‹ L'Art et les artistes (volume 5)Chapitre 160 sur 186 · LES VILLES NOUVELLES — LE CAIRE · texte numérisé non relu

LES VILLES NOUVELLES — LE CAIRE

ROND-POIXT Dr SAVOY-HOTEL

TT^E quoi se compose l'harmonie d'une ville ; quels ■'-' sont les éléments constitutifs de son caractère : à quoi doit-elle son pittoresque, le tracé de ses avenues, de ses rues, de ses ruelles, de ses carrefours ; comment sont nés l'imprévu et l'ordonnance de ses perspectives ? Autant de questions auxquelles on ne pourra répondre qn'en tenant compte de l'histoire de cette ville, de sa situation et de son climat, et aussi des mœurs et des traditions de ses habitants.

De l'étude de cette vie collective spéciale dans

un milieu déterminé, des mille bruits confus de son activité tîévreuse, de la lumière particulière qui la baigne, de l'atmosphère qui l'enveloppe, l'âme de la \-i\\e apparaîtra coimne le reflet de l'action d'un peuple qui, sans le vouloir, à son insu, a écrit son histoire avec les pierres de ses monuments et de ses habitations.

De même que la maison doit exprimer la vie et le caractère de celui qui l'habite, la cité doit être l'expression des mœurs et des traditions d'un peuple à travers son évolution, car les \'illes ont une \'ie qid

est qu'aucun plan d'ensemble ne paraît avoir guidé cette transformation.

Pour expliquer l'antinomie qui existe entre l'ancien et le nouveau Caire, qu'il nous soit permis de sortir du cadre de cette rubrique consacrée à Fart moderne et de présenter quelques descriptions et aussi quelques reproductions photographiques, spécimen de l'art arabe, non pour les donner en modèle ou en exemple, mais pour faire comprendre l'esprit dans lequel ces motifs furent composés et à quels mobiles les artistes obéirent lorsqu'ils les créèrent (i). Cela indiquera la voie à suivre aux artistes et leur expliquera que s'ils ont le droit de faire moderne, — et nul plus que nous n'a défendu ce droit, — ils ont aussi le devoir de créer ce style moderne en tenant compte des traditions de ce pays de lumière éblouissante et somptueuse. Ils verront là une fois de plus que l'esthétique d'un peuple a des racines profondes dans les mœurs et dans la vie de ce peuple.

Ce qui caractérise le plus l'art arabe, c'est l'influence considérable que la lumière a eue sur son développement. Les constructeurs et les artistes de ce pays du soleil, n'ont eu comme préoccupation

leur est propre et qui marque par son mouvement, son activité, le flux et le reflux de ses époques de fortune ou de décadence à travere les âges.

Certaines villes meurent doucement en beauté, ainsi que Venise et Bruges, et, figées dans leur passé glorieux, elles restent toujours l'ancien décor de logique et de raison qu'elles doivent être, et que les âges habillent d'une harmonieuse mélancolie.

D'autres, sous l'influence d'une intense poussée de vie nouvelle, se transforment. Parmi celles-ci il faut citer en premier lieu le Caire, dont l'extension anormale étonne et déconcerte. Cette extension est en partie due à l'influence de plus en plus grande des Européens, et la ville musulmane deviendra bientôt ime cité cosmopolite.

Jl faut qu'ils se hâtent ceux qui veulent connaître ce que fut le vieux Caire, car il ne restera bientôt plus rien de la ville arabe. Tous les jours, un vieux quartier disparaît, de grandes avenues remplacent les étroites ruelles, tortueuses, pittoresques et ombragées, dont les maisons, décorées de somptueux moucharabiehs, étaient si rapprochées de leurs voisines d'en face qu'à l'étage des terrasses on pouvait souvent se toucher les mains; et, à la place de l'ancienne cité, une ville nouvelle pousse, qui a perdu tout caractère oriental ; le malheur

(l) Nous devons les photographies des documents anciens du Caire à l'obligeance de notre savant confrère l'architecte orientaliste H. Saladin.

que de lutter contre ses rayons ardents ou de jouer avec son étincelante lumière.

Les constructeurs ont adapté l'habitation au climat, car les maisons du vieux Caire protégées de la chaleur torride ont leurs murs extérieurs à peine percés d'ouvertures garnies de mouclrarabiehs

(fig. I).

Al'intérieur une cour parfois décorée d'une architecture somptueuse (fig. 2 et 3), devient contre la chaleur un abri fait d'ombre fraîche et de lumière tamisée ; cette disposition est bien la caractéristique d'une architecture rationnelle

Les artistes d'autrefois, créèrent, eux aussi, un décor logique et raisonnable puisqu'il est fait pour la riche lumière de d'Orient. VoN'ez au.x Tombeaux des itig. 4) ces merveilleuses stalactites à tr

Page 1