DE CARYATIS (V^ SIÈCLE AV. J.-C
(l-'ouilles de Delphes)
morphosé en dauphin, conduit les marins au port de Krisa ; tel un météore, il les guide au sanctuaire, et comme ils hésitent : ^< PauvTes hommes, leur dit-il, pourquoi craignez- vous ? J'élèverai ici un temple, un temple riche, où afflueront du monde entier les pèlerins, les victimes et les présents. ■.■ Délos et Delphes ! ces deux centres de la .vie grecque devaient tenter tout naturellement l'école française d'Athènes. Elle s'y est couverte de gloire, sous la direction de (-M. Homolle.
L'île^rocheuse de Délos, dominée par le mont Cynthos, était en partie consacrée à Apollon, et des temples y avaient été bâtis en l'honneur d'Artémis et de Latone. Quelques statues, dons de Chios, de Cos, de Naxos, et les hymnes homériques indiquent i bien qu'au vii« siècle et au vi^ siècle, elle était le rendez- vous des insulaires de l'archipel et le centre du culte d'Apollon.
Toutefois, la ville de Délos bâtie dans une plaine qui fut fertile, ne devint florissante qu'au lendemain des guerres médiques, quand Athènes parvint à grouper sous son hégémonie une ligue de tous les Grecs, pour mieux lutter contre les Perses, et que le Trésor des alliés fut confié au sanctuaire d'Apollon Délien. Elle prit enfin tout son essor quand Alexandre eut élargi le monde grec. Les fouilles entreprises, dès 1874, par les soins du gouvernement français et continuées à l'heure actuelle grâce aux subventions généreuses du duc de Loubat, ont mis à jour une quantité d'inscriptions qui
Mutée du Louvre.
vont du vii^ siècle avant notre ère au premier après Jésus-Christ. Ce sont des dédicaces, des décrets de proxénie, car Délos, ainsi que Delphes, fut un centre actif pour l'affranchissement des esclaves, des inventaires, des comptes qui énumèrent les trésors de Phœbos. Le temple, en effet, s'enrichissait des droits de pâture, de la fabrication de la pourpre, des mouvements du port et des cadeaux richissimes, et pouvait prêter de l'argent pour cinq ans à dix pour cent. Mais l'archéologie, comme l'épigraphie, a trouvé là son butin. Délos avait été un sanctuaire et un entrepôt de commerce ; il fallait déblayer la ville sainte et la ville marchande. On alla d'abord au plus pressé, on découvrit le temple d'Apollon, du moins le temple élevé par Athènes au iV siècle, sur l'emplacement du temple primitif, et semblable par sa beauté et ses faibles proportions, au Théséion d'Athènes, qui date d'ailleurs de la même époque.
Les inscriptions nous font connaître l'inventaire complet des richesses du dieu, de sa vaisselle, les I 600 phialesd'or et d'argent, ciselée s, damasquinées ou incrustées de pierreries, les tissus de pourpre brodés d'or, la satue d'Apollon portant une bague au doigt, les Charités couronnées d'un diadème, les éventails en ivoire incrustés de métaux précieux, les peintures, meubles à panneaux peints ou portraits, les statues d'Isis, les images de l'Heraion drapéeg en des robes de lin, et Phœbos lui-même, tenant un arc dans une main et portant de l'autre les trois Grâces, parées de couronnes d'or que la reine Stratonice avait offertes en sa piété fervente.
Non loin s'élevait un édifice amphiprogtyle, et consacré à Artémis, et un autre, dédié à Aphrodite. Tout près, les grands portiques où s'abritaient les pèlerins, par les nuits bleues d'Orient, qui précédaient les grands rites, et parmi eux le Portique des Cornes, aux tiiglyphes décorés de têtes (le taureaux, bâti par le roi de Syrie Antiochus Epiphane. Un autre temple, soutenu par des piliers couronnés, en guise de chapiteaux, de taureaux accouplés, était précédé d'un long couloir, où se déroulait, en souvenir du labyrinthe de Crète, la ronde du Geranos.
En dessous de l'enceinte sacrée, s'étendait de
part et d'autre le quartier marchand. C'est là que les armateurs avaient installé leurs comptoirs, leurs Bourses de commerce, réservées aux négociants de la même nationalité. Près du lac sacré étaient les exèdres décorés de mosaïques et de statues, entre autres la schola des Italiens, l'agora, la place du marché avec les docks de granit, où l'amoncellement des remblais a rendu les fouilles très difficiles, le Portique Tétragone, et enfin la grande rue bordée de deux galeries, dont l'une s'ouvrait sur la mer aux sourires innombrables. Sur les flancs du CyTithe rocheux, s'accrochaient les villas. A la dernière terrasse, s'élevait le temple consacré aux dieux étrangers, qui avaient envahi Délos, avec les traficants orientaux : Isis et Aphrodite souriaient à Apollon.
Au xv^ siècle, le voyageur Bondelmonte comptait encore par milliers les marbres épars sur la grève. Aujourd'hui quelques trouvailles seulement nous ont renseigné sur l'histoire de l'art grec archaïque.
Je ne veux pas insister sur les fouilles de Delphes, apparentées à celles de Délos. On se souvient encore de l'Hymne à Apollon, qui est l'exemple le plœétendu et le plus xra.ï que nous possédions de la musique en Grèce. Avant cet hymne, écrit M. Théodore Reinach. qui l'a déchiffré, « nous étions un peu dans la situation de gens qui, pour juger de l'architecture grecque, n'auraient d'autres documents que \'itruveet quelques médiocres bâtisses d'époque romaine. » Sans parler de l'admirable Aurige de bronze, si grave et si majestueux, nous aurions à étudier la frise du temple d'après les originaux du musée de Delphes, ou les excellents moulages de l'escalier Daru, au Lou\Te; là se déroule la lutte épique' engagée sous Troie autour du cadavre de Patrocle, l'apothéose d'Hercule, l'enlèvement des filles de Leucippe, et la sérénité d'un cortège triomphal s'oppose à la furie d'une mêlée corps à corps. Mais l'enchantement, c'est une colonne d'acanthe épanouie qu'enlace une ronde de jeunes filles, à peine femmes, jeunes et graves, souples et chastes, en un rythme mesuré et religieux.
LÉ.WDRE \ AILLAT.
ART GREC (l\* SIÈCLE AVANT J.-C.) — FRISE SEPTENTRIONALE DU TRÉSOR DU CNIDE
(Fouilles de Delphes)
PH.-L. DEBUCOURT — le carnaval (i8io)
Carnaval parisien !
^~»ARNAVAL ! Prestige d'un mot qui déploie à nos ^^ imaginations amusées les fastueuses et déconcertantes cohues de masques aux accoutrements de convention ou aux costumes d'une fantaisie imprévue ! Carnaval ! Tradition vénérable, riche en licences inconcevables et en divertissements qui défient la raison humaine, qui narguent souvent, trop souvent, l'élégance, le bon goût, notre parure de civilisation. Carnaval ! Institution propice aux regrets et aux repentirs du lendemain, favorable aux dégoûts et à la haine future des enchantements et des joies de la vie !... Comment regretter ce règne des Scaramouches et des Matamores, des Bergers et des Divinités de la Fable, des Apothicaires et des Matassins, des Pierrots et des Colombines, des Chicards, des Balochards, des Titis..., cette tyrannie de tant de personnages encombrant les rues, envahissant les trottoirs, tirant des pieds-de-nez à Pandore, montrant leur langue à M. Prudhomme qui les menace de son « pépin », jetant partout et sur tous l'ivresse de leur gaité et la folie bruyante, désordonnée, impertinente, de leurs amusements ?... A quoi bon inventer force cavalcades et « Bœufs
gras '1, dans le dessein de prolonger l'agonie d'une coutume, dont notre époque sceptique et parcimonieuse, morose et préoccupée, ne saurait s'accommoder ?...
Jadis, au temps des naïvetés et des insouciances, il fallait voir le débordement de joie expansive qui s'emparait de Paris et des Parisiens, dès l'Epiphanie. Excès de tous les genres allaient bon train. Carnaval était dans la rue et chez les particuliers. On se disposait à observer rigoureusement le carême en se hâtant de festoyer à grand renfort de victuailles et de copieux plats de viande. Ainsi, l'on disait adieu à la chair, de toutes les façons : de là, l'origine du mot « carnaval », de l'italien « carne n chair, et du latin « vale >> adieu !.... Pour le menu peuple, courbé sur son labeur le reste de l'année, grandes occasions de ripailles et de bons tours joués à un camarade ou à un patron. Pour les gentilshommes, assurés de l'impunité sous le masque, moyen de satisfaire leurs vices, de mener une vie de folies et de débauches, de commettre même des meurtres, sans crainte de représailles !...
Du moins, les choses se passaient -elles ainsi au
vin
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LE JARDINIER (Tii'é des Costumes grotesqui's de Larrness XVII' siècle)
LE MUSICIEN (Tiré des Costumes grotesques de Larmessin, XVII» siècle)
xvi^ siècle, à l'époque où les Rois, la Cour, les cour- canidés tisans couraient, la nuit, les « Momons », proniguant forment les insolences et les scandales. Le chroniqueur L'Estoile est fort édifiant à cet égard, notamment en ce qui concerne les Valois et leurs lavoris. Au moyen âge, le carnaval avait perpétué les traditions des Lupercales romaines, au xvi^ siècle, il évoqua plutôt les Saturnales du Latium. Mais l'influence croissante do l'Italie atténua les jeux des jours gras. La Renaissance se fit sentii même dans les travestissements où survivait parfois, cependant, une réminiscence des accoutrements de sat3Tes ou d'animaux, si familiers durant le moyen âge. Les costumes devinrent d'une richesse extravagante, non dépourvue de goût parfois, et firent allusion, tantôt aux légendes de la Fable, tantôt aux souvenirs de l'antiquité grecque et latine. Les Mas-
(t 9 ûf/)(t d Ispicier
L EPICIER QTirc des Costumes grotesques de XVIie siècle)
de Robert Boissart, Valenciennois (1517). sur ce sujet un document précieux, où des gravures d'une rare finesse d'exécution nous présentent les luxueux travestissements de l'époque, inspirés à maintes reprises des personnages du théâtre italien. Mais, surtout vers la fin du xvi« siècle, le goût s'affina et on renonça à ces mascarades diaboliques et bestiales, où les déguisés, inconsciemment peut-être, continuaient les légendes et les diableries qui tinrent le moyen âge dans une terreur sans fin. Exemj)le parfait et notable de la puissance des croyances et des superstitions, des mœurs et des idées sur les divertissements des collectivités sociales I...
Les « images » laissées par les artistes de toutes les époques sont autant de témoignages d'iuie influence de cette sorte dans toutes les classes de la société.