbre comme appartenant à l'art du célèbre sculpteur.

On a exhumé aussi une admirable statue de Polymnie.

Cette œuvre n'est pas sans avoir de grandes analogies avec la fameuse Polymnie de Berlin, mais elle est, incontestablement, de beaucoup supérieure comme exécution à la réplique du marbre de Philoskos de Rhodes que les Allemands sont si fiers de posséder.

A signaler encore une statue de femme d'un art consommé, quelques terres cuites d'une grâce exquise et toute une série de mosaïques précieuses aux dessins et aux coloris très bien conservés.

Je ne parlerai que pour mémoire des bijoux de toutes sortes, — bagues, bracelets, pendants d'oreilles. — dont le nombre s'accroît de jour en jour, et d'une collection de monnaies, unique au monde et en parfait état, qui fait les délices des numismates hellènes.

Et ce n'est pas fini. Les fouilles continuent. Elles nous réservent encore, sans doute, des surprises d'un intérêt artistique primordial.

TuKg uiE. — Constantinople. — Ecole impériale des Beaux- Arts. — Tous les ans, à la rentrée des classes, la Direction des Beaux-Arts procède à l'admission des élèves dont les œuvres, — peinture, sculpture, dessin, architecture, gravure, etc. — figureront à l'Exposition publique qui a lieu en septembre-octobre dans les salles de l'Ecole impériale des Beaux- Arts.

Les candidats ont été admis et une note émanant de la direction du Musée impérial annonce que le public sera admis à visiter l'exposition à partir du jeudi 20 septembre, date de son inauguration.

Brousse. — On sait que les premiers sultans, — d'Othman I, fils d'Ortogrul, fondateur de la monarchie turque, à Mourad II, père du conquérant qui s'empara de Constantinople. — furent tous enterrés à Brousse, ancienne capitale des Etats Ottomans en Asie-Mineure.

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