EVENT.\IL DE L.\ COLLECTION BUISSOT
, et à exciter le feu. Il fut
pourtant, il .se fit un peu plus palmé, avec moins de branches. Ces spécimens sont un peu plus rares que les autres. Tous les plus grands artistes ont contribué à la fabrication de l'Éventail : Abraham Bosse, Lancret, Boucher, Watteau, Van der Neer, Taunay, Debucourt, Fragonard, Baudoin ont créé des [chefs-d'œuvre du genre, que l'on ne cesse de plagier. Ces maîtres peignaient de préférence sur peau. La soie, le papier imitant le vélin véritable, puis les gazes, les tulles ne vinrent que plus tard. Les montures de nacre, d'ivoire, d'écaillé, et même d'os lurent souvent peintes eUes-mêmes,
souvent gravées, presque toujours très travaillées. On a vendu, il y a quelques années, à Londres, la collection (.l'un amateur, M.
Walker, j e crois, composée en partie de spécimens ayant appartenu à Marie Leczinska, à Marie-Antoinette, à la duchesse de Bourgogue, celui-ci représentait une bête à ^'ersailles.
Les modèles du Premier Empire sont rarement peints. Ils étincellent de paillettes, de dorures, de clinquant. Cependant il y en eut « à la gloire de la Révolution et de Bonaparte. « Cluny en possède un provenant de l'impératrice Joséphine, qtii représente Bonaparte couronné par l'Abondance etj^la Victoire. Des attributs guerriers, des casques, des bonnets à poils en achèvent l'ornementation.
Le Mercure de France (2) mentionne chez les descendants du marquis de la Bourdonnays un très curieux éventail nous montrant Paul et^Virginie unis par le gouverneur de l'Ile de France. Des vers enfantins, des enluminures naïves le décorent. Ce serait un témoignage de reconnaissance offert par ces amoureux cjléSres à leur bienfaiteur. Ce présent attesterait donc que l'héroïne de Bernardin de Saint-Pierre ne trouva pas la mort dans son dramatique naufrage.
C'est en Angleterre qu'on a eu l'idée de l'Éventail uni sur lequel des amis traçaient des pensées.
(l) Maison Buissot, 46, rue des Petitcs-Ecuiies.
\i\ 15 juillet 190;.
Voici ce que le comte de Provence aurait écrit à Trianon sur celui de la Reine :
Au milieu des chaleurs extrêmes
Heureux d'occuper vos loisirs
J'aurai soin près de vous, d'amener les zéphirs,
Les amours y viendront d'eux-mêmes.
L'époque moderne continue à demander aux grands peintres le concours de leur talent, de leur fantaisie. L'ironie rivalise avec l'art. Nous avons des éventails de Gavarni. Caran d'Ache, Meaulle, Rcbida, Détaille, .\talaya, Gervex, Bob-Gyp, la princesse Mathilde, Madeleine Lemaire, Gauguin, Abbema...
Un éventail célèbre, dit des' Pendules, M beaucoup de bruit en 1S72. Il représentait des Prussiens, ailés aux « bottes », emportant, selon la légende, nos mouvements (car en réalité ils ne se sont appropriés que cela). Cet éventail fut la propriété de Mme Valtcsse. On assure que son auteur, aujourd'hui, préfère le laisser oublier.
Une récente Exposition où figuraient des merveilles, nous a présenté des anciens éventails japonais, puis des curiosités telles qu'une ganache de Paris de Louis XIV, et un spécimen du xviiie siècle composé d'une trentaine de petits médaillons à personnages sur fond dedentelledepapier.ap]iliquée elle-même sur im parchemin.
Mentionnons les très modernes éventails de gravure en couleurs, et terminons par un mot sur celui en dentelle, qui date seulement du xix^ siècle. Il n'en existe pas d'antérieurs. Auparavant on a employé la dentelle à l'ornementation, mais non pas à la création d'éventails en « forme ». Les personnes qui croiraient en posséder un type seraient dans l'erreur. Il s'en est fait de morceaux rapportés, mais non d'une seule pièce.
L'art autrefois nes'e.xerçait jamaisdansl'inutilité. Comme la dentelle déplace l'air trop faiblement, nos aïeux ne l'utilisèrent pas pour l'objet qui nous occupe. A titre de curiosité, ou comme accessoire de maintien dans la toilette on a fabriqué des éventails de dentelle, dont les plus beaux ont été les premiers, leur beauté constituant leur seul prétexte d'exister. On cite un « Mont Saint- Michel » qui coûta sept années de travail à l'ouvrière.
Le derniei perfectionnement du genre est le Chantilly noir, doublé de gaze. Un dessin, inspiré par le japonais, représente « un pommier », dont les bouquets de fleurs sont en Alençon rapporté.
Ne parlons pas des aimables inventions actuelles. Elles prouvent du goût, et de l'ingéniosité.
M'"" Georges Régnal.
Le Mouvement artistique à l'Etranger
ANGLETERRE
T .\ seizième Exposition de la Société des portraitistes, à la Nouvelle Galerie, est aussi diverse et divertissante que pouvait le faire espérer la seule lecture de la liste de ses membres.
Une société qui comprend M. John S. Sargent, 11. Ellis Roberts. M. Jacques Blanche, The Hon. John Collier, M. Georges Henry et M. Hermann Herkomer, peut facilement fournir des e.xcmples de tous les styles et de toutes les méthodes appliqués aujourd'hui à la peinture du portrait : ce qui d'ailleurs est amplement démontré à la Nouvelle Galerie. Il se^trouve là, en'tout, deuxcent cinq peintures à l'huile de deu.x cent cinq personnages plus ou moins intéressants, mais proclamant tous le talent des auteurs à rendre les caractéristiques de leurs semblables, hommes et femmes. Il est vrai que quelques-uns, tout à fait impaissants à révéler un caractère dans leurs sujets, n'ont réussi qu'à représenter la texture de leurs vêtements, mais ceci apparemment est compté, chez un portraitiste, comme souci de l'exactitude, et n'est-ce point, après tout, les habits que nous portons qui servent de marques distinctives dans la vie ordinaire ? Il est donc justifié, le portraitiste qui peut fidèlement rendre en peinture le costume de son modèle. Et parmi les exposants à la Nouvelle Galerie, ceux de ce genre, soit dit en passant, sont nombreux. Mais il y en a d'autres. Il y a, par exemple, M, W. O. Orchardson. avec une oeuvre
vraiment belle, un portrait de Humphry Roberts Esq.. où se révèlent complètement et la force de caractère d\\ modèle. et la puissance du peintre ; il y a M. John Lavery, qui, en représentant Mme Cunningham-Graham, sait à merveille suggérer tout le piquant, et l'alerte vivacité de l'orii^inal ; il y a M, E. \. Walton, nous donnant, avec J. W. Cruickshank Esq., l'étude d'une tête de vieillard, qui, placée dans une galerie des meilleurs parmi les anciens maîtres, attirerait encore l'attention, M. Georges Henry remporte un succès avec un joli portrait du D''Cheadle, mais manque tout à fait de conviction dans celui d'un enfant, qui rappelle légèrement une pose favorite de Boldini. M. J.- J. Shannon atteint son sommet dans Mme Georges Frampton et son fils ; et M. Melton Fisher avec le buste de sa femme et le portrait en pied de Mme Ella Pavvls Reader. 11 n'est venu de M. Sargent q'une belle tête du général Léonard Wood. de l'armée des Etats-Unis. On s'intéresse encore à voir une fois de plus le premier7portrait*de Miss Anna Alma-Tadema par son père. D'autres qui nous frappent sont ceux de Mme B. Lazarus, par M. Solomon^J. Solomon ; une Dame en chapeau rouge, par M.Harrington ; Mann ; Mme Lombard, par M . Mouat Loudan ; Rêverie, par M. Richard Jack et H. Richardson Esq. ,parThe Hon. John CoUier.L'habileté de M. William Orpen apparaît fortement dans son portrait de Miss Lamb — modèle pas du tout plaisant — d,ins
lequel l'artiste involontairement se dépeint à l'œuvre avec une aussi grande fidélité que s'il se reflétait dans un miroir, au mur. Il y a encore d'autres portraitsqui,par eux-mêmes, se rangent dans ime classe à part. Tels sont, semblables à des fantômes, ceu.x qui viennenV>4u défunt Eugène Carrière, y compris ceux de Rodin et d'Henry I.erolle ; l'effrayant et admirable rapiéçage en peinture, appelé le marquis dcl Grillo -par Signor Ms.nc'mi, et une pose excentrique de M. G. K. Chesterton par M. Hugh G. Rivière. Enfin, il y a M. Blanche. On aimerait à connaître l'opinion de Lady Marjopie Manners et de Thomas Hardy Esq. sur l'œuvre au peintre qui les a représentés sur toile. Assurément ce sont des caricatures. Où est la beauté de la première dans cette créature maniérée et névrosée ? Où sont la vigueur de l'intelligence et la virilité de caractère du second, l'un de nos plus nobles écrivains, le créateur de Trss, dans la figure sans nerfs et sans expression que nous montre M. Blanche ?
L'Exposition de la Société rovale des ,\quarellistes arrive, comme valeur, facilement à la moyenne. Comme d'ordinair'^, il y a beaucoup de lîonnes choses en fait de paysage, ce qui, d'ailleurs, est conforme aux traditions de la Société. Sir Ernest Waterlow, pour le représenter, n'a pas moins de douze dessins, dont Westerly Clouds, Norfolk (Nuages de l'Ouest, Norfolk) nous a paru le plus agréable. M. Robert I.ittle approche très près de l'esprit de la nature : dans son œuvre charmante, son Shardelo;s passe vraiment le doux air des soirs dans la campagne anglaise, et le Monlight at the Gobh, Lyme Régis (Clair de lune à...) est un véritable triomphe. La brosse vigoureuse de M. D. Y. Camcron apparaît plus vigoureuse encore par contraste avec le soin d'exécution qu'apportent dans leur œuvre la majorité des exposants. Le contraste est tout en faveur de M. Cameron. et plus spécialement dans l'énergique tableau Evening Mists oti the Meuse (Brouillards du soir sur la Meuse). Parmi les portraitistes, la première mention revient à M. J. \\'al(er West. Il donne à ses sujets un charme et une délicatesse qu'aucun autre exposant n'égale. Sa Beatrix of'\ Thachcray's Esmcnd descendant radieuse l'escalier, «clairée qu'elle est par la bougie qu'elle tient à la main, e.st tout à fait délicieuse — et Quaker-Grey (gris-quaker), une belle figure habillée du costume gris sobre des Quakers, lui dispute la faveur de très près. Une série d'études au
crayon pour ces deux dessins fait ressortir davantage encore le talent de l'artiste. Miss Brickdale nous désappointe dans sa Madonna an'l Child (La Madone et son enfant). La Madone est gauchement posée et l'enfant est d'une très grande faiblesse. A suinmer memory (Souvenir d'été), de M. Lionel Smythe ; Ceyfo» Léopard, de M. John Swan; les illustrations des poèmes l\Tiques de Herrick ' par Mme Stanhope Forbes; Clytis of the Sixties de M. E. J. Sullivan; les jolies marines de M. Napier (Hemy), et de M. Tukeles scènes ensoleillées au port Falmouth, sont autant d'œuvres qui, toutes, méritent d'être mentionnées.
M. Arthur Rackhara s'est acquis une réputation, depuis longtemps, par la grâce de son dessin, combinée avec le piquant de son humour et l'extraordinaire étendue de son imagination. Cette réputation est encore rehaussée par l'exposition aux Galeries Leicester de ses illustrations à l'ouvrage de M. Barrie, Peter Pan in Kensinglon Gardens. Jamais auteur ne fut plus heureux dans le choix de son illustrateur. Les fées, les lutins de M. Rackham sont exactement tels que M. Barrie dut les avoir en l'esprit. Sa Qiieen Mab est la création la plus délicieuse, aussi belle, aussi éthérée qu'une reine des fées peut l'être. Mais M. Rackham peut également bien peindre les enfants des honmies. A n nfternoon when the Gardens were whits wilh Sno!i'(Un après-midi que les jardins étaient blancs de neige) et In the broad Walk yoii meet ail the people who are worth knoving (Sur le grand chemin vous rencontrez tous ceux qui .sont dignes d'être connus) mettent au jour les bandes heureuses des petits qui font les délices des jardins Kensington. Et le dessin qui représente la Serpentine la nuit est un véritable tour de force. 1' L'exposition des aquarelles pour panneaux dans la même oilerie offre beaucoup d'intérêt. Les études sobrement colorées que donne M. Lee Hankey, des jeunes paysannes françaises, sont nettement bonnes, spécialement celle intitulée And the Moon is waxing warm (Et la lune devient plus chaude) et une autre Many the wonders I this day hâve scen (Tous les prodiges que j'ai vusaujourd'hui), liabileétude d'une jeune mère et de son enfant. Les impressions de Concarneau et la flotte de pêche de M. Terrick Williamssont pleines d'atmosphère et de lumière ; on peut en dire autant des études de M. Graham Pétrie sur l'Italie et le Maroc.
Arthur Fish.