AUTRICHE= HONGRIE
A Pkagce est exposée l'œuvre du jeune sculpteur Bohu- ■^^ mil Kafka, bien connu à Paris depuis l'exposition organisée en mai 1906 par M. Hébrard. M. Kafka avait débuté en Bohême, en 1903, par une petite exposition spéciale au Rudolfinum de Prague, où déjà s'annonçait un maître de demain. Le voici aujourd'hui adopté par cette société Mânes qu'il boudait un peu et à laquelle son talent et ses succès l'imposent. Paris, qui l'a merveilleusement développé, ne l'a pas foncièrement changé, mais lui a fourni des occasions sans cesse renouvelées d'exercer son heureux tempérament et de mettre en valeur les beaux dons qui bii sont échus. Son champ d'activité est plus grand, son habileté s'est accrue ; mais l'aspect de l'œuvre reste le même. Et puis c'est toujours le même travailleur acharné qui éprouve le besoin de sculpter tout ce qu'il voit comme d'autres celui de croquer, le même esprit éveillé qui s'intéresse à tout et découvre le côté sculptural de tout : une réunion de baigneurs sur une plage, un cygne mort, un chien au repos, une jument qui allaite son poulain, des couronnes fanées et pleureuses
sur des épitaphes mortuaires. C'est l'imaginatif brûlant de rivaliser avec les hautes conceptions d'un Rodin et établissant avec une agilité fiévreus; la maquette de conceptions symboliques : l'Amour, le Drame éternel. C'est le praticien affamé de difficultés à vaincre : Femme se tenant par un pied, ou de neuves attitudes, encore à l'exemple de Rodin : Le Réveil. Et la transition se fait entre le poète doublé du praticien épris de la sculpture pour elle-même et le portraitiste, par cettcjRMîKf? de la Vie. composée de deux mains de détresse rejoignant un visage de douleur. Le portraitiste est merveilleux et découvre le côté monumental d'une tête et d'un visage même parfaitement quelconques aux yeux de l'observateur superficiel. Mais M. Kafka a un tel don de vie qu'il rendrait vivante même la face la plus paterne. Ce qu'est l'animalier, je le dirai tout à l'heure. Mais voici le statuaire séduit par cette délicieuse apparition dans l'histoire politique contemporaine de l'impératrice Elisabeth, à qui la mort tragique sied comme un charme de plus. Et voici le décorateur dont la Cérès héroïque et les tombeauxL
font preuve d'un si grand goût dans un modernisme sans inquiétude. Tout cela a l'air heureux, aisé, enjoué, produit avec une facilité merveilleuse, aussi M. Kafka se doit-il d'être sévère envers lui-même. Que le cas de son compatriote'Jlucha, également si bien doué, mais qui n'a su ni se renouveler, ni se châtier, et se refuser à sa facilité, lui soit un perpétuel avertissement. Il faut toujours se défier .des .succès hâtifs et de la gloriole prématurée. Je discerne dans l'œuvre de M. Kafka des qualités de sérieux et de réfîexion qui demandent à être cultivées rigoureusement, c'est-à-dire en leur sacrifiant tout ce qui est de la production courante. Je discernecgalement dans cetto œuvre des germes de défauts qui procèdent tous de cette dangereuse facilité. Les Tchèques, plus encore que d'autres Slaves, excellent à prendre les tours de main extérieurs et élégants ; ils sophistiquent la difficulté avec une virtuosité couronnée, et quand ils sont arrivés à cela, généralement ils s'arrêtent et ne font plus de progrès. Les musiciens seuls ont été des âmes profondes dans la génération d'artistes du xix^ siècle. JI. Kafka me parait merveilleusement outillé pour cette lutte courageuse contre lui-même et contre l'entrainement des choses. La production hâtive et irréfléchie ne saurait être le fait de l'artiste qui, étudiant, a sculpté cet étonnant et un peu repoussant modèle nu, fleuret sous le bras, conservé à l'Académie de Prague et où la méticuleuse conscience du débutant ne s'est fait grâce ni d'une veine, ni d'un pli de la peau. A faire de pareilles gammes, il n'est pas douteux que l'on puisse acquérir un métier surprenant etensuite exécuter à peu près tout ce que l'on veut dans le sens opposé. Mais je crois qu'il
faut se défier des virtuosités trop grandes ainsi que d'une seconde ignorance qui est à vaincre comme la première. Heureusement M. Ivafka nous présente un assez grand nombre de fiers morceaux pour nous rassurer pleinement : le portraitiste et l'animalier nous sont garants de la sincérité du symboliste et du décorateur. Décorateur, tout le monde l'est à Prague ; le Tchèque cultivé d'aujourd'hui a la décoration dans le sang, depuis les origines lointaines de ce sang, dans le village naïf où l'art populaire embellit chaque objet. Pour devenir vraiment le décorateur monumental et universel qui doit échapper à cette honorabilité moyenne et la surpasser, il
BUSTE P.AR KAFKA
faut plus que du talent et il faut plus que du travail. Mais même si M. Kafka ne devait jamais aller plus loin, l'état actuel de son œuvre suffirait à lui assurer un aimable .souvenir dans la mémoire de ses compatriotes. Ses scènes de la plage m'ont jappelé l'intérieur d'établissement de bain si scrupuleusement détaillé et si poétiquement par Donatello au Santo de Padoue ; mais je ne puis pas dire que je raffole de ce que les sculpteurs du tombeau de Jlaximilien à Innsbruk appelaient de la peinture au ciseau. Et c'est ici presque de la peinture impressionniste tant il circule d'air entre ces .groupes lumineux si expertement pris sur le vif. Mais ce n'est là qu'une sorte de divertissement ; presque du journalisme sculpté, quelque page bas-reliève d'un cnoie/ liu hi^h Hfe en pierre ou en bronze. Va pour le divertissement dans ces proportions charmantes. Après les énormes tableaux sculptés de M. Bistolfi, on peut éprouver quelque bien-être là-devant ; et surtout respirer, tant c'est frais et de primesaut. Mais quelle autre valeur a, si l'on veut de l'élégance et de la grâce, ce cygne mort qui repose dans le hérissement immaculé de ses plumes, et si l'on veut de la force, le lourd sommeil tranquille de ce chien. Une chamelle léchant un de ses petits pendant que l'autre la tette a l'allure d'un croquis instantané. Ce sont là notations qu'il faut s'estimer heureux de savoir prendre avec cette de.xtérité émue. Mais il y a des tours de force d'une autre valeur. Lorsque M. Kafka reconstitue si fièrement, d'après les portraits existants, les œuvres et la tradition, la physionomie chevaleresque et ardente de Joseph Mânes, le père et le patron de la jeun e école d'art tchèque ; lorsqu'il nousditl'épanouissement malin et bourgeoisement bien portant du papa Mikulas Aies, le dessinateur pamphlétaire et épique delà Bohème, qu'il nous soit permis de le préférer. Mais l'aubaine la meilleure à lui souhaiter serait celle d'un monument entier à décorer, tel que le nouveau pont qui va se construire à Prague. Après le pont Charles, de Brockhof, et le pont Palacky, où Myslheck fait si grande figure, nous souhaiterions un pont tout moderne de M. Kotera où MM. Bilek. Maratka et Kafka auraient chacun quelque grand ensemble prévu par l'architecture à remplir en toute liberté, au gré de leur fantaisie.
William Ritter.
BELGIQUE
T A Société royale des Aquarellistes a ouvert le i'^'' dé- ^^ cembre son" quarante- septième Salon annuel. Ce Salon n'a rien'de sensationnel. On y retrouve les mêmes noms que les années précédentes, et ni les envois étrangers ni les «nvois belges n'apportent aucune révélation.
Mais l'ensemble de l'exposition est d'une très belle
tenue. Il n'y a guère parmi les cent cinquante aquarelles réunies au Musée moderne, que des œuvres sérieuses ; celles qui marquent le mieux, le plus nettement une personnalité — celles du Français La Touche, de l'Anglais Bartlett, de l'.Allemand Von Bartels, du Hollandais Witsen, des Belges Jakob Smits et Delaunois — sont d'une technique
sav-ante ; il semble que ce genre de peinture échappe aux procédés faciles et aux étrargetés. S'il y a bien de temps à autre quelque page confuse bien qu'en couleur somptueuse, comme celle de M. Brangvv^-n, ou quelque bizarrerie inconsistante comme les oiseaux fantastiques de M. Van Hoytema et les évocations de Venise de M.Zilcken, il y a, par contre, nom bre d'œuvres fortes, faisant surgir l'émotion d'aspects intégralement fixés.
Parmi les Français, il y a tout d'abord La Touche, avec son Portrait d'un graveur, ha\gné d'une si lumineuse atmosphère, et un Souvenir de Bretagne ; il y a Le Mains, avec la Cathédrale et les Dernières maisons du faubourg ; Alexandre Benois, avec des coins du parc de Versailles d'un style grave ; Bottini. avec ses curieuses notations de la vie des bars.
Du côté des Anglais. Bartlett. dont la manière de plus en plus s'élargit et qui expose notamment un portrait de jeune fille, d'une grandeur simple, et une composition : Mèreet Enfant, qui, par le style, par la lumière tendre, par la couleur aux graves harmonies, rappelle le recueillement pieux des primitifs ; Nisbet, qui expose un paysage délicat et synthétique.
Du côté des Allemands, Von Bartels, avec une grande marine au mouvement épique, et avec deux intérieurs de couleur ardente; Dettmann. avec un paysage, où passent deux figures émouvantes ; et puis les paysages méticuleux de Schmidt-Michelsen.
Du côté des Hollandais : Breitner dont le Cheval de labeur, dans un coin de ville à la couleur subtile, austèrement, amèrement somptueuse, est malheureusement peu dessiné; Witsen, grand peintre peu connu, qui a envoj-é une page savoureuse, d'expression concentrée : Vus à Amsterdam, rappelant Breitner. avec un sens plus somptueux de la forme; Van der Waay. Haverman. Heyl.
Enfin il y a deux intérieurs baignés de lumière discrète de Walter Gay.
Du côté belge : un portrait de jeune garçon par Jakob Smits ; autour de la tête vigoureuse, construite et peinte en une pâte vernie qui rappelle l'huile, vibre une lumière à la fois éclatante et mystérieuse qui fait penser à la majesté de Rembrandt. Puis les intenses évocations des béguinages, par Delaunois, extraordinaires subtilités d'impression, déroutant langage de l'atmosphère et de la lumière furtive dans un métier qui poursuit avec science «t patience la consistance des choses ; puis les marines chatoyantes, aux ciels illuminés, de Marcette. et celles, frissonnantes sous le ciel écrasant, de Baeseleer; lesfantaisies à la Breughel, d'Amédée Lynen, grouillantes de couleur et de mouvement pittoresque ; le couple zélandais de Mertens.
au dessin pur et serré, à la couleur âpre. Et puis encore les solides études de Stacquet ; des coins de Hollande de Cassiers. avec de la grandeur quelquefois ; les fleurs de Mme Gilsoul. les paysages d'Uytterschant. de Hagemans. les savou- , reuses et originales notations de Lemnien.
La Société des Aquarellistes avait quelques jours avant l'ouverture du Salon, perdu son président, Henri Staequet, artiste de réel talent et de talent très fécond. Stacquet. fonctionnaire de la Banque nationale, ne pouvait donner à son art qu'une partie de sa vie. Et il avait su conquérir une maîtrise. Certains de ses intérieurs hollandais notamment, de couleur opulente et de matière somptueuse, sont vraiment des œuvres.
La série des expositions particulières a commencé au Cercle artistique de Bruxelles. On y a vu d'abord les toiles rapportées de Palestine par M. L. Cambier. et dont on a apprécié l'expression forte et la belle exécution. Puis est venue une double exposition : dans une salle, les toiles de l'Anglais Patterson, mouvementées, lumineuses, pleines de caractère, mais souvent de facture mince et brouillée. On a remarqué surtout un Intérieur et une Nature morte, de vision hardie, personnelle, et de beau métier crâne. Dans l'autre salle, les paysages, les coins de vieille ville, Jes marines d'un jeune peintre belge. M. Armand Apol. M. Armand Apol est un beau coloriste qui sait faire resplendir les choses sous les harmonies chaudes d'une vision ardente et qui fait passer des éclats dans 'la lumière discrète. Il peint avec la vigueur des vieux Flamands et se plaît à dessiner et à construire dans la pâte solide, voluptueuse. Il sait d'ailleurs imprimer à sa vigueur, une distinction, par l'unité de sa vision, une subtilité par l'atmosphère qui enveloppe et atténue, comme dans telle marine.
A Anvers aussi s'est ouverte la série des Salonnets d'hiver. Il faut signaler notamment une exposition de femmes peintres et sculpteurs ; Mmes Anna Boch. Alice Eckermans. Hélène Gevers, Hélène de Harven. Louise De Hem, Georgette Meunier. Adrienne Mois. Yvonne Serruys. Holterhof et Marie Wambach.
On a remarqué beaucoup une figure de fillette de Mlle de Hem, les fleurs, d'un métier si souple, de Mlle Georgette Meunier, de nerveuses statuettes de Mlle Serruys. et les toiles lumineuses de Mlle Anna Boch.
On avait vu auparavant des œuvres de Mme Clara Voortman. de Gand. une impressionniste au métier très siir et qui joint aux qualités de distinction de la femme la robustesse d'un talent appliqué et sérieux, en des pastels très étudiés.
ITALIE
"¥ TsE question d'un grand intérêt international demeure ^^ encore en suspens sur l'esprit des Italiens et sur l'esprit du monde savant. C'est la question des fouilles d'Herculannm.
La ville célèbre de la somptueuse Campanie, qui. depuis 1719 exalte la curiosité sacrée des chercheurs, sans avoir «ncore révélé toute la portée de son énorme trésor, intéresse en ce moment d'une façon toute particulière la presse artiste de l'Italie, et enflamme des discussions qui demeurent encore stériles. Le mérite de ce renouveau d'intérêt revient au professeur allemand Waldstein. et à sa proposition pour la constitution d'une société internationale d'archéologues dans le but d'activer définitivement les fouilles desquelles
l'Italie a semblé jusqu'ici se désintéresser presque complètement.
La proposition du profe.sseur Waldstein a naturellement rencontré des amis ardents et des opposants intransigeants. Les uns voudraient la voir accepter pour tenter enfin avec toute la patience, toute la science, et aussi tous les moyens nécessaires, la découverte du grand mystère caché dans les entrailles inexplorées d'un coin de cette terre que le Vésuve, l'implacable Stcrminator Vesevo rend tour â tour, dans les siècles, si pathétiquement belle et si tragiquement funèbre. Les autres se révoltent contre la proposition allemande, au nom de la dignité nationale, de la fierté d'un pays qui ne doit pas déclarer au monde sa réelle impuis-
sance, en acceptant l'ingérence étrangère dans la recherche du trésor enseveli de sa civilisation morte.
Cependant M. Waldstein, ému par l'indifférence des savants, ou plutôt du gouvernement italien, devant la nécessité esthétique et historique des fouilles, s'est borné à demander au gouvernement de vouloir autoriser un groupe d'amateurs d'art antique à contribuer aux fouilles d'Herculanum, car, dit-il, il faut pour ces travaux une telle somme d'argent qu'aucune nation, même riche, ne pourrait y suffire à elle seule. En outre, cette contribution étrangère ne veut nullement imposer des droits qui s'opposeraient à ceux, très naturels, de l'Italie même. Tout le matériel provenant des travaux resterait en Italie, ainsi que toutes les œuvres découvertes. M. AHredo Melani fait remarquer à ce propos qu'on ne verrait pas se renouveler en Italie ce qu'on a vu ailleurs, c'est-à-dire l'appropriation de la part des explorateurs des biens mis à jour, ainsi que l'ont fait les Dieulafoy pour les trouvailles de Persépolis, qui sont au Louvre, et lord Elgin pour r.\cropole, trop copieusement représentée au ilusée Britannique. De crainte qu'on se méprenne sur ses intentions, M. Waldstein a déclaré que ses amis ne demandent rien en récompense de leur contribution aux travaux, et qu'ils seront seulement heureux de recevoir du gouvernement italien les morceaux d'art qu'il voudra spontanément leur offrir.
Les craintes du parti opposé, portent aussi sur la question des publications, des mémoires, études, etc., qui seraient faites sur les trouvailles, et dont il faudrait garantir à l'Italie la primauté. Mais, en réalité, ce qui empêche une partie de la presse italienne de se ranger du côté du professeur allemand et d'en accepter avec joie la proposition, c'est un sentiment de dignité nationale, assez louable si vraiment les savants, les artistes et le gouvernement italien y répondaient d'une manière satisfaisante. Depuis un an, on fait appel à une souscription nationale en faveur des fouilles d'Herculanum. Jusqu'ici rien ne fait prévoir son heureuse réussite ; dans ce cas, je crois que l'opinion publique finira par considérer avec reconnaissance l'offre qui vient de l'Allemagne, et les travaux d'Herculanum pourront ainsi être poursuivis avec diligence.
On attend beaucoup de ces fouilles. Et tout fait penser que l'attente ne sera pas trompée. Herculanum a donné jusqu'ici les plus beaux morceaux trouvés dans cette puissante et malheureuse contrée.
A propos d'un article du Times sur les richesses, certes égales, sinon supérieures, à tout ce qu'on prévoit, que le sol de l'Italie méridionale renferme avec une jalousie farouche, j'ai déjà signalé ici le contraste entre le désir des plus ardents et des plus savants archéologues, et l'état actuel des fouilles italiennes et des recherches de toute sorte dans ce domaine pourtant si hautement intéressant. Cependant le conflit entre une partie de l'opinion publique et l'offre de contribution que l'Étranger fournit à l'Italie, certes, ne durera pas longtemps.
En attendant, l'empereur Guillaume se montre particulièrement intéressé par l'art antique de l'Apulie. J'ai dit dans le dernier numéro de l'Art et les Artistes qu'il avait donné une somme d'argent pour la restauration de la cathédrale de Bari. On signale maintenant la tournée en Apuliede M. Arthur Hasloff, professeur à l'Institut prussien d'archéologie à Rome, et d'un photographe, le D' 'Wachernagel, envoyés par l'Empereur pour étudier et photographier tous les monuments apuliens qui rappellent la gloire de ses ancêtres, les Hoenstaufen, et aussi les autres œuvres d'art du moyen âge. Encore une fois, la presse italienne remarque avec tristesse que cette initiative vient de l'Etranger, et que depuis de nombreuses années on ne s'est plus soucié d'étudier et de fouiller l'Apulie, où cependant
tout est à découvrir, et oii tout peut contribuer puissamment à éclairer les pages les plus obsciires, qui sont certes parmi les plus glorieuses, des premiers mélanges esthétiques d'où les races de l'Italie du moyen âge prirent leur grand essor.
IIemesto des Hommes, des Choses et des Ptelica- Tioxs d'Akt. — On travaille activement à ce que l'Exposition d'art ancien de l'Ombrie, qui doit s'ouvrir à Pérouse au printemps prochain, ait tout l'éclat que les artistes du monde entier attendent d'elles.
L'Ombrie, dont .les manifestations animiques anciennes sont liées à la Renaissance, comme les racines le sont à la plante, a répondu avec un grand élan à l'appel de sacapitale. On travaille aussi à la Pinacothèque de Pérouse qui sera inaugurée en même temps que l'Exposition d'art ombrien.
— Un conflit assez singulier est celui qui se débat en ce moment entre les promoteurs d'un monument au Pérugin à Pérouse et [un groupe d'adversaires qui voudraient plutôt honorer le Pinturicchio. Il est curieux de constater que le comité constitué en l'honneur du Pérugin a ouvert une souscription depuis une vingtaine d'années, et que c'est au moment de son aboutissement, que des dissidents reprennent une question déjà trop débattue, pour savoir à qui Pérouse doit une apothéose le jour de l'inauguration de son Exposition.
— On espère que le gouvernement italien déclarera bientôt monument national, le célèbre château de Philippe Brunelleschi, à Vicopisano. Cette déclaration est urgente, pour que des travaux de restauration soient poursuivis le plus tôt possible, afin d'éviter la ruine, qui serait très regrettable, de cette admirable œuvre militaire due au grand architecte florentin.
— Le gouvernement est entré en possession desfresques de Tiepolo, détachées de leur emplacement à la villa Duodo, et qui étaient sur le point d'être vendues à une dame française. Mais on signale en même temps que deux autres fresques du même auteur, deux plafonds de la villa Onigo, se trouvent chez un antiquaire de Venise prêtes à partir à la première occasion. On sollicite le gouvernement de prendre ses précautions afin que ces œuvres du maître vénitien ne soient pas dispersées.
— A propos du portrait d'Andréa Doria. dû au Titien, dont on avait annoncé la découverte, quelques critiques d'art commencent à élever des doutes sur son authenticité. Cette œuvre devait être vendue aux enchères. La direction générale des Beaux-Arts à Rome, semble s'y intéresser d'une façon particulière.
— Il paraît que le fameux TrT,-ptique de Segantini, pour lequel l'Italie officielle a montré la plus complète indifférence, a été vendu en partie à M. Berthier de Wagram, qui aurait payé 200 000 francs la partie centrale de rœu\Te : La Nature. M. Hermann Eissler, de Vienne, et M. Kâroly Mihâly, de Budapest, ont aussi acheté des œuvres de- Segantini. M. Hermann Eissler a acquis : l'Orage daus la montagne, la Mère, et les Vaches à l'abreuvoir. M. Kâroly Mihâly a acheté le dessin de la Tonte.
Quelques solitaires artistes, et quelques rares esthètes italiens, voient avec leplus profond regret mutiler le Trj-ptiquequ'ilsavaientespéré en vain voir dans sa forme intégralehonorer quelque musée italien, et pensent que le seul grand maître de la peinture italienne contemporaine méritait une autre considération de la part de l'Italie officielle.
— M, le ministre de l'Instruction publique a ouvert un concours parmi les artistes italiens, pour une eau-forte représentant le poète Giosuè Carducci, qui vient de recevoir le pri.x Nobel. Le vainqueur du concours touchera le prix de 5 000 francs.
— On annonce une Exposition de l'œuvre de M. Sacconi,
l'architecte défunt du monument à Victor-Emmanuel II à Rome. Le sortde ce monument, que les Italiens déclarent devoir être « la plus grande œuvre architecturale des temps modernes », continue d'être des plus curieux. Une nouvelle commission de trois personnes, désignées par le gouvernement, a été encore nommée, pour prendre une déci-
sion afin de continuer les travaux que la mort de l'architecte Sacconi a interrompus.
— Une Exposition d'art à Florence, a accueilli un grand nombre de jeunes et de vieux artistes. Le succès a été satisfaisant, et non seulement les artistes de Florence y ont contribué, mais ceux aussi des autres pays de la Péninsule.
RlCCIOTTO Canudo,
NORVEGE
CE petit pays de deu.x millions et demi d'habitants traverse depuis un demi-siècle une période de floraison artistique véritablement inouïe. Ce n'est pas ici le lieu pour ' insister sur les noms glorieux d'Ibsen, Bjœrnson.Lie, Kielland, Hamsun, ou de Grieg, Svendsen, Sinding, Backer- Grœndahl, il convient pourtant de les citer pour rappeler le concordant développement de toutes les branches de l'art norvégien. Pour ce qui est des peintres, des sculpteurs, •des graveurs, des décorateurs et des architectes, leurs noms et leurs œuvres sont moins connus du public continental parce que les arts figuratifs ont une force de diffusion bien inférieure à celle de la musique et de la littérature, c'est donc avec .empressement que je saisis l'occasion de révéler au public français les noms de la glorieuse pléiade des artistes norvégiens contemporains. Vn seul d'entre eu.x «st parvenu à la célébrité universelle, c'est Thaulow ; sa gloire, bien légitime, ne doit faire oublier ni ses grands contemporains, les Werenskiold, Munthe, Heyerdahl, Krohg, Eilif Peterssen, ni les artistes des générations suivantes, les Edvard Munch, Diriks, Holmboe, Sohlberg, Erichsen, etc. On ignore généralement jusqu'au nom du grand sculpteur Vigeland ; l'art populaire norvégien du moyen âge et de la renaissance, si curieux, si riche, si instructif est entièrement inconnu ; bien peu enfin savent qu'en architecture, en orfèvrerie, en tissage, en mobilier, il y a un style norvégien très original, très vivant, et qui mérite certainement d'être suivi à l'égal des arts décoratifs français, anglais et allemand. La cause principale de ce grand effort artistique réside dans la nature même de ce peuple, qui nourrit pour les choses de l'art une passion telle qu'elles font pour lui partie intégrante de ses préoccupations journalières et même de sa vie publique : Ce n'est pas une élite seulement qui s'intéresse aux événements artistiques en Norvège, c'est le peuple tout entier ; je n'en veux pour preuves que deux faits tout récents, si récents même que je puis, par
leur relation, inaugurer ces brèves chroniques mensuelles : Le premier c'est la présence de délégations de toutes les classes de la société au.x funérailles nationales de Thaulow à Christiania ; il me suffira de l'avoir mentionné. Le second au contraire exige plus de détails :
Le grand sculpteur G. Vigeland a exposé, au mois de novembre, un projet de fontaine monumentale à élever au centre de Christiania. L'érection d'une fontaine est un projet déjà ancien et pour lequel la ville avait constitué un certain fonds. Mais les frais du monument grandiose de Vigeland dépassaient de beaucoup la somme disponible. Le public se passionne pour l'œuvre, une souscription va s'ouvrir, lorsque de jeunes sculpteurs norvégiens, jaloux du triomphe de leur confrère, rappellent qu'une autre souscription, en faveur du monument du mathématicien Abel, par le même Vigeland, est déjà ouverte et n'a pu réunir la somme nécessaire. Quant au projet de fontaine, ils réclament qu'on le mette au concours entre tous les sculpteurs norvégiens. Mais le public s'indigne du procédé, et pour faire disparaître la principale objection, donne en masse à la souscription en faveur du monument d'Abel ; le roi se met à la tète de la liste et en deux semaines la somme nécessaire est atteinte. Le projet de concours est toujours l'objet de discussions passionnées, il est probable qu'on n'y donnera pas suite. Du moins. Christiania a-t-el!e gagné à cette agitation l'érection prochaine du monument d'Abel.
Il est ^Tai que les œuvres en question méritaient cet intérêt ; nous n'y insistons pas, parce qu'elles seront examinées ici-même dans une prochaine étude sur Vigeland ; mais ce qui mérite d'être retenu, c'est l'intérêt passionné de tout un peuple aux choses de l'art, intérêt d'autant plus efficace que, joignant le geste à la parole, les habitants de Christiana ont fait eux-mêmes le nécessaire pour assurer à leur ville une nouvelle beauté.
Magxus Syxxestvedt.
ORIENT
■É^GVPTE. — Le Caire. — Les professeurs allemands qui ont obtenu du Gouvernement khédivial l'autorisation de faire des fouilles dans la Haute-Egypte sont arrivés au Caire. Cette mission, composée des hautes personnalités égyptologues du Musée de Berlin, a déjà commencé sa Campagne d'e.xcavations. En décembre elle a opéré à Ashemounieh prés d'Assiont : au mois de janvier des travaux identiques seront entrepris à Eléphantine.
Alexandrie'. — L'infatigable archéologue qui fouille continuellement la terre égyptienne pour le compte du service des antiquités, M. Barsanti, vient de faire derrière la pyramide d'Llnas une découverte du plus haut intérêt. Il s'agit d'un sarcophage anthropoïde, en parfait état de conservation. Ce tombeau qui date du v<= siècle avant l'ère chrétienne, est celui d'un prêtre égyptien, nommé
Hokamensaf. Cette précieuse trouvaille a été immédiatement dirigée sur le musée ainsi qu'une centaine de vases, d'un usage inconnu, trouvés à ses côtés et un grand nombre de statuettes mortuaires, en porcelaine bleue émaillée, presque toutes intactes.
TcRQUiE. — Le vieux sérail. — On sait que le Palais de Top-Capou, ou Vieux Sérail, qui fut la résidence des Sultans depuis Mahomed II le Conquérant, à Mahmoud II (i8oS) le destructeur des Janissaires, est un des chefsd'œuvre de l'architecture ottomane. Depuis que les Padischahs, pour des raisons qu'il serait trop long de donner ici, désertèrent la Corne d'Or pour l'entrée du détroit et firent successivement bâtir les palais de Dolma- Baghtché, de Tchéragan et de Yildiz, le Vieux Sérail fut affecté à différents services dépendant de la Liste Civile,
PALAIS DU VIEUX SERA ou Pavillon Sacré du
du Ministère des Finances et de celui de l'Instruction publique. C'est en effet, dans les jardins du Serai que s'élèvent l'École des Beaux- Arts de Constantinople et le Musée impérial ottoman avec ses deux pavillons-annexes ; c'est au Serai que se trouvent installés le Trésor impérial et l'Hôtel de la Monnaie ; c'est, enfin, au Serai que sont conservées dans un pavillon spécial, dénommé Hirka Chérif-Odassi, les 'reliques du Prophète, composées du Manteau de Jlahomet, de son étendard (le Sandjack-i-Safir), de son arc et de son cimeterre.
Tous les ans, le 1 5« jour du mois de Ramazan, a lieu une imposante cérémonie à laquelle assiste et prend part le sultan lui-même. .A.près avoir ouvert la cassette renfermant le Manteau sacré et posé ses lèvres sur la relique sainte, le Padischah l'expose à la vénération publique des croyants.
Or, comme on s'était aperçu en juin dernier que ce pavillon se lézardait par endroits, un iradé impérial, daté du commencement de juillet, promulguait sa restauration en même temps que la restauration de l'appartement où se trouve la châsse sainte. Les travaux commencés, immédiatement, sous la surveillance de S. E. Edhème Bey, directeur du Trésor impérial, des généraux Riza Pacha, gouverneur du palais de Top-Capou, Nazim pacha directeurde la fabrique des faïences, etizzet Bey, sous-directeur du palais impérial, étaient complètement terminés pour le 1 5 Ramazan de cette année, date à laquelle, comme tous les ans, le cortège impérial a fait le pèlerinage du palais de Yildiz au palais de Top-Capou.
L'ameublement du sanctuaire aétéégalement renouvelé: les étoffes précieuses nécessaires à sa décoration ont toutes été spécialement tissées par la fabrique impériale de Hereké.
Musée impérial ottoman. — Une partie des objets antiques découverts à Aphrodissias (Aïdin), au cours des fouilles dirigées par Naïli Bey, directeur de l'Instruction publique du Vilayet, vient d'être expédiée au Musée impérial ottoman. L'envoi se compose de trente-cinq grandes caisses renfermant des antiquités qui toutes appartiennent à l'art grec et à l'art romain. Parmi les marbres les plus remarquables, il faut citer cinq statues de femmes de grandeur naturelle et parfaitement conservées, une colossale statue de Jupiter absolument intacte et d'allure superbe, trois statues romaines, un aigle immense, une énorme tête de lion, cinq admirables têtes de Méduse et un merveilleux bas-relief représentant une gigantomachie qui parait être de la meilleure époque grecque. Elle mesure quatre mètres
IL HIKK.\-CHERIF-ODASSI Manteau de Mahomet.
de long sur deux de large. Dans un désordre apparent fait d'un art parfait les dieux, sous la conduite de Jupiter, de Minerve, de Junon et d'Apollon, livrent bataille rangée à des Titans révoltés. C'est la trouvaille la plus importante qui ait été faite jusqu'à ce jour à .Aidin.
Salonique. — .Xprès Constantinople, aprèsSmyrne, après
Brousse, voilà que Salonique va avoir aussi son musée. Personne n'ignore que la ville de Thessalonique dont l'histoire est restée célèbre, renferme en ses entrailles des trésors d'art de grande valeur. Tous les jours amènent quelque nouvelle découverte. Il suffit de gratter le sol en n'importe quellepartie de la région pour e.xhumer un objet antique. Rien que dans l'espace d'une semaine on a déterré plus de deux cents pièces d'une très grande importance archéologique. D'une part des ouvriers forant un puits, près de la Tour-Blanche, ont mis à jour des colonnes, des stèles, des bas-reliefs dont quelquesuns, portant des inscriptions en grec et en latin, remontent à l'époque romaine. D'autre part, en déblayant les vieilles murailles qui se sont écroulées, dernièrement, sur le boulevard Hamidié, des terrassiers ont découvert parmi les décombres une quarantaine de grandes plaques en marbre, toutes intactes, et portant des inscriptions en grec ancien qui dateraient de l'an looo avant Jésus-Christ. Jusqu'à ce jour toutes les merveilles d'art découvertes à Salonique étaient, suivant les règlements, envoyées au Musée impérial ottoman de Constantinople. Justement émue par la fréquence et la qualité de ces trouvailles, la municipalité de la ville a décidé la création d'un musée local où seraient, à l'avenir, exposées toutes les antiquités qui viendraient à être découvertes dans la région. L'emplacement choisi pour le futur Musée est le jardin même du lycée impérial. En même temps que cette décision était soumise à la ratification de Son Excellence Hamdi Bey, directeur général des musées impériaux ottomans, elle était communiquée aux autorités des districts dépendant du Vilayet de Salonique. La nouvelle a produit partout xme excellente impression. Des personnes généreuses ont promis déjà l'envoi de dons consistant en objets antiques pour le musée projeté.
M. Fausto Zonaro. — J'avais donné, ici même, il y a trois mois la liste des tableaux que le commandeur Zonaro, peintre de S. M. I. le Sultan, avait envoyés à l'Exposition de Milan. Le Jury vient de décerner «ne médaille d'or à l'artiste dont le talent a été aussi apprécié en Italie qu'il l'est en Orient.
AfiOLPHE Th.il.\sso.
SUISSE
TVE nombreuses expositions, à cheval sur les mois de ■^ novembre et de décembre, ont occupé, dans nos principales villes, l'attention des amateurs d'art qu'on ne réveillait, autrefois, qu'au printemps.
Il n'est pas jusqu'à Coire, chef-lieu du grand canton montagnard des Grisons, qui n'ait voulu avoir la sienne. Pour la première fois l'art grison a voulu démontrer son existence propre et l'expérience, que d'aucuns déclaraient présomptueuse, a parfaitement réussi. Vingt peintres ont exposé à Coire 1 1 2 œuvres, parmi lesquelles on a admiré surtout les paysages de G. Giacometti, A. Christoffel et Ch. Conradin. Une série de vues de la Maloja (aquarelles) du fougueux coloriste qu'est Giacometti ont eu un succès tout particulier. Les magistrales eaux-fortes de Gottardo et Mario Segantini, d'après les œuvres de leur illustre frère, constituaient, comme on le pense, une des principales attractions de cette première manifestation collective de l'art grison.
La vogue du peintre bernois F. Hodler, dont M, William Ritter vous entretenait si bien naguère, ne fait que s'accentuer en Suisse, après une longue résistance du public. A Zurich même, oih ses fresques du musée national soulevèrent de si violentes tempêtes, Hodler est aujourd'hui l'objet d'un véritable engouement. Il le doit moins à son art fruste et rude de vieux Suisse qu'à ses retentissants succès en Allemagne et en Autriche. On s'est donc précipité à l'exposition assez courte qu'il a faite au Kiinst- Icrhaiis d'une quarantaine de ses œu\aes anciennes et nouvelles. Une série de paj'sages récents et de iîgures anciennes — entre autres les fameux panneaux de guerriers suisses qui ornaient le pavillon des Beaux-Arts à notre Exposition nationale de 1896, — ont trouvé des acquéreurs dans des milieux où, il y a peu de temps encore, on ne prononçait pas le nom de Hodler sans un sourire de dédain et un haussement d'épaules. En 1896, à la clôture de l'Exposition, les fameux panneaux avaient été vendus aux enchères et n'avaient pas, l'un dans l'autre, atteint le prix de 100 francs le panneau. Les temj)s ont changé et les prix aussi. Je ne voudrais pas jurer que la qualité des œuvres soit restée la même.
A Lausanne, après le grand succès populaire des Lutteurs de Giron, les amis du peintre E. D. Turrian ont réuni à la Grenette une exposition posthume de 150 œuvres de ce paysagiste consciencieux et distingué que la mort a frappé à 40 ans en plein travail et en pleine production .
La plus grande partie de l'œuvre de Turrian se compose de paysages vaudois et de vues de la vieille ville pittoresque de Mondon, où il habitait.
Mais Turrian avait voyagé et séjourné en Russie, et il en avait rapporté toute une série d'études de paysages et de figures de moujiks, d'une rare sincérité d'impression et de rendu, qui sont la part la plus neuve et la plus curieuse d'une œuvre que la mort l'a empêché d'achever. JS
Les artistes suisses de Munich — peintres, sculpteurs, illustrateurs — ont eu la très heureuse idée d'exposer à Genève, à la salle Thellusson, une soixantaine de leurs œuvres les plus récentes. Cette initiative a été très goûtée du public genevois qui a fait le meilleur accueil aux paysages alpestres de MM. W. Lehmann, H.-B. Vidand, Mme Martha Kunz, comme aux paysages de plaine, si poétiques et si émus, du peintre bâlois C. Th. Ms\'er. Une grande eau-forte d'Albert Welti, le Port du Mariage, véritable fouillis d'idées, de cocasseries et de morceaux de maître — a soulevé beaucoup d'admiration et plus encore de discussion. Pour goûter pleinement ce tout y va pittoresque, il faut un degré de germanisme auquel bien peu de gens ont atteint chez nous. La même remarque s'applique aux légendes et aux contes d'enfants si drôlement illustrés par l'amusant Ernest Kreidolf. Les animaux de M. Ad. Thomann, surtout les taches de son Pâturage gruyérien, sont d'un art tranquille, concentré et sûr qui mérite de plaire et qui plaît.
La sculpture suisse de Munich était représentée à Genève par les envois très remarqués de MM. Auguste Heer, \V. Mettler, Ed. Mueller (Joueuse de Violon) et Ed. Zimmermann. Les bustes d'écrivain de ce dernier artiste se distinguent par une facture sobre et serrée et par une fine pénétration psychologique ])lus louable encore.
GiSPiRD Vallette.
Échos des Arts
T A quatrième Exposition de la Société des Peintres de Paris moderne aura lieu au Grand Palais, en février prochain, sous la présidence d'honneur de M. Bénédite, conservateur du musée du Luxembourg.
Le campo-santo du Luxembourg étant rempli, celui du parc Monceau n'ayant plus beaucoup de pelouses vacantes, voici que l'on songe'à en établir un nouveau au Jardin des Plantes,, qui ne possède actuellement qu'une statue de Chevreul; on y ajouterait d'abord une statue de Bernardin de Saint-Pierre, dernier intendant du Jardin du roi; un des admirateurs de l'auteur de Paul et Virginie a légué une somme de cinquante mille francs pour ce monument qui est en voie d'exécution et sera placé en face du grand amphithéâtre, près de l'Orangerie. Seront mis ensuite un buste de Buf fon, devant la maison jadis habitée par lui ; une statue de Lamark ; puis on rétablira le buste de Linné, près du cèdre du Liban.
Xos lecteurs se souviennent des très intéressants dessins du maître Paul Renouard que nous avons reproduits dans un précédent numéro ; la collection complète en va être éditée par M. Benard, imprimeur à Liège, en un magnifique album du prix de deux cents francs, contenant 80 tailles-douces.
Il est précieux de posséder ainsi l'ensemble de ces véritables chroniques d'histoire que sont les croquis de Renouard ; dans son œu\T:e déjà si nombreuse, et d'un cosmopolitisme pittoresque, ce qu'il nous raconte des cérémonies du jubilé belge et des fêtes de l'Exposition de Liège tiendra une place importante ; portraits'd'une intensité de vie admirable, cortèges et foules, effigies officielles et tj'pes de la rue, ces instantanés demeurent des documents et des souvenirs'; nul doute que l'album nécessite un fort tirage, malgré son prix élevé.
JS
Un monument à Flaubert. — L^n comité vient de se constituer pour ériger sur une place de la ville de Rouen la
statue de Gustave Flaubert par L. Bernstamm, dont le plâtre a été exposé au dernier Salon des Artistes français.
Ce comité est ainsi composé :
Présidents d'honneur : MM. Léon Bourgeois. Jules Claretie, Aug. Leblond. maire de Rouen.
Président: M. Dujardin-Beaumetz. sous-secrétaire d'Etat aux Beau.x-Arts.
Membres : Mme Edmond Adam ; MM. Paul .\dam, Jules Adeline, Marcelin Berthelot, Adolphe Brisson, Alfred Capus, Henry Céard, Léo Claretie, Georges Clemenceau, François Coppée. Armand Dayot, F. Depeaux. Paul Desachy, Paul Deschanel. Duchemin. Jean Dupuy, Eugène Fasquelle, Gustave Geffroy. Ludovic Halév'y, .Adrien Hébrard. Léon Hennique, Abel Hermant, A. Houzeau, Frantz-Jourdain. Gustave Le Breton, Georges Lecomte, Jules Lemaître, Jules Lermina, Hugues Le Roux, G. Le Roy, Paul et Victor Margueritte, Arthur Meyer, Alfred Mézières, Maurice Montégut, Robert de Montesquiou, Pol Neveux, Georges Ohnet, Paul Ollendorff, D'' G. Pennetier, A. Périvier. Marcel Prévost, Quentin-Bauchart, Jean Richepin, J.-H. Rosny, Sully-Prudhomme, V. de Swarte, Toutain, Louis Vau.xcelles.
Secrétaire du comité : M. Maurice Guillemot.
Les souscriptions sont reçues au siège du Comité, 44, rue Laugier.
JS
Notre confrère La Cote d'Azur Sportive, vient d'inaugurer à Nice, au centre de la ville, à côté des Casinos et du jardin public, une belle salle d'exposition.
Un joli salon de lecture et de correspondance est ouvert à la disposition des hivernants, qui y trouveront tous les ouvrages sportifs, ainsi que les principales publications, parmi lesquelles L'Art et les Artistes.
Erratum. — Le monument du chevalier de la Barre, érigé devant le Sacré-Cœur, sur la butte Montmartre, dont nous avons annoncé l'inauguration dans notre dernier numéro, est de M. Armand Bloche et non Roger Bloche.
EXPOSITIONS ANNONCÉES OU EN FORJIATION PARIS
Ecole nationale des Beaux-Arts. — Exposition centennale de la gravure originale, prochainement.
Grand Palais. — En janvier et fé\Tier 1907, I\"* Salon de l'École française.
Galeries Georges Petit, rue de Sèze. — Grande Galerie : Femmes artistes, du 2 au 20 janvier.
Miniaturistes, du 2 1 janvier au 2 février. Petite Galerie.
Du I" au 1 5 janvier, Nico Yungmann.
Du 16 au 31 janvier, E. Chevalier.
Du i«' au 1 5 février, G. Scott.
Du 16 au 28 février, Lebasque. Galerie Druet, 114, Faubourg-Saint- Honoré. Matisse, du 30 janvier au 1 3 février.
Marquet, du 15 février au i" mars.
Galerie A. Aitre. — 52, rue Laffitte (Janvier).
Exposition de Peinture de l'artiste espagnol Vas. quez-Diaz.
Galerie Arthur Tooth and Sons, 41. boulevard des Capucines à Paris; 175 et 176, new Bond Street, à Londres; 299 Fifth Avenue, à New- York.
Tableau.x des Ecoles modernes française et hollandaise.
DÉPARTEMENTS
Angers. — Société des Amis des Arts, hôtel Chemeillier, 17' Exposition, du 2 décembre à fin février.
Bordeaux. — Exposition maritime internationale de mai à septembre 1907, avec section des Beaux-Arts, organisée par la Société des Artistes girondins.
Caxxes. — 5e Exposition internationale du 26 décembre 1906 au !«■■ février 1907 ; déposer ou faire parvenir les œuvres à Paris, chez M. Ferret, 36, rue Vaneau, ou au siège social de l'Association des Beaux- Arts, Cannes, Allées de la Liberté.
Moxte-Cario. — Au Palais des Beaux-Arts, 15"= Exposition Internationale des Beaux-Arts de la principauté de Monaco, de janvier à avril 1907.
S'adresser pour renseigneme nts à M. Jacquier, 40, rue Pergolèse, Paris.
PÉRiGUEtrx. — Société des Beaux-Arts de la Dordogne. Exposition au printemps de 1907.
ÉTRANGER
Badex-Badex. — Badener Salon, exposition des Beaux- Arts, d'avril à fin novembre. S'adresser à M. J. T. Shall, directeur.
Barcelone. — 5« Exposition internationale d'art en avTil 1907.
Berlix. — Exposition centennale de l'Art allemand.
Berlix. — l's exposition internationale de miniatures anciennes et modernes. Secrétaire général : D"' Fritz Wolf f, conservateur au musée de La Mark.
Bruxelles. — Salon de la Libre Esthétique (Musée Moderne).
MiLAX. — Exposition des Beaux-Arts. — E.xposition internationale d'Art décoratif.
Munich. — La prochaine Exposition annuelle des Beaux- Arts de 1906 au Glaspalast comprendra une exposition rétrospective d'Art bavarois de 1800 à 1850.
Venise. — 7» exposition internationale des Beaux-Arts, du 22 avril au 31 octobre 1907. Envoi des œuvres au Palais de l'Exposition, du 10 au 25 mars.
Bibliographie
LIVRES D'ART
L'Œuvre de Aimé Morot. — Librairie Hachette et Cie, 79, boulevard Saint-Germain.
L'œuvre de M. Aimé Morot tient aujourd'hui une place assez importante pour qu'une grande maison d'édition française comme la Maison Hachette, fut tentée de la présenter au pu'olic, sous une de ces formes
luxueuses chère aux éditeurs d'art anglais, qui tour à tour livrèrent à nos yeux charmés les beaux ouvrages où sont à la fois analysées d'une plume savante et représentées par de splendides héliogravures, les œuvres des Reynolds, des Gainsborough, des Hogarth, des Romney, des Reaburn, des Lawrence, et celles plus modernes de
John Sargent, à l'heure présente en pleine célébrité universelle, et dont l'art communie en si élégante fraternité avec celui des grands maîtres susnommés.
Ce qui caractérise l'œuvre de M. Aimé Morot, c'est la force dans la variété. Comme le dit M. Ch.Moreau-Vauthier, son spirituel préfacier, il eut l'amour de tout, comme d'ailleurs, son beau-père Gérôme, et avec une égale puissance et une égale facilité de pinceau il traita le sujet antique et le sujet moderne, le sujet militaire et le sujet tauromachique.la décoration murale et le Dortrait. Il faut néanmoins reconnaître que c'est en ce dernier genre que son art s'affirme avec le plus de maîtrise, et, entre autres effigies humaines, ses images si vivantes de Gérôme, de M. Dehaynin, de M. Bianchi, du prince d'Arenberg, de Mme Mering, du peintre Hébert... demeureront comme des modèles du genre.]
Dans les 60 planches magnifiques qui ornent le livre en question on retrouve, admirablement représentée, la plus grande part de l'œuvre de l'éminent artiste avec toute sa variété aussi séduisante qu'imprévue.
Les Maîtres du Paysage, par Emile Michel. — Hachette et Cie, éditeurs.
Voici un beau livre, écrit par un de nos critiques d'art les plus éminents, un de ceux dont le jugement est à la fois le plus éclairé et le plus impartial.
Ici, comme dans tous ses ouvrages d'art, M. Emile Michel se révèle avec ses remarquables qualités de clarté et de clairvoyante conscience. Nul n'était mieux désigné que lui pour affronter toutes les difficultés inhérentes à l'exécution de ce difficile ouvrage, difficile surtout en ce qu'il s'agissait d'enfermer en quelques centaines de pages toute l'immensité de' ce sujet infini.
Le texte est orné de cent soixante-dix reproductions. De plus, quarante planches hors texte (héliogravure)viennent s'ajouter comme d'éloquentes confirmations aux descriptions et aux analyses de l'écrivain.
Rip Van Winklc, par Washington Irtino (illustration de Arthur R.ickham). — Hachette et Cie. éditeurs.
Ce troisième ouvrage, une merveille de typographie et d'illustration, s'ajoute triomphalement à l'élitedessuperbes livres que la maison Hachette offre, cette année, comme cadeau.x d'étrennes à la curiosité des gens de goût.
L'annonce de ce livre charmant ne pouvait trouver ici d'autre place que parmi les livres d'art, car si la haute fantaisie qui anime le conte célèbre de Washington Irving, le classe parmi les œuvres purement littéraires les délicieuses et si originales compositions d'Arthur Rackham, toutes reproduites en couleur, le désignent à l'attention accueillante des plus difficiles parmi les bibliophiles. Sans doute certaines bonnes gens objecteront encore que l'aspect général du livre n'est pas très français et que l'esprit du dessin, le procédé de reproduction l'aspect de la mise en pages, et jusqu'àla sobriété ornementale de la couverture, n'ont rien qui rappellent la légendaire physionomie du fameux livre d'étrennes àtranchesd'oret à l'éblouissante couverture... Assurément, cela est indiscutable, mais... rassurant. L'art et le bon goût finiront-ils enfin par pénétrer en maîtres dans le livre d'étrennes et les yeu.x de nos enfants cesseront-ils bientôt d'être aveuglés par les vulgarités d'illustrations maladroites et les ors odieux des couvertures.
Nous espérons beaucoup de bien de la courageuse initiative de la maison Hachette et nous souhaitons le plus vif succès, le succès qu'il mérite, au bon Iit[> van Winklc de Washington Irving si admirablement compris et illustré par Arthur Rackham.
La Femme dans la Caricature. — Albert Langes, éditeur, Munich.
C'est une idée très originale qu'a eue M. Albert Langen, lespirituelet vaillant directeur du Simplicissimus, de confier à la plume experte de M. Edouard Fuchs la rédaction de cet ouvrage très important, très savant, très documenté mais que nous ne conseillerons pas d'offrir comme livre d'étrennes aux jeunes filles. Rowlandson, Gillray, Constantin Guys, Rops, Beardsley, Forain... y vivent en trop libre et trop intime confraternité.
Si nous avions une critique à adresser à l'éditeur de ce superbe ouvrage, dont le texte est éclairé par des centaines d'illustrations dont un très grand nombre en couleurs, ce serait uniquement sur le titre même de l'ouvrage. Si en effet la caricature est la représentation grotesque d'une personne, en un mot la déformation de sa physionomie normale, il faut bien reconnaître, qu'en de nombreux endroits du livre l'image donne un démenti à la définition.
Mais les minois charmants et les grâces rondelettes et affriolantes des jolis petits personnages de Beaudoin, de Jeaurat, de Gavarni et de Willette, ne font que rendre plus caricaturalement éloquents les traits, les gestes et les attitudes de ceux des Daumier,des Lautrec.des Heine et des Gulbransson. Dans ce livre curieux la grimace et le sourire se font valoir réciproquement. Et il faut bien reconnaître que, derrière l'enseigne du livre, c'est encore le sourire qui triomphe.
Cela était d'ailleurs nécessaire.
Souvenir du Passé. Le Cercle artistique de Marseille.pj-r]. Chaules Rovx. — A. Lemerre, libraire, Paris. A. Rey et Cie. imprimeur-éditeur, Lyon. — P. Ruat, libraire. Marseille.
.'\près avoir dans des études très appréciées, résumé sous une forme substantielle et vivante le passé historique, littéraire et artistique de la province, M. J. Charles-Roux, aborde cette fois dans un ouvrage qui est un véritable monument élevé à la gloire de son pays natal, l'histoire du mouvement artistique contemporain, dans toute cette aimable région de la France dont Marseille est le centre le plus actif. Et dans ce superbe ouvrage édité avec un luxe de bon goût, la vie et l'œuvre de tous les artistes dont les efforts, le talent et le génie, ont aidé soit directement, soit par de rayonnants reflets à ennoblir le glorieux patrimoine artistique de la Provence, sont étudiés avec une conscience émue et une science approfondie du sujet.
Ce livre magnifique dont l'exiguïté de notre Bulletin bibliographique nous interdit, à notre grand regret, toute analyse détaillée, s'impose à l'attention du public, car il embrasse dans le cadre considérable de ses développements historiques et critiques et de ses brillantes illustrations, toute une période d'art régional trop peu connue encore, bien qu'en elle se reflète une des plus pures lumières du génie français. J'estime que la lecture du beau livre de M. Charles- Roux est désormais nécessaire à tous ceux qui voudront connaître dans leurs détails non seulement les œuvres des artistes célèbres de la Provence, les Puget, les Joseph Vernet, les Ricard, les Monticelli, les Henri Regnault. les Paul Guigou (cet admirable paysagiste), etc., etc., mais encore celle de ces artistes mineurs, dont les efforts collectifs ont tant contribué à enrichir les musées provençaux de tant d'œuvres d'une si sincère originalité.
Ajoutons que le texte de M. Charles-Roux est orné d'une gravure au burin, de trente et une héliogravures, de deux planches en couleur hors texte, et de six cent quatre-vingtsi.x dessins originaux dans le te.xte.
Le Livre d'Or des Peintres exposants.
(Prix 10 fr.). chez M. E. Hoffmann, 325. rue de Vangirard.
JI. Hoffmann (Eugène) vient de faire paraître une réim-
pression de son Livre d'Or des Peintres, qui remporta, l'année dernière, un si vif succès de curiosité; dans cette édition nouvelle, il a ajouté un supplément important pour l'année 1905. L'ouvrage renferme toute une série nombreuse de biographies des peintres contemporains vivants, que l'auteur, pour faciliter les recherches, a réunis par groupes : Membres de l'Institut, Prix de Rome. Bourses de voyage. Hors concours et Sociétaires de la Nationale, Artistes Indépendants, etc., etc. Des illustrations nombreuses et choisies viennent agrémenter le texte et donner un puissant attrait à l'ouvTage. Une table anaU^tique, très complète, permet de trouver immédiatement les renseignements que l'on désire sur tel ou tel peintre, aujourd'hui arrivé ou célébrité de demain.
Talachkino. — En dépôt chez M. E. Rey, éditeur, 2, boulevard des Italiens.
Tel e.st le titre du livre si intéressant et si instructif, où sont décrits, par les plumes si autorisées de MM. N. Roerich et Serge Makowsky, les efforts intelligents et si méritants de la princesse Marie Tenichelf pour défendre la puissante originalité de l'art décoratif russe et pour favoriser sa logique évolution, en dehors de toute action déformante venue de l'extérieur.
Talachkino est le nom de la propriété où la princesse Tenicheff fonda les ateliers d'art qu'elle dirige elle-même avec une infatigable activité, y consacrant sa fortune et son temps. « Cette source (source vive de vie idéale) se trouve, nous dit M. Roerich, sur la grand'route de la Grèce, à Krivitchy dans la province de Smolensk. » Pour collaborateurs elle avait les paysans de la contrée. Les hommes exécutent des traîneaux, des galoubets, des armoires, des tables, des fauteuils, des cassettes... d'après les dessins si originaux et si ingénieux de Malioutine, de Zinovief, de Roerich, de Vroubel, de la princesse Marie Tenicheff, elle-même, dont l'apostolat artistique est soutenu par le goût créateur le plus personnel et le plus sûr.
Les femmes s'adonnent surtout à la broderie et de leurs doigts agiles sortent des chefs-d'œuvre aux dessins d'une simplicité imprévue et charmante et d'une harmonie exquise due à l'emploi de couleurs végétale.^.
Nous ne pouvons que signaler aujourd'hui cet ouvrage si curieux à ceux, chaque jour plus nombreux, que les choses d'art intéressent, et à ceux plus nombreux encore qui ignorent l'art industriel ru.sse dans toute sa caractéristique et véritable beauté.
Avant peu, espérons-le, nous pourrons nous étendre avec plus de détails sur cet intéressant sujet, grâce aux précieuses collaborations que nous nous sommes assurées en Russie, entre autres celle de M. E. Liatzki, le conservateur du musée impérial Alexandre III, et de M. Serge Makowskry, l'écrivain d'art russe si distingué.
Le livre sur les atelier.s de Talachkino est orné de nombreuses illustrations en noir et en couleurs.
La Comédie-Française (Histoire de la Maison de
Molière de 1658 à 1907). par Frédéric Loliée, préface de Paul Hervieu, de l'Académie française. Grand in-S" colombier, 500 pages, avec eau-forte de Décisy, 30 héliogravures, 200 gravures sur bois, d'après les dessins de Georges Scott et les œuvres d'art renfermées à la Comédie-Française : 100 francs.
Jordaens, sa vie et ses oeuvres, par Max
RoosEs (avec 149 gravures dans le texte et 33 photogravures et autotypies hors texte). — ErnestFL.iMMAïuox, éditeur, 26, rue Racine.
M. Max Rooses, le savant conservateur du musée Plantin-Monfus à Anvers, poursuit la série de la publication de ses magnifiques et si instructifs livres d'art, en nous
donnant cette année un Jordaens, qui ne le cède en rien à ses devanciers, ni par le luxe de sa présentation, ni par la richesse de son illustration, ni par la science historique et critique du texte.
Après Rubens et Van Dyck. Jordaens, le troisième grand maître de l'école anversoise, a trouvé un' historien digne de son génie et c'est un véritable monument fait de juste enthousiasme et d'irréprochable érudition que le grand critique flamand a élevé à la gloire du grand peintre flamand, le plus flamand assurément des trois grands maîtres, le plus réfractaire à toute influence étrangère, le peintre du peuple et de la bourgeoisie de son pays, « le héraut fougueux et débridé des jouissances matérielles ».
Le Maître (La Vie d'un Artiste), par F. Mê.\uile. — Un beau volume in-S», illustré de 75 gravures et croquis inédits de F. Millet, Rousseau, G. Courbet, Bramtôt, Roll, Steinlen, Léandre, Forain, Mahut, Tofani. Juana Romani, Ch. Toché, Méaulle, etc. — Broché : 2 fr. 40 ; relié pleine toile : 3 fr. 20. — Paris, Libr.\irie d'Education naiio- N'ALE, II. rue Soufflot.
Les Musées d'Europe, par Gustave Geffkoy : La S^tilpture au Louvre, nombreuses illustrations et 3 planches en phototypie : le volume, broché 15 francs.
Déjà parus dans la même collection : La Peinture au Louvre. — La National Galhry. — Versailles. — La Hollande. — La Belgique.
Librairie Nilssox, Per Lamm. successeur, 7. rue de Lille.
DIVERS
Géographie pittoresque et monumentale de la France et de ses colonies. — Ernest Flammarion, éditeur. 26, rue Racine.
Dans sa belle et coutumière activité, la maison Flammarion, nous donne, entre autres beaux ouvrages de fin d'année, le 6^ volume de sa série si instructive sur la Géographie pittoresque et monumentale de la France et de ses colonies. Ce dernier volume, publié, comme les autres, sous l'habile direction de M. Charles Brossard, est consacré aux colonies françaises. Le texte est dû à un groupe d'écrivains, d'explorateurs et de fonctionnaires coloniaux, tous d'une rare compétence dans l'étude de l'intéressant sujet. Et nous aurons assez vanté l'illustration de ce superbe ouvrage en disant qu'il est orné de 156 gravures en couleur et de 376 en noir.
C'est aussi à la même bibliothèque que parait le nouvel album historique de M. Armand Dayot, De la Régence à la Révolution. M. Armand Dayot, après avoir raconté par l'image toute l'histoire moderne de la France, depuis la Révolution de 1789 jusqu'à l'Insurrection delà Commune, paraît vouloir, et nous ne nous en plaindrons pas, appliquer son si intéressant système de récit graphique à tout notre passé historique. Attendons-nous donc à un prochain récit par l'image de l'histoire du grand Roi. Ce sera le pendant de celui de l'histoire du grand Empereur. Après : Napoléon racoitté par l' Image, nous aurons Louis XIV raconté par l'Image.
La Servitude, par Fernand Rivet..
Le Jardin sur la Glace, par H.-R. Lenoemand. P.-V. Stock, éditeur, 155, rue Saint-Honoré. Viande de Borgeo/s, texte et illustrationsdeJossoT. Louis Michaid, éditeur, 168, boulevard Saint-Germain. La Beauté du Devoir (romau), par Armand Charpentier.
Librairie Ollendokff, 50, Chaussée-d'Antin.
La Guerredes Mondes, par H.
G. Wells, traduit <le l'anglais , par Henry D. Davray, et illustré par Alvim - Corréa. L.
Vandamme. et Cie, éditeurs. Jette- Bruxelles.
Il fallait à M, Alvim -Corréa une certaine audace pour entreprendre l'illustration de ce livre étrange, une des plus bizarre'et des plus fantastiques conceptions de Wells, mais l'habile dessinateur a triomphé, avec un rare bonheur, des difficultés de sa tâche, et les vivants croquis et les planches superbes dont il a orné le texte pour que cet ouvrage, qui fait le plus grand honneur à la maison L. Vandamme, mérite qu'on lui fasse une place parmi les livres d'étrennes de l'année. Très souvent le rêve de LES M.\RSIENS EN l'écrivain ou du (Spécimen poète semble, malgré la science de l'illustration, s'atténuer dans l'interprétation graphique. Ici. au contraire, le dessin paraît être le complément du texte, le prolongement en quelque sorte de l'effort Imaginatif de l'auteur, et le frisson de terreur des lecteurs ne fait que grandir à la vue des impressionnantes illustrations de M, Alvim-Corréa.
je
Le Roman de la Comédienne, par Paul Plat. Mémoires du Baron de Sers (1786 iS6j). pu-
liliés d'après le manuscrit original avec une introduction et les notes ]iar le baron Henri Sers et Raymond GuYOT, contenant un portrait d'après une miniature.
LeTestament Volé, par |.-?1.
K..SNV.
Le Mariage d'un Réactionnaire, par René Tessier.
Albert Fontemoi no, éditeur, 4, rue 1,0 Goff.
JS
Frères d e Cœur, par Mme Mai: Y DE LA Frênaie, illustrations de GiFFEY. Xîn volume in-S" raisin, relié toile, fers spéciaux, 3 fr. 50.
Au Pôle Sud à Bicyclette, par E. Sal(;aki; d 1 u s t r a t i o n s de l'oNTAXEz. Un volume, in-8° Jésus relié, fers spéciaux Il francs.
MARCHE SUR LONDRES d'JllustniLiuns)
Les Jumeaux du Transvaal,
par Paul Roland, illustrations de Giffey. Un volume, grand in-S" soleil, relié fers spéciaux, .s francs.
Au Pays des Brûleurs de Loups, par Paul Bekret ; illustrations d'Alfred Moxtaueu. Un volume in-S» Jésus, relié, fers spéciaux, 5 francs.
Chan-Ok, le Pirate, par E. Dvpuis; illustrations
de FouyuEKAY. In volume .grand in-8" pittoresque, relié, fers spéciaux. 7 francs,
Librairie Delacrave. i;, rue Soufrtot. Paris,
REVUE DES REVUES
REVUES ALLEMANDES
Kiinst und Kûnstler (Berlin, V, 2,) — Etude sur l'œuvre de Henry van de Veldc (ill.). — Notice de M. Wilhelm Bode sur les statuettes en bronze du sculpteur Francesco da Sant' Agata (première moitié du xviesiècle)(ill.). — Suite des souvenirs de George Moore (Manet) (ill.); les Manet de la collection Faute. — M. Schetfler, sur les études de portraits de Max Liebermann. — Compte rendu sur la troisième exposition du Kiinstlcrbund à Weimar, par M . W. von Scholz. (Ul.).
Zeilschrift jiir bildende Kunst (Leipzig. XVIII, 42). — M. Emil Schaeffer sur un portrait (Giulia Gonzaga) de Sebastiano del Piombo (ill.), — M. E. Willrich apprécie
l'œuvre pavée de Lucien Pissarro et donne un catalogue des éditions de luxe de la Eragny-Press, dirigée par M. Lucien Pissarro (ill.), — M. A. Neoustroieff signale les tableaux hollandais très intéressants du Musée de l'Académie des Beaux- Arts de Saint-Pétersbourg. — M. A. Warburg relève l'importance du motif des travaux champêtres dans les tapisseries bourguignonnesdu xv<' siècle (ill.). — Compte rendu de M. K.-E. Schmidt sur le Salon d'A utonine.'M. Schmidt y remarque surtout les œuvres de Gauguin, Carrière, Courbet, Dannenberg, Stettler, Bugatti, Rosso, Anglada, Lavery, Cézanne et Maurice Denis. — Etude remarquable de Mlle A. Plehn sur l'art décoratif dcs Malais^(û\. très intéressantes)-
Die Kunst (Munich. VIII, 2.) — Grand article de M. Paul bctiumann sur la sculpture belge contemporaine : van der Stappen, J. Lambeaux, Constantin Meunier, George Mmne, Ferdinand Khnopff, Jules Lagae (nombr. ill.). — « Pro Domo », M. Henry van de Velde donne un commentaire très intéressant à son dernier grand ou\Tage, le musée de Weimar (ill.i — Les tapisseries de Gerhart Muiithe. de Christiania, par A. Aubert (ill.). — Comptes rendus de l'exposition^de Dresde (ill.).
Zeitschrift fût Kunsl uni Dekoration (Darmstadt. X, 2). — Les travaux des « ateliers réunis » de Munich à l'Exposition de Dresde. ça.r^l.\\. Michel (ill.). — Comptes rendus de l'exposition commémorative de Karlsruhe et de l'exposition germano-bohême de Reichenberg (ill.).
Innen-Dehoration (Koch, Darmstadt, novembre 1906).— L'exposition de Dresde (ill.).
Hohewarte (Leipzig II, 23-24, III, i). — Architecture paysanne en Bavière. — Mobiliers Empire d'après la publication récente de MM. Lux et Hoffmann.
Kunst und Handwerk (Munich. 57. i). — Sculptures de Wrba, les ponts de Munich (ill.).
Werhkunst (Berlin. II, 1-4).
M. I. Schmitz.
■ Le^graveur /. Sattler, par
' ■ Kunstwart (Munich,) XX, 4). — Herrmanu Muthesius : L'éducation du sentiment architectonique.